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Adapter les programmes universitaires au métier d’urbaniste


Le point de vue de deux urbanistes sur les conditions d'exercice de la profession. D'après eux, il y a urgence à refondre les programmes universitaires pour l’accès à ce métier.



Les catastrophes ont souvent pour effet salutaire de supprimer les causes humaines prévisibles qui les ont fait naître. Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC ou IPCC) confirme dans son dernier rapport public de 2007 un réchauffement planétaire de 2 à 6°C. d’ici la fin du siècle dû à l’effet de serre. Par ailleurs les énergies fossiles auront disparu d’ici la fin du 21e siècle. Comment ces contraintes vont elles s’imposer aux entités humaines, urbaines et rurales?

C’est bien entendu au plan local que l’action de tous les acteurs sera déterminante : elle le sera d’autant plus qu’elle pourra s’appuyer sur des directives nationales, (Grenelle I & 2)…Pour ne prendre qu’un exemple les régions devront avoir adopté un plan-climat énergie territorial pour le 31 décembre 2012. Cet état des lieux pose avec plus d’acuité la question de la cohérence urbaine. En effet elle doit retrouver un équilibre (instable) entre qualité environnementale, paysagère, architecturale, urbaine, économique culturelle et sociale. C’est bien un immense défi que les collectivités territoriales doivent relever ; elles doivent donc disposer impérativement de cadres techniques de haut niveau qui sont les collaborateurs irremplaçables auprès des représentants élus de la population.

Cette exigence amène les employeurs publics et privés à recruter des ingénieurs polyvalents maitrisant plusieurs domaines techniques, (urbanisme, déplacements, bâtiments, espaces publics, propreté, assainissement, environnement…). Les formations assurées par les universités et les écoles d’ingénieurs sont elles en adéquation avec le marché du travail ? En correspondance avec les nouvelles missions des collectivités territoriales ?

Les écoles d’ingénieurs disposent d’un contenu technique adaptable aux nouveaux défis environnementaux ; il convient de renforcer le volet sciences humaines de leur enseignement. Les formations universitaires présentent a priori un large éventail en sciences humaines, à compléter par le volet scientifique et technique : la majorité des formations en urbanisme sont dans ce cas.

Accès au concours d’ingénieur territorial

Pour l’accès aux collectivités territoriales sur les postes techniques au grade d’ingénieur, il est légitime que les candidats présentent un cursus scientifique et technique avéré et une connaissance approfondie de la matière (1). Le débat sur l’accès au concours d’ingénieur territorial se trouve de fait déplacé vers celui du contenu des formations.

Quel que soit le mode d’exercice professionnel nous considérons que pour prétendre accéder à la profession d’urbaniste (expert garant de la cohérence territoriale) il est indispensable de maîtriser les connaissances suivantes mises en œuvre au cours des premières expériences professionnelles :

- L’urbanisme, l’aménagement et d’autres disciplines à caractère scientifique (VRD et études de circulation, différents type de structures infra et super, connaissances environnementales, écologiques, végétales et climatologie).

- Les savoir-faire propres au champ de l’urbanisme et à l’aménagement (programmation et conception urbaine, composition urbaine, formes urbaines, qualité architecturale, urbaine, paysagère et environnementale, conception des espaces publics, culture et théories de l’urbanisme. Élaboration et conception des documents de planification aux différentes échelles territoriales).

- Les pratiques du champ professionnel de l’urbanisme et de l’aménagement (maîtrise d’ouvrage, conduite opérationnelle et maîtrise d’œuvre, marchés privés et marchés publics, les finances locales, montage des opérations. Compétences et enjeux des collectivités territoriales. Le droit de l’urbanisme).

- Les enjeux et les outils des sciences humaines (connaissance des pratiques sociales, sociologie urbaine, anthropologie, psychologie de l’espace, enjeux politiques des projets entre les acteurs, concertation et animation locale, connaissance des différents aspects de la politique de la ville).

Pour être assimilé ce champ disciplinaire suppose une formation initiale technique et scientifique. De telles orientations impliquent une adaptation des programmes universitaires en particulier car ce métier quel que soit son mode d’exercice doit rester un métier d’expertise en plus de sa qualité de généraliste, pivot entre les métiers techniques.

Auteurs :

Gérald Gawsewitch urbaniste qualifié, ingénieur consultant et co-animateur du groupe urbaniste de l’AITF

Joseph Salamon, architecte urbaniste, docteur en urbanisme, aménagement et
géographie, diplômé en qualité environnementale. Ingénieur en chef territorial, directeur du pôle organisation de l’espace et du paysage de la communauté d’agglomération de Cergy Pontoise. Enseignant chercheur associé en urbanisme aux universités de Lyon 3 et de
Paris 8

NB :

(1) En ce qui concerne l'accès à la fonction publique territoriale via le concours d'ingénieur territorial les actuelles formations en urbanisme, les masters, ne présentent pas le contenu technique ou scientifique applicable à cet exercice professionnel.

