Paris 6, Paris 13, l'université de Savoie, Bordeaux 3 et Limoges: ces cinq universités sont désormais sous surveillance, pour leur piètre gestion. S'y ajoutent deux grandes écoles, l'ENS Cachan et l'Insa de Rouen. En cause, les deux exercices déficitaires qu'elles ont eus en 2009 et 2010, souvent pour des raisons purement techniques (régularisations comptables) mais aussi parfois pour une gestion qui mérite d'être suivie attentivement, a expliqué le ministère de l'Enseignement supérieur. Celui-ci ne fait qu'appliquer la loi sur l'autonomie des universités, qui a prévu qu'elles gèrent elles-mêmes leur budget, leurs ressources humaines et leurs biens immobiliers, non sans un tel garde-fou en cas de dérive comptable. Concrètement, le recteur définira leur budget. Et un comité des pairs, comprenant le recteur, des représentants de l'université et du ministère, aidera aux évolutions nécessaires.
L'université Paris 6 Pierre et Marie Curie, première française dans le classement de Shanghaï, a annoncé avoir déjà pris des mesures pour se redresser et assure que la situation sera "maîtrisée" en 2012, moyennant une baisse des investissements - un bon signe? Quant à l'université de Limoges, elle s'est défendue en expliquant que sa masse salariale avait progressé sans aide suffisante de l'Etat. "En 2010 il a manqué plus d'un million d'euros de recettes pour couvrir la masse salariale des personnels transférés, et ce manque de recettes a été compensé par les fonds propres de l'université", a détaillé la présidence de l'établissement. Elle a relevé que le montant des subventions et dotations de l'Etat est stable dans le temps, perdant ainsi de la valeur du fait de l'inflation et se révélant insuffisant face à l'augmentation des dépenses de fonctionnement (énergie, entretien...). L'université promet aussi un budget 2012 en équilibre, grâce notamment au gel de postes et au report de l'ouverture de formations.
L'université la plus remontée contre sa mise en coupe réglée est l'université de Savoie. Elle conteste même la "légitimité" de la tutelle du recteur, arguant qu'elle a dégagé en 2010 un excédent de quelque 1,4 million d'euros. La "différence d'appréciation" serait due au mode de calcul, selon que l'on regarde une partie (point de vue du recteur) ou la totalité des comptes (celui de l'établissement pour cette année-là, avant ses responsabilités élargies). "Sont aussi à considérer les résultats de l’UdS", plaide-t-elle: des effectifs étudiants en hausse de "près de 5% par an depuis 3 ans", la réussite de ses licences (5ème au plan national), l'insertion professionnelle de ses masters (1ère à 7ème selon les domaines), entre autres. Et ce, "malgré un déficit record de 173 postes, reconnu par le ministère, sur un total de 907 titulaires, et, en 2011, un "écrêtage" de 1 M€ par rapport aux crédits qu’elle aurait dû se voir attribuer", souligne-t-elle.
Ce plaidoyer va-t-il être entendu? Cinq universités pointées sur 73 déjà passées à l'autonomie, la proportion reste limitée. D'autant que la loi LRU a été appliquée dans un contexte de crise, ce qui n'a pas facilité les choses, les universités se retrouvant à gérer une certaine pénurie. Pour rappel, neuf nouvelles universités devraient passer au 1er janvier 2012 à l'autonomie, dont Lyon 2, Grenoble 3, Lille 3 et encore Montpellier 3. Resteront l'université d'Antilles-Guyane et celle de Polynésie, qui s'émanciperont d'ici 2013.