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Les grandes écoles de management réclament des soutiens


Le chapitre des grandes écoles de management (1) vient de publier son livre blanc. Il y dresse un bilan de la transformation des écoles depuis dix ans et établit 25 propositions pour un développement serein et continu dans les années à venir. Alors que les débats sur les nécessaires évolutions de l’enseignement supérieur français sont loin d’être tranchés, les écoles de management rappellent qu’elles sont un pôle d’excellence et qu’elles auront besoin de soutien pour le rester.



« Au cours de la dernière décennie, les écoles de management françaises se sont remarquablement adaptées aux nouvelles exigences de l’enseignement supérieur », affirme François Duvergé, président du chapitre. Le dernier classement des masters de management européens du Financial Times, qui place sept masters des écoles françaises dans les dix premiers, vient à point nommé pour étayer cette assertion déclinée tout au long du livre blanc du chapitre des écoles de management. Elles ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Pour poursuivre leur évolution dans le meilleur contexte possible, le livre blanc décline 25 propositions.

Les écoles de management sont une filière sélective, tournée vers le monde de l’entreprise et l’international. Tout en s’intégrant dans le système LMD, elles entendent maintenir le modèle des classes préparatoires et souhaitent qu’il devienne plus attractif et plus diversifié, notamment au niveau social. Pour cela, les écoles proposent :

  • de solliciter les pouvoirs publics pour cofinancer une campagne de promotion, en mettant notamment l’accent sur les bacheliers technologiques. Ceux-ci ne fournissent que 5,6% des effectifs des écoles de management.
  • de créer un site d’information présentant les écoles de management.
  • de créer une option Economique et commerciale dans les classes préparatoires littéraires.
  • de multiplier les actions de tutorat dans les lycées situés en ZEP.
  • et de ne pas délivrer le grade de licence aux étudiants de première année des grandes écoles, car, en dépit de trois années d’études effectives, ceux-ci n’ont pas encore achevé un cycle de formation complet. En revanche, le chapitre des grandes écoles de management voudrait voir attribué le grade Licence aux programmes post-baccalauréat déjà visés à Bac+3 par les pouvoirs publics et proposés par certaines écoles de commerce en parallèle de leur cursus grande école classique (après une CPGE). Il y a fort à parier que ces programmes – pour l’instant appelés Bachelor (puisqu’ils ne peuvent légalement s’intituler Licence) – vont devenir un axe de développement stratégique des écoles de commerce, une fois qu’elles auront fini de décliner leurs programmes au niveau D (Phd et autres).

Accentuer l'internationalisation

Les dix dernières années ont été le théâtre d’un développement international fort des écoles de commerce. Conçues au départ comme purement hexagonales, limitées en taille, elles ont néanmoins mis en place de multiples partenariats à travers le monde et attirent de nombreux étudiants étrangers. Ils représentent aujourd’hui environ un quart des effectifs. Les professeurs étrangers sont quant à eux 483 à exercer de manière permanente et 809 de manière ponctuelle. En 2003-2004, 5125 étudiants français des 29 écoles de management du chapitre de la CGE sont partis accomplir une partie de leurs études à l’étranger et 4185 y ont effectué un stage (sur un total de 59 227 élèves, dont 39 684 pour le seul programme «grande école»). Pour poursuivre le mouvement et le renforcer, les écoles proposent :

  • de doubler le nombre de bourses Eiffel délivrées par le Ministère des Affaires étrangères aux étudiants étrangers admis en master.
  • de délivrer un visa de travail temporaire d’un an aux diplômés étrangers des écoles de management françaises.
  • de créer un statut administratif simplifié pour les professeurs « visitants » hors UE.
  • de réfléchir à la création d’un label UE pour les masters.

