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Réforme historique à l’Éna


Éric Woerth, le ministre de la fonction publique et André Santini, secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, ont présenté devant des élèves de l’Ena un projet de réforme visant à supprimer le fameux classement de sortie critiqué par des générations d’anciens élèves, sans succès, et par Nicolas Sarkozy à plusieurs reprises avec, apparemment, plus de résultat.



L'Ena, à Strasbourg
Ce classement de sortie conditionne, selon le rang obtenu, l'accès aux grands corps de l'Etat. Il transformait ainsi la scolarité à l’Ena (27 mois) en un bachotage permanent pour l’obtention des meilleures places. En effet, sortir dans les premiers et accéder à l’inspection des finances est la garantie d’une carrière fulgurante dans l’administration (voir dans le privé par la suite) à laquelle ne peuvent prétendre les moins bien classés, qui se retrouvent dans des tribunaux administratifs ou en préfecture.

"Ce qui est choquant, c'est le fait qu'un concours passé à 25 ans oriente toute une vie professionnelle", avait jugé Nicolas Sarkozy en janvier dernier.

C’est l’employeur qui choisira le candidat et non plus l’inverse

Cette réforme qui fera l’objet d’une vaste concertation avant la remise de propositions définitives au président de la République fin octobre vise donc à mettre en place une procédure d’affectation dans la haute fonction publique « digne du 21e siècle », selon le ministre de la fonction publique qui estime que « la suppression du classement de sortie de l’Ena inversera la logique qui préside au recrutement des hauts fonctionnaires ». En effet, si la réforme est adoptée, il reviendra désormais à l’employeur (la Cour des comptes, l’Inspection générale des Finances, le Conseil d'Etat, le ministère, un tribunal administratif ou une préfecture) de choisir le jeune énarque, selon son profil, et non plus à l’élève de faire seul son choix selon son rang de classement. Le but étant de garantir une meilleure adéquation entre « les besoins, les postes, les profils et les souhaits ».

Pour Paul Peny, le directeur général de l'Administration et de la Fonction publique, les administrations devront désormais, comme n'importe quel employeur, « développer leur politique de recrutement », au lieu de « subir » l'arrivée d'un élève.

Le concours d’entrée aussi va changer

Les concours d’entrée (externe pour les étudiants, interne pour les fonctionnaires déjà en poste et troisième concours pour les professionnels du privé) pourraient à terme évoluer pour être plus « professionnels ». Le ministre n’a pas précisé ce qu’il mettait derrière ce terme, mais on peut imaginer que le concours devienne moins académique et prenne davantage en compte les compétences, l’expérience et la personnalité des candidats, y compris pour de jeunes étudiants. La formation va également changer, une fois de plus pourrait-on dire puisque c’est loin d’être la première fois que l’on réforme le cursus de l’Ena, et devra « viser les meilleurs standards internationaux en se professionnalisant encore davantage ».
Concrètement, la durée de la formation va « être réduite et centrée encore davantage sur les stages et les mises en situation concrètes avec une réelle place au stage en entreprise », promettent Éric Woerth et André Santini. De là à ce que l’Ena devienne une école comme les autres, qui délivre un diplôme, dispose d’un corps professoral permanent et développe des activités de recherche il y a encore un pas, mais on en prend peut être le chemin.

NB :



Christophe Angeli
24 Septembre 2008





Tags : concours, ena

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Commentaires des lecteurs

1. Posté par e g de villepin le 25/09/2008 10:33
Ce n'est que 10 ou 20 ans trop tard !...enfin,nous y voilà.
En ce qui concerne l'ENM,c'était encore plus urgent :nos magistrats doivent etre préparés à juger des phénomènes hélas nouveaux :serial-killers,terrorisme,enlèvements,actes de barbarie...et pyromanie ;sur ce dernier point,l'article 64 n'a que trop permis aux incendiaires de nos forets -presque jamais arretés d'ailleurs-de couler quelques mois tranquilles dans une clinique psy ![

2. Posté par INK le 25/09/2008 13:56
Non, les préfecture ne choisiront pas "leur jeune énarque" : c'est le Président de la république qui affecte les préfets et sous-préfets sur proposition du ministre de l'intérieur.
Quant aux conséquences de la réforme, pas d'illusion : elle encouragera les candidats au concours à passer par d'autres expériences avant de passer celui ci (HEC, cabinets et autres), pour ceux qui le peuvent, et ne fera que rallonger leurs études pourtant déjà lourdes, d'autant que les limites d'âge ont déjà été supprimées. Ne croyons pas non plus que les candidats aux tribunaux administratifs seront miraculeusement plus nombreux qu'auparavant : tous voudront toujours la botte. Enfin, tous les énarques ne sont pas jeunes, et pour les candidats admis au concours interne, l'Ena est précisément l'occasion de changer de métier. Alors tenir compte de leur passé pour leur faire faire la même chose n'a pas grand sens.
la véritable réforme, également en cours mais depuis bien plus longtemps qu'on le pense, c'est la fusion des corps, le rapprochement des conditions de carrière (et des primes) et les incitations à la mobilité qui feront que la sortie de l'Ena - qu'elle se fasse sur le mode d'un classement inefficace ou d'une liste d'aptitude permettant le népotisme - ne détermine plus la carrière parce qu'il sera toujours possible, ensuite, de changer de poste. Le reste épate la galerie, sans plus.

3. Posté par LGL le 01/10/2008 10:43
et que deviendront les énarques dont aucune administration ne voudra ?

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