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La spécialité du diplôme est rarement déterminante pour accéder à un métier
Se former pour un métier sert-il à y accéder ? « Une formation ne donne pas systématiquement accès aux métiers ou aux emplois auxquels elle est censée préparer », répond Olivier Chardon, du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, qui est parti de cette idée somme toute assez commune pour examiner précisément les liens entre spécialité de formation et emploi (1).
Le plupart des études portaient jusqu’à présent sur l’adéquation entre les niveaux de formation (bac+…) et les niveaux de qualification des emplois. En effet, le niveau du diplôme prévaut souvent, du point de vue de l’employeur, sur la spécialité.
Olivier Chardon a lui mis en parallèle la spécialité de formation avec l’autre mode d’acquisition de compétences : l’expérience professionnelle. Car «selon les métiers, les employeurs mettent les jeunes diplômés en concurrence plus ou moins forte entre eux mais aussi avec les générations plus anciennes et plus expérimentées». Le chercheur a ainsi établi une typologie des emplois, selon le rôle plus ou moins important qu’ils accordent à la formation des jeunes et la place qu’y occupent les actifs plus expérimentés (2). Ainsi, pour un emploi sur trois seulement, la profession est étroitement liée à la spécialité de formation.
L’étude fait apparaître que l’inadéquation formation-emploi ne découle pas seulement de dysfonctionnements du marché du travail, du fait par exemple du déséquilibre entre offre et demande ou de l’orientation scolaire par défaut. Lorsque des difficultés de recrutement apparaissent, il est risqué de recourir uniquement à l’appareil de formation. L’attractivité des métiers, les perspectives de carrière et les pratiques des employeurs, notamment, jouent. Au niveau individuel, cela signifie que la filière professionnelle est rarement déterminée à la sortie de l’école : « cela peut être source de désenchantement ou offrir des opportunités de réorientation », selon Olivier Chardon.
Voici les sept classes de métiers identifiées par le chercheur :
1- La spécialité de formation joue un rôle très important et les jeunes ont leur place (10% de l’emploi en 2002):
employés de comptabilité, informaticiens, professionnels du droit, infirmiers, médecins et assimilés (accès réglementé à la profession pour ces trois), bouchers, charcutiers, boulangers, cuisiniers, coiffeurs, esthéticiens (métiers issus de l’artisanat).
L’expérience y apparaît comme un complément à la formation. La forte proportion des jeunes, dans les effectifs globaux comme dans les embauches, apparaît liée au fort dynamisme de la plupart de ces métiers.
2- La spécialité de formation joue un rôle très important mais les jeunes sont peu nombreux (17%):
agriculteurs, sylviculteurs, maraîchers, jardiniers, aides-soignants, cadres du BTP, ouvriers qualifiés dans les travaux publics, le bâtiment second œuvre, la mécanique, le textile et le cuir, le bois, la maintenance, ouvriers dans la réparation automobile, dans les industries graphiques etc.
De tels métiers, souvent en repli, se caractérisent soit par la préférence de l’employeur pour l’expérience professionnelle, soit par la faible attractivité des emplois du point de vue des jeunes.
3- Des emplois ouverts aux jeunes mais où le lien emploi-formation est faible (11%):
ouvriers non qualifiés dans le gros œuvre bâtiment, l’électricité et l’électronique, la mécanique, le bois, la manutention, les agents du tourisme et des transports, les caissiers et employés de libre service, les employés et agents de maîtrise des hôtels, des cafés et restaurants, métiers de l’armée, pompiers et police.
Pour certains de ces métiers, les qualifications requises sont peu importantes et peuvent s’acquérir sur le tas. Les ouvriers non qualifiés sont en recul sur le marché du travail alors que les métiers du tertiaire croissent.
4- Des métiers accessibles en cours de carrière sans spécialité de formation particulière (16%) :
dirigeants d’entreprise, patrons dans l’hôtellerie, les cafés ou la restauration, ouvriers qualifiés dans la manutention, conducteurs de véhicules, artisans, employés de maison, assistants maternels, gardiens, agents d’entretien…
Ces familles professionnelles se sont fortement développées sans recourir à des embauches de jeunes déjà spécialisés, car ces emplois nécessitent des apports financiers (pour les patrons) ou bien les qualifications requises peuvent s’obtenir en dehors de la formation initiale.
5- Des emplois demandant des compétences plus diversement répandues (20%) :
secrétaires, employés et cadres administratifs, vendeurs, intermédiaires de commerce, cadres commerciaux, professionnels de la communication, des arts, de l’action sociale, formateurs.
Les compétences requises sont très diverses ou ne relèvent pas toutes de la formation. L’accès à l’emploi ne dépend que peu de la spécialité du diplôme.
6- Des emplois dans lesquels jeunes et expérimentés ont des profils différents (8%) :
techniciens du BTP, ouvriers qualifiés de l’électricité et de l’électronique, techniciens et agents de maîtrise de l’électricité, de la mécanique, de la maintenance, agents d’exploitation des transports, cadres des transports, secrétaires de direction, employés, techniciens et cadres de la banque et des assurances.
Les jeunes de cette classe sont fortement diplômés, avec un éventail de spécialités de formation limité. Leur profil est très différent de celui de leurs collègues expérimentés de la même entreprise, qui ont acquis des compétences spécifiques que l’employeur souhaite conserver.
7- Des emplois exigeant des spécialités de formation plus diverses, d’un niveau éventuellement important (18%):
techniciens et cadres dans l’agriculture, techniciens et agents de maîtrise dans les process, les industries légères, techniciens administratifs, ingénieurs de l’industrie, fonction publique (cadres A, B, C), enseignants, personnels d’études et de recherche.
Les jeunes n’ont pas de spécialités de formation très concentrées ni très différentes des salariés expérimentés. Cependant, le rôle du niveau de formation tout autant que la spécialité s’avèrent parfois importants lors des embauches qui sont plus favorables aux jeunes en moyenne.
NB :
(1) "Economie et statistique n°388-389 sur www.insee.fr"
(2) Les données utilisées sont issues des enquêtes Emploi annuelles de 1996 à 2002. L’importance de l’expérience spécifique à l’entreprise est appréhendée en mesurant la « stabilité de la relation à l’employeur » pour les salariés expérimentés. La « proportion de jeunes dans les embauches » permet d’approcher le poids du diplôme face à l’expérience transférable d’une entreprise à l’autre. Un autre indicateur mesure la « disparité de formation » entre les jeunes et les salariés expérimentés.
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