« Enseignement supérieur américain : sera-t-il à la hauteur du XXIe siècle ? », telle était la question qui leur était posée. Thomas Tierney, ex-PDG d'une société de conseil, Bain & Company, reconverti dans le secteur non lucratif, pense que son pays «fait face à une nouvelle réalité économique, qui doit changer de façon significative ce que nous attendons de l’enseignement supérieur». L’économie est désormais basée sur la connaissance, observe-t-il, et le marché est mondialisé : si les Etats-Unis ne forment pas une main d’oeuvre qualifiée en quantité suffisante, d’autres pays le feront à sa place.
La tâche n’est pas évidente : l’enseignement supérieur américain doit aujourd’hui amener jusqu’au supérieur des catégories de population qui en sont restées à l’écart jusqu’à maintenant, notamment au sein des minorités ethniques. Thomas Tierney a identifié plusieurs points sur lesquels travailler : la préparation aux études supérieures – trop d’élèves suivent au lycée des cours qui ne leur permettent pas d’atteindre le niveau requis – leur accès, notamment du point de vue des droits d’inscription (2), et enfin la réussite des étudiants puisque trop d’entre eux décrochent durant leur cursus. Selon lui, les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur.
De son côté, James Hunt, ancien gouverneur de la Caroline du Nord, pense que les responsabilités sont diluées entre le gouvernement fédéral, les Etats fédérés, les établissements et autres institutions, ce qui ne facilite pas la mise en place de réformes d’envergure. Mais il a confiance : dans le passé, les Etats-Unis ont su s’adapter. Il rappelle ainsi les Land Grant Acts au XIXe siècle, par lesquels des terres appartenant à l’Etat ont été attribuées aux territoires s’engageant à financer l’enseignement, et le GI Bill au sortir de la Seconde guerre mondiale, qui a assuré un accès gratuit au supérieur aux vétérans. « Le succès passé nous a peut-être conduit à l’auto-satisfaction actuelle, mais il nous reste de solides fondations sur lesquelles des leaders politiques compétents et engagés peuvent construire», estime Thomas Tierney.