Faciliter le développement de la recherche

Le domaine de la recherche est souvent perçu comme le talon d’Achille des écoles de management françaises qui, détachées de l’université, ne prennent pas part aux écoles doctorales. Afin de pallier ce problème, elles ont accompli des efforts en termes de financements et de recrutement. Environ 8,6% de leur budget total est consacré à ce domaine. 61% des professeurs des écoles de management ont un titre de docteur et 16,3% disposent d’une Habilitation à diriger la recherche. A défaut de développer des doctorats, un certain nombre d’écoles négocient avec leurs partenaires étrangers la mise en place de Phd. « C’est plus facile avec l’étranger qu’en France, c’est un sacré paradoxe ! », souligne François Duvergé. Pour remédier à cet état de fait, le livre blanc propose :

  • de développer la formation des jeunes professeurs-chercheurs de niveau international par un système de bourses prioritaires.
  • de permettre aux grandes écoles de management de délivrer des diplômes de master recherche et de participer aux écoles doctorales.
  • de créer une école doctorale française en réseau sur le thème du management.
  • de financer des recherches sur le régime des fondations ou avec un cofinancement public/privé.

Appel à des mesures fiscales

Etudiants à Audencia Nantes
Nouvelles technologies, corps professoral international et de haut niveau, diversification des programmes, renforcement à l’international, tout cela a un coût : entre 10 000 et 11 000 euros par an et par élève, contre des frais de scolarité de 7 000 euros par an en moyenne au sein des écoles de commerce. Lesquelles perdent donc de l’argent pour chaque étudiant formé, du moins en ce qui concerne les programmes dits « grande école » de niveau master. Selon François Duvergé, les modes de financements actuels atteignent leurs limites: « Notre modèle économique n’est pas stable, les ressources d’origine publique stagnent. Nous avons besoin de nouveaux financements pour continuer notre développement ». Pour rester performants, il faudra trouver des solutions. Réduire le nombre d’écoles ? Non, elles sont complémentaires et le chapitre des écoles de management, association d’écoles, n’a pas vocation à dire que certains de ses membres sont de trop. Les 29 grandes écoles de management ont donc formulé, dans leur livre blanc, un ensemble de propositions pour améliorer les financements, notamment au niveau fiscal :

  • développer les financements régionaux dans le cadre d’une décentralisation accrue.
  • inciter les entreprises à financer les établissements d’enseignement supérieur à l’aide de déductions fiscales.
  • développer les fondations d’utilité publique en faveur des écoles.
  • mettre en place un Plan épargne éducation.
  • revoir et développer les bourses au mérite et affecter une part significative de la taxe additionnelle à la taxe professionnelle (TATP) à leur financement.
  • accorder une déduction fiscale de 50% sur les droits de scolarité.
  • créer un fond de garantie d’emprunt réservé au financement de la scolarité des étudiants défavorisés.

Les écoles de management estiment qu’elles ont assumé avec succès un ensemble de mutations exigeantes et contraignantes. A ce titre, elles revendiquent avoir rempli leur part du contrat dans le développement d’un enseignement supérieur français de haut niveau. A travers leurs propositions, qui sont pour l’essentiel adressées aux pouvoirs publics, elles demandent qu’on reconnaisse leurs efforts et réclament un soutien pour leurs évolutions futures. Le panorama actuel de l’enseignement supérieur français exige de fortes restructurations, tant au niveau des financements que de la structure d’ensemble ou des synergies. Les réponses des pouvoirs publics aux propositions du chapitre des écoles de management risquent malheureusement d'être différées aux lendemains de l’élection présidentielle. En attendant, les écoles de management pourront continuer à réfléchir à leur dialogue nécessaire avec l’université et réciproquement.

NB :

(1) La Conférence des grandes écoles est une association, régie par la loi de 1901, créée en 1973. En son sein, le chapitre des écoles de management regroupe 32 écoles de formation à la gestion et au management (communément appelées écoles de commerce).

Crédit 2ème photo : F.Sénard - © AUDENCIA NANTES.


David Allais
01 Octobre 2006





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