Que valait le cadre d'emploi des ingénieurs dès lors que le concours a permis à de nombreux juristes et autres politologues d'accéder à des fonctions techniques supérieures ce qui n'était pas forcément ce qu'attendaient les Maires, Présidents de Conseils Généraux et Régionaux et en tout cas les directions concernées par ces recrutements ?

Ces élus et les donneurs d'ordres se plaignent de cette situation et demandent une situation clarifiée, ils souhaitent s'appuyer sur des agents formés à certaines disciplines du cœur de métier (d'urbaniste) et aux sciences et techniques appliquées à ces disciplines.


17/07/2010



Voir aussi : urbanisme
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par L'incroyable histoire de l'Urbaniste ... le 19/07/2010 09:01
Géographe - Urbaniste, je suis outré par ces propos !

D'une part, je suis dîplomé de Géographie qui est une science quoi qu'on en dise et qui est, injustement et strictement, associée aux sciences humaines. La Géographie çà n'est plus l'apprentissage bête et discipliné des longueurs des cours d'eau ou des préfectures et sous préfectures de départements que vous avez appris lorsque vous étiez à l'école primaire !
La Géographie m'a apporté les connaissances environnementales, climatologiques, écologiques que vous décrivez dans votre "définition idéale" de compétences du parfait petit urbaniste. J'ajouterais d'ailleurs que cela m'a ouverts sur la topographie, géologie, géomorphologie etc...

D'autre part, je suis dîplomé d'un Master d'Urbanisme qui m'a apporté les autres compétences que vous soulignez à savoir tant de manière théorique que de manière pratique :
-à travers les enseignements théoriques dispensés par des dizaines d'intervenants scientifiques et/ou professionnels nous avons traités de la composition et des formes urbaines, du droit de l'urbanisme, de la culture et des différentes théories urbanistiques, des compétences des collectivités territoriales, des différents documents de planification territoriales pour ne reprendre que ce dont vous nous parler...
- à travers l'enseignement pratique que constituent nos 2 ateliers d'une durée de 2 fois 7 mois qui nous ont permis d'élaborer à la fois divers diagnostics territoriaux mais également des propositions en termes d'aménagement d'espaces publics, de voiries, d'environnement, d'habitat, de commerces,... nous avons donc notamment traités de maitrise d'ouvrage et de conduite opérationnelle, de ville durable avec la qualité architecturale, paysagère et environnementale, de programmation urbaine, de financement des équipements, des jeux d'acteurs, de prise en compte des pratiques sociales et de la sociologie urbaine, du code des marchés publics, de la concertation, etc...
- à travers 9 mois de stages sur nos 2 années de formations en Master où nous avons traités divers problématiques et notamment des différents documents de planification SCOT, PLU, PLH, PDU et des outils opérationnels que sont les ZAC, ZAD et autres...

Il me semble donc qu'à travers mon cursus et expériences universitaires, je réponds à l'inégralité de vos "critères" pour être urbaniste et donc pouvoir prétendre à l'accès à la fonction publique et au grade d'INGENIEUR TERRITORIAL, et non, comme nous le sommes à présent, relégué au grade administratif d'attaché territorial...

J'ai une formation universitaire classifiée en sciences humaines et pourtant je suis bien plus :
je suis scientifique, je suis technique, je suis Urbaniste et ne comprend toujours pas pourquoi nous sommes relégué à un rang qui n'est en rien le notre !

2.Posté par SFU Junior le 19/07/2010 18:33
Il me semble que ce point de vue nie l'existence même des spécificités de notre profession et occulte l'expertise essentielle des instituts d'urbanisme qui forment chaque année près de 900 urbanistes.

Je ne m'attarde pas sur l'argument avancé par les auteurs pour justifier le primat de l'ingénieur sur les métiers de l'urbanisme, celui de "l'incontournable technicisation grenellienne", idéologie parfaitement intégrée par les corps d'ingénieurs d'Etat et aujourd'hui systématiquement convoquée pour se racheter une bonne conscience, des décennies après avoir défiguré nos villes (avec leurs "modèles de trafic" tous plus erronés les uns que les autres, Cf. les écrits de Marc Wiel).

Je ne reviens pas non plus sur le postulat de base des auteurs : "les sciences humaines et sociales ne sont pas des sciences et ne requièrent aucune technicité! " (une croyance très française qui, pour un chercheur anglo-saxon en sciences sociales relève de l'hérésie pure : que ces messieurs aillent expliquer cela sur un campus comme Berkeley... ils en seront pour leurs frais).

Non, ce qui me semble être le plus grave est surtout, le Nota Bene de la tribune (édifiant de malhonnêteté) et qui mérite assurément un droit de réponse :

"
NB :
(1) En ce qui concerne l'accès à la fonction publique territoriale via le concours d'ingénieur territorial les actuelles formations en urbanisme, les masters, ne présentent pas le contenu technique ou scientifique applicable à cet exercice professionnel.

