Comment le processus de Bologne inspire d'autres pays


Le processus de Bologne, qui vise la construction d'un espace européen de l'enseignement supérieur avant 2010, concerne 45 pays et a donc déjà dépassé les frontières de l’Europe. Mieux, d’autres Etats ou régions du monde l’observent ou le copient (1). Un peu partout, les Etats cherchent à harmoniser leurs systèmes d’enseignement, tant avec leurs propres voisins, qu’avec le modèle européen.



- L'Afrique cherche sa voie

Comment le processus de Bologne inspire d'autres pays
Le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), structure intergouvernementale créée en 1968 pour harmoniser le fonctionnement des universités africaines, regroupe 17 pays (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Madagascar, Niger, Rwanda, Sénégal, Tchad et Togo), auxquels s’ajoutent une dizaine d’institutions inter-Etats d’enseignement supérieur et de recherche. Leurs structures sont souvent déjà proches de celles de bon nombre de pays européens. Depuis 2005, la reconfiguration des programmes universitaires et de l'organisation des universités suivant le modèle LMD a été engagée. L'enjeu est pour l'Afrique de s'approprier le processus de Bologne, c'est-à-dire de l'adapter aux différents contextes des pays membres et en même temps de répondre aux dysfonctionnements des systèmes d’enseignement supérieur, estime le secrétaire général du CAMES.

La démarche vise dans un premier temps à harmoniser les maquettes pédagogiques au niveau de chaque sous-région (Océan indien, Afrique centrale et Afrique de l’Ouest), avant d'harmoniser l’ensemble de l'espace CAMES. La réforme doit s'accompagner d'une amélioration de la gouvernance universitaire, d'une redynamisation de la recherche, d'investissements dans les infrastructures, mais aussi d'une réduction de la fracture numérique et de la formation de professeurs en nombre suffisant.

- L'Australie s'aligne sur l'Europe et les Etats-Unis

L'Australie a déjà un système de grades 3-5-8 harmonisé avec celui de l'Europe. L’Australian Quality Framework (AQF), système unifié de diplômes nationaux, facilite les passerelles éducation-formation-emploi, par la reconnaissance et le transfert de crédits. L’agence australienne de l’assurance qualité dans les Universités (AUQA) a été fondée en 2000. Le développement d’un supplément au diplôme est en cours. En 2008, l'université de Melbourne adoptera un nouveau modèle, qui se veut aligné sur les "meilleures pratiques européennes et asiatiques ainsi que sur les traditions nord-américaines". Le "modèle de Melbourne" comprendra un diplôme de premier cycle général de trois ans suivi par un cursus postuniversitaire professionnel de deux ans. Bref, l'Australie ne place pas tous ses oeufs dans le même panier (européen).

- Asie du Sud-Est: peut mieux faire

L'ASEAN University Network ou AUN, fondé en 1995, regroupe aujourd'hui les dix membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, soit l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei, le Viêt Nam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge. Mais les écarts sont importants entre ces pays aux cultures et identités propres, fortement ancrées. L'anglais, possible langue d'échange, est mal maîtrisé. Si bien que l’espace ASEAN de l’enseignement supérieur en est encore à ses balbutiements. Chaque nation et même chaque établissement applique ses propres standards et son propre système éducatif. Certains pays comme le Sultanat de Brunei ou la Malaisie suivent le modèle britanique, tandis que d'autres, comme la Thaïlande, ont adopté le schéma éducatif américain. L'ASEAN n'en a pas moins développé des partenariats et échanges avec l'Union européenne dans le cadre d'un programme de la Commission, qui lui a assuré l'assistance technique d'un expert européen dans le domaine du transfert de crédit et de l’assurance qualité. L’ASEAN "s’efforce de promouvoir un espace à l’image de l’Espace européen de l’enseignement supérieur", selon le directeur exécutif de l'AUN.

- En Amérique latine, encore un bout de chemin

Le projet "Tuning Latin America" d'harmonisation des systèmes d'enseignement supérieur a été lancé fin 2004, et visait pour commencer la reconnaissance des diplômes ainsi que des collaborations inter-universitaires. Il s'agissait dès le départ aussi de conserver la diversité du supérieur. "Tuning Latin America" couvre 19 pays dont le Brésil, l'Argentine ou encore la Colombie, et 190 universités pour 12 disciplines. En deux ans, 12 réseaux disciplinaires ont été créés. 27 "compétences génériques" et une série de "compétences spécifiques" ont été définies pour chacune, compétences qui ont été validées par une enquête auprès de 42 000 personnes (universitaires, diplômés, étudiants et employeurs). Les systèmes nationaux doivent maintenant s'y conformer.

- Les Etats-Unis attentifs

"Les Américains ont ignoré ou ont été indifférents au processus de Bologne jusqu’à une période récente, la plupart d’entre eux considérant que l’enseignement supérieur américain était supérieur au système européen, et plus particulièrement dans le domaine de la recherche", avoue le président de l'American Council on Education. Certains l'ont aussi considéré "comme un élément réglementaire supplémentaire"... Les choses sont en train de changer, du fait du déficit de chercheurs américains et de la baisse des flux d'étudiants et professeurs étrangers vers les Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. Le processus de Bologne est perçu comme la réponse de l'Europe à un nouvel environnement mondial compétitif.

Le défi, aux yeux du président de l'ACE, consiste à financer à la fois une démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et l’intensification de la recherche. Aux Etats-Unis, ce conflit d’intérêt "a été en grande partie résolu par la différenciation des missions, avec différents types d’établissements proposant des niveaux de recherche, enseignement et service à la communauté différents", note-t-il.

NB :


25/11/2007
Alison Cartier
Notez

Voir aussi : bologne, international, lmd
Lu 11596 fois


Sur le même sujet
< >

Dimanche 28 Novembre 2010 - 12:25 L’université britannique face à la rigueur

Journalisme / Communication | Enseignement | Ecoles de commerce | Classements | Ecoles d'ingénieurs | International | Sciences-Po | Vie universitaire








Chercher sur le site