À première vue, cette réforme qui prévoit que les enseignants seront recrutés au niveau master, et non au niveau de la licence comme aujourd’hui, n’est pas rejetée en bloc par les syndicats d’enseignants. Dans le cadre de l’harmonisation des diplômes en Europe, la requalification des IUFM en masters apparaît d’ailleurs logique et souhaitable pour les futurs enseignants qui valideront ainsi deux années d’études supplémentaires, alors qu’auparavant les deux années en IUFM ne donnaient droit à aucun diplôme. Cela favorisera leur éventuelle reconversion et leur mobilité en Europe. La réforme devrait en outre permettre, d’après le gouvernement, de revaloriser les débuts de carrière. Le président de la République expliquait ainsi le 2 juin dernier qu’il souhaitait que « l’enseignant de demain soit mieux formé ». « Nous avons donc décidé que les différents concours, professeurs des écoles, Capes, agrégation, seront intégrés au cursus universitaire et ouverts aux titulaires et futurs titulaires d’un master 2 (…) », a-t-il poursuivi devant des cadres supérieurs de l’Education nationale, tout en s’engageant à ce que cette année d’études supplémentaire soit compensée par un début de carrière plus attrayant, au niveau du salaire s’entend (2).
« Le gouvernement entreprend une déconstruction de la formation des enseignants en laissant croire à une revalorisation du métier par un recrutement au niveau master », répond le Snesup qui défend les IUFM. Pour le syndicat, la mastérisation, c’est-à-dire l'allongement de la formation des enseignants à bac+5, est synonyme de mort programmée des IUFM. Or, dans le cadre d’universités devenues autonomes, le syndicat craint que la formation des enseignants ne devienne uniquement théorique. Avec le risque de voir arriver devant des classes surchauffées des profs totalement dépourvus de savoir-faire pédagogique.
La réforme prévoit en effet de supprimer l’année de stage et de la remplacer par un «compagnonnage» à la fin du master pour former les nouveaux sur le terrain. C’est-à-dire qu’un enseignant expérimenté parrainera un débutant. Michèle Gabert, membre du bureau national du Snesup et responsable du secteur Formation des enseignants, considère ainsi que « le recrutement des enseignants au niveau master pourrait être une chance mais l’on semble s’attaquer à un lieu, l’IUFM, nécessaire à cette formation ». Le Snesup revendique ainsi « le maintien d’une école spécifique et non pas une formation explosée au sein de toutes les universités ».
« Que dirait-on d’un médecin qui débute sa carrière sans jamais avoir approché un malade ? », raille la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM). Pour son président, Patrick Baranger, le risque est de voir les étudiants pratiquer un bachotage intensif à l’université jusqu’à l’obtention du master, sans souci de professionnalisation. Il aurait, pour sa part, préféré que le recrutement précède la formation, pour que le bachotage du concours ne parasite pas l’apprentissage de la profession.