Que valait le cadre d'emploi des ingénieurs dès lors que le concours a permis à de nombreux juristes et autres politologues d'accéder à des fonctions techniques supérieures ce qui n'était pas forcément ce qu'attendaient les Maires, Présidents de Conseils Généraux et Régionaux et en tout cas les directions concernées par ces recrutements ?

Ces élus et les donneurs d'ordres se plaignent de cette situation et demandent une situation clarifiée, ils souhaitent s'appuyer sur des agents formés à certaines disciplines du cœur de métier (d'urbaniste) et aux sciences et techniques appliquées à ces disciplines. "


Allons bon! Les élus se plaignent des juristes et des politologues? Ils se plaignent de la qualité des Masters d'Urbanisme dispensés dans les formations universitaires et les Instituts d'Urbanisme? Est-ce que les auteurs de la tribune ont des preuves, des témoignages d'élus pour valider leurs allégations? A l'inverse, et cela contredit magistralement les affirmations de ce NB, le Collectif National des Jeunes Urbanistes a engrangé le soutien de nombreux élus locaux : de parlementaires, de présidents d'associations d'élus, de présidents de communautés, de maires, de présidents de conseils généraux et de conseils régionaux. 300 élus qui ont dénoncé explicitement l'éviction des diplômés des Instituts d'Urbanisme à la mention urbanisme du concours d'ingénieur territorial.


La "signature" d'un des deux auteurs m'interpelle également : elle laisse à penser que c'est l'AITF qui fait la doctrine de l'OPQU sur le contenu des formations en urbanisme. Le Collectif National des Jeunes Urbanistes qui mène actuellement une enquête sur le devenir professionnel des 800 diplômés en urbanisme issus des formations universitaires, principalement dispensées dans les Instituts d'Urbanisme, aura très certainement l'occasion de démonter, chiffres à l'appui, les arguments grossiers avancés dans cette tribune. Comment? En démontrant que notre profession est beaucoup plus ouverte que cela et fait davantage appel à des compétences d'analyse des politiques publiques et du jeu d'acteurs institutionnel, de diagnostic territorial, et d'aide à la décision. Bref davantage que savoir manier des modèles de trafic pour les VRD (compétence mise en haut de liste par MM. Gawsewitch et Salamon), nos diplômés des Instituts d'Urbanisme mobilisent « des qualités tactiques, stratégiques, un grand sens de l'espace et de l'organisation, une dose importante de pédagogie pour expliquer les choses aux élus et aux maîtres d'ouvrage », pour reprendre la (très bonne) formule de Francis Cuillier dans son interview à Télérama.fr (http://www.telerama.fr/formations/urbanisme,9.php).


Je le dis sans détour : il n'y a pas lieu d'accorder le privilège à une corporation d'ingénieurs de s'arroger le droit de définir ce qu'est le métier d'urbaniste. A l'inverse, les instituts d'urbanisme ne sont pas à côté de la profession, ils font partie intégrante de la profession !
http://www.urbanistes.com

3.Posté par Il ne faudrait pas se méprendre !! le 19/07/2010 20:55
Les instituts d'Urbanisme ne sont pas les seuls à dispenser des formations en urbanisme !
Il est possible que ceux-ci soient gages d'enseignement de qualité mais ne dénigrons pas non plus les formations universitaires qui peuvent également l'être !

4.Posté par SFU Junior le 20/07/2010 00:59
Précisions pour l'auteur du commentaire n°3 : les Instituts d'Urbanisme sont tous rattachés à des universités (peut-être à une exception près). On peut considérer qu'il y a 9 ou 10 instituts d'urbanisme en France. Il ne s'agit pas de tirer sur les autres formations universitaires. Mon commentaire (n°2), visait à exprimer une double singularité : celle d'une expertise spécifique en matière d'enseignement et de recherche développée depuis des décennies et celle d'un positionnement avéré pour un exercice professionnel : celui d'urbaniste. C'est tout.

5.Posté par Clm le 20/07/2010 16:29
Mais quelle faiblesse de raisonnement dont cette tribune fait preuve !

Elle ignore volontairement l'offre actuelle en n'osant pas mettre un nom sur les formations et allant chercher quelques cas d'ingénieurs territoriaux sociologues ou juristes pour justifier sont propos plein d'ignorance primaire et rétrograde sur ce qu'est l'enseignement supérieur français...

Au lieu de mentir de manière éhontée sur un soi-disant rejet des urbanistes par les élus et leur soutien pour des ingénieurs en urbanisme (ce qui ne veut strictement rien dire au demeurant), lisez plutôt ce site, cultivez-vous, en sciences sociales notamment. Cela vous évitera bien des âneries héritées d’une période passée où l’on croyait dur comme fer que la technique était le ciment de notre civilisation…

Vos idées sont bien maigres tout comme vos soutiens à ce sujet… Il est temps de passer la main et d’accepter que vous êtes tout simplement à côté de la plaque…

http://www.jeunes-urbanistes.fr/

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