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Effectifs dans l'enseignement supérieur: retournement de tendance?


Le ministère de l'Enseignement supérieur l'affiche depuis quelques semaines: le nombre d'étudiants à la rentrée 2007, soit quelque 2 258 000 individus, serait reparti à la hausse. Il ne s'agit que d'une évaluation, faite par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance sur la base d'un prolongement des tendances d'inscription observées chez les étudiants. Ce chiffre pèche-t-il par optimisme? En 2006, la France comptait quand même 28 900 étudiants de moins qu’en 2005.



A la rentrée 2006, le nombre d'étudiants en France a connu une baisse de 1,3%, s'établissant à 2 254 000. C'est le dernier chiffre consolidé livré par l'Education nationale (1). Il marque "la fin de sept années de hausse continue des effectifs", soulignent les auteurs des études. Compte tenu de l'"effet génération", c'est-à-dire de la population en âge de suivre des études, les effectifs auraient pourtant dû augmenter de 8 000 étudiants. C'est "l'effet scolarisation" qui est en cause: à commencer par les nouveaux bacheliers qui, bien qu'en augmentation, sont moins nombreux à poursuivre dans l'enseignement supérieur au niveau des universités, IUT, STS (BTS) et CPGE (autour de 90% des bacheliers généraux s'y engagent, contre quasiment 100% dans les années 1990). Ces taux de poursuite en berne seraient à l'origine d'un déficit de près de 14 000 étudiants. Un raccourcissement des études et une moindre réussite aux examens pour le reste des étudiants ont provoqué un manque de 23 000 étudiants.

"Un des moteurs de la croissance des effectifs de l’enseignement supérieur ces dernières années était dû au nombre d’étrangers", qui ont bondi de 71% entre 1998 et 2006, remarquent les auteurs. Ils ont ainsi contribué à eux seuls à 5,2 points des 6% de croissance des effectifs totaux d'étudiants sur la période. Mais leur recul en 2006, de 1%, ne permet plus comme en 2005 de compenser la chute des étudiants français. La proportion d'étrangers dans l'enseignement supérieur atteint 11,7% (+0,1 point). Plus d’un sur cinq est originaire d’un pays d’Asie, et la part des étudiants chinois parmi les étrangers est passée de 5,2% en 2002 à 8,6% en 2006. Quelque 16% des étrangers viennent de l’Union européenne, Allemagne et Italie en tête. Parmi l'ensemble de ces étudiants, 75,5% sont concentrés à l'université, contre 55,9% des Français.

Les universités touchées de plein fouet

De quoi redonner un peu de baume au coeur des universités, qui par ailleurs contribuent pour 1% des 1,3% de baisse globale des effectifs du supérieur. Dans les seules formations générales hors IUT, santé et ingénieurs, le recul des effectifs est de 3%. La baisse des inscriptions touche essentiellement le cursus licence (-2,5% d'inscriptions). Les IUFM connaissent eux pour la quatrième année consécutive une moindre fréquentation, qui s'accélère même (-9,1% en 2006 contre -2,9% en moyenne annuelle entre 2002 et 2005), soit un record depuis la généralisation des IUFM en 1991. En STS enfin, où les effectifs ont diminué de façon quasi continue depuis le début des années 2000, la décroissance est de 0,9%.

A l'inverse, les grandes écoles sont plutôt en bonne santé: leurs étudiants sont en hausse de 1,3% en 2006, soit 285 000. Les formations d'ingénieurs attirent toujours (+0,7% d'inscriptions), de même que les CPGE (+1,8%). Les progressions sont spectaculaires dans les écoles vétérinaires (+ 6,4%) et dans les préparations intégrées (+3,4%). Les écoles de commerce reconnues par l’État connaissent par contre une décélération (+ 1,5% contre + 9,9% en moyenne entre 2001 et 2005).

A noter, les évolutions d'effectifs sont sensiblement différentes par académie: la plus forte baisse atteint l’académie de Besançon (-7,6% des effectifs universitaires), Paris suit le rythme national (-1,2%) et seules quatre académies (la Corse, Lyon, Bordeaux, Strasbourg) voient leurs chiffres progresser.

Inflexion

Faut-il s'inquiéter de cette baisse générale de 1,3% du nombre d'étudiants? Le ministère de l'Education nationale la considère déjà comme passagère... Selon un "scénario tendanciel", les effectifs dans l'enseignement supérieur ont dû se redresser de 0,2% à la rentrée 2007, soit 4 200 étudiants supplémentaires. On compterait ainsi 1 326 000 étudiants dans les universités (hors IUT), 113 000 dans les IUT, 235 500 dans les STS, 77 500 en CPGE et 506 500 dans les autres formations c'est-à-dire IUFM, écoles d'ingénieurs, écoles de commerce etc. Pour établir leurs prévisions, ils prolongent "les tendances du passé des bacheliers à s’inscrire dans les formations de l’enseignement supérieur", par série de bac et par filière, en tenant compte des évolutions démographiques. La grosse inconnue demeure les taux de poursuite des bacheliers. En 2006, 71,9% des bacheliers toutes séries confondues se sont inscrits à l'université, en IUT, en STS ou CPGE, contre 74,4% en 2005. Les fonctionnaires du ministère ont retenu comme hypothèse des taux de 72,1% en 2007 et au-delà, 71,5% en 2008.

NB :



A. Cartier
27 Janvier 2008




Voir aussi : cpge, iufm, iut


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