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Pour d'autres examens à l'université
"Lourdeur et opacité", "problèmes récurrents d'organisation", "fragilité juridique": c'est de l'évaluation des étudiants à l'université dont parle en ces termes peu élogieux l'Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale (IGAENR) dans un de ses derniers rapports (1). Ce document se trouve depuis plusieurs semaines sur la table de la ministre de l'Enseignement supérieur, qui pourrait en tenir compte dans le cadre du chantier en cours sur la licence.
L'évaluation est une "boîte de Pandore qu'on hésite à ouvrir". L'enjeu d'une réforme est pourtant rien moins que "parachever" le système LMD et accompagner l'autonomie des universités, selon ce rapport. Entre semestrialisation et multiplication des examens, crédits ECTS et transférabilité, ainsi que "supplément au diplôme", le processus d'évaluation s'est en effet complexifié. Le sujet était déjà "délaissé", ont constaté les inspecteurs de l'Education nationale, et les données au sein des universités, par exemple sur les taux de réussite des étudiants, font défaut.
Plusieurs facteurs concourent à cette situation. L'évaluation est régie à la fois par des principes nationaux et des règles fixées par chaque université, ce qui complique sa mise en oeuvre et sa compréhension par les étudiants. En outre, l'évaluation "manque de rigueur", notamment au plan matériel, depuis la surveillance des épreuves jusqu'à l'affichage des résultats en passant par l'anonymat des copies et la saisie des notes. Les étudiants estiment entre 25 et 50% la part de leurs congénères fraudeurs. Les jurys en prennent aussi pour leur grade: ils sont de composition variable et n'exercent pas toujours la totalité de leurs prérogatives, selon les auteurs.
Démotivation des étudiants
"On ne sait pas bien ce qu’on mesure" et "les outils de mesure ne sont pas toujours bien maîtrisés par ceux qui les utilisent", estiment sévèrement les inspecteurs, qui citent l'exercice peu approprié de la dissertation pour les étudiants en master professionnel, et les travaux collectifs pendant l'année sans vérification de l'implication effective de chaque étudiant.
De plus, "acquis antérieurs et erreurs" des étudiants "sont peu mis à profit", aucune correction n'étant la plupart du temps effectuée. Ce qui contribue à la démotivation des étudiants, pour qui "la poursuite du diplôme" devient "la recherche de la stratégie la plus payante, en choisissant les professeurs dont la rumeur rapporte qu’ils notent le plus généreusement, les unités dont on entend dire qu’elles « rapportent le plus », le type de session qu’ils estiment leur convenir le mieux si session normale et de rattrapage diffèrent".
Les universités chercheraient à copier les grandes écoles, avec des examens dont les seuls objectifs sont le classement et la sélection. De surcroît, "on a parfois l'impression que certaines formations universitaires n’ont pas pu prendre toute leur autonomie par rapport à des logiques de concours définis par un seul employeur (l’Etat)", note l'IGAENR, "alors même que l’Université, désormais dans tous les domaines, prépare des étudiants qui iront massivement vers des emplois beaucoup plus diversifiés".
Pour achever ce noir tableau de l'évaluation, les inspecteurs soulignent que "l'Université paraît douter d'elle-même" et de la valeur de ses diplômes. L'Etat aussi ne donne pas l'exemple puisqu'il double la détention nécessaire de "diplômes d'Etat" par des concours pour les recrutements dans la fonction publique !
Culte de la moyenne
Les modalités actuelles de l'évaluation sont un héritage, soulignent-ils. Ainsi en est-il depuis 1968 de l'opposition à "l'examen-couperet", qu'il s'agit de tempérer par le contrôle continu. La "théorie de la malchance ou de l’incident ponctuel de santé" ont aussi volontiers cours et donnent lieu aux fameuses sessions de "rattrapage". L’enseignement en cours magistral est resté le modèle principal, et s’est en partie dénaturé avec la massification des effectifs. Les épreuves correspondantes, sous forme des questions de cours ou QCM valorisent "la mémoire à court terme" et la "connaissance" plutôt que la "compétence" et le "savoir".
Les résultats aux épreuves se résument à des notes de 0 à 20, selon le paradigme en vigueur qui n'est pourtant pas obligatoire, favorisant les classements et la subjectivité des examinateurs. Le "culte" de la moyenne incite en outre les étudiants à n'avoir que ce but. Enfin, notent les auteurs, il est "fréquent que les évaluations d’une formation qui se donne comme professionnelle ne soient pas professionnalisées, mais continuent à être organisées par les seuls universitaires ou sur les modèles dont ils sont porteurs".
"Malgré ces difficultés, l’Université devrait se saisir des évolutions en cours pour diffuser un modèle propre d’évaluation des étudiants", en appelle l'IGAENR. Il faudrait définir des "références nationales en matière de diplômes d’enseignement supérieur, en particulier en termes d’acquis souhaités et mesurés, comme d’échanges de bonnes pratiques", et parallèlement "laisser les universités s’organiser", dans ce "cadre national des diplômes" maintenu. Bref, "simplifier l'évaluation et rendre du temps à l'enseignement".
Pour ce qui est de la licence, "trop souvent un parcours du combattant", les auteurs suggèrent une inscription en première année valable pour trois ans, davantage de contrôle continu, un calcul unique de compensation des notes à la fin du cursus et une seule session de rattrapage à la fin également.
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