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Les sous de Sciences-Po


L’Institut d’Etudes Politiques de Paris, un établissement public financé par l’Etat, s’apprête à "moduler" les frais de scolarité, c'est-à-dire à les augmenter pour la plupart des élèves, jusqu'à 4000 euros par an. L’Institut jette un pavé dans la marre au moment où un débat sur le financement des universités s’engage.



La réforme des droits de scolarité proposée par Richard Descoings, directeur de l’IEP de Paris, devrait permettre de dégager 5 millions d’euros de recettes supplémentaires chaque année.
Actuellement fixés à 1050 euros, les frais d’études devraient augmenter pour une majorité d’étudiants de premier et deuxième cycle (1), par paliers (0 € / 500 € / 1.000 € / 1.750 € / 2.500 € / 3.250 €), jusqu’à un maximum de 4.000 euros pour les plus aisés (étudiants dont le foyer a des revenus nets imposables supérieurs à 30.000 € par part fiscale, soit 30% des élèves de l’IEP environ). Ces derniers débourseraient donc 20.000 euros sur 5 ans (2), ce qui équivaut aux frais de scolarité des grandes écoles de commerce (7000 euros par an sur 3 ans, soit 21.000 euros).

Cette nouvelle recette sera affectée à une augmentation du nombre de bourses, à la construction d’une résidence (250 places) à la cité internationale de Paris et au développement d’un service logement au sein de l’IEP, comme s’y est engagée la direction de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

L'établissement dispose déjà de 73 millions d’euros de ressources par an, dont 76% viennent de l’Etat et des collectivités territoriales. Dans ce budget, 12 millions d’euros sont alloués à la rémunération des professeurs d’université et chercheurs de Sciences-Po, une somme assumée par l’Etat. A noter également : en 2003, 10% de la somme destinée à l’augmentation des dotations globales de fonctionnement de toutes les universités françaises est allée à l’Institut de la rue Saint-Guillaume (3).

Augmentation des dotations étatiques

« Certes la dotation de l’Etat a fortement cru ces dernières années, mais nous sommes passés de 4000 à 5800 élèves depuis 1996-1997, cette augmentation n’a donc rien de choquant. D’autre part, à côté des professeurs de statut public, nous n’employons pratiquement que des salariés de droit privé (4) », souligne Xavier Brunschvicg, directeur de la communication de Sciences-Po Paris. L’Institut envisage d’accroître encore ses capacités d’accueil dans les prochaines années, et négocie actuellement une nouvelle augmentation de sa dotation dans le cadre d’un contrat quadriennal.

Au milieu des années 90, une université avait fait scandale en raison de ses frais de scolarité jugés « prohibitifs » pour l’époque (ils sont aujourd’hui fixés à 4850 euros), alors que son financement était public : il s’agissait de l’université Léonard-de-Vinci, dite « fac Pasqua » ou la « fac privée », créée et financée par le conseil général des Hauts-de-Seine. Xavier Brunschvicg repousse avec vigueur la comparaison et rappelle que l’IEP est, et restera, un établissement public.
Le problème est que « les universités n’ont pas assez de ressources et l’Etat, même s’il a fait de gros progrès, ne pourra jamais pourvoir à l’immensité des besoins des universités » précise-t-il. Il ajoute : « soit l’Etat se désengage complètement, et on demande 5000 euros à chaque élève. Soit l’Etat se dit : les universités doivent faire preuve de dynamisme et nous faisons le choix de moduler les frais de scolarité; l’Etat ne doit pas nous punir en réduisant les subventions, sinon on arrête tout.»

Si la réforme des droits de scolarité est adoptée par son conseil d'administration fin octobre, l'IEP de Paris deviendrait toutefois un curieux hybride : établissement public, géré par une fondation, qui facture à une part non négligeable de ses élèves les frais de scolarité d’une école de commerce, tout en captant une part croissante des nouveaux financements alloués aux universités.

(1) Les frais de scolarité devraient augmenter pour les étudiants inscrits en premier et deuxième cycle (de la première à la cinquième année) et pour ceux inscrits en cycle de préparation aux concours. En revanche, ne seront pas concernés par l’éventuelle réforme, les étudiants inscrits en DEA, DESS et thèses.
(2) Il faut cependant noter qu’environ la moitié des étudiants arrivent directement en quatrième année et n’effectuent donc que deux ans de scolarité à Sciences-Po. Les frais s’élèveraient donc au maximum à 8.000 euros pour ces élèves qui entrent à l’IEP de Paris à la suite d’une licence (ou de toute autre diplôme de niveau bac+ 3 ou supérieur).
(3) Les dotations générales de fonctionnement correspondent pour l’IEP aux salaires, travaux et loyers. Les universités, elles, ne supportent ni la charge des salaires - rôle de l'Etat – ni leur augmentation.
(4) L’IEP de Paris compte 60 enseignants permanents, mais de nombreux enseignants chercheurs travaillent également en coopération avec l’établissement (200 en tout). Par ailleurs, 1400 maîtres de conférences (intervenants) donnent des cours régulièrement.

Avertissement : 2e version (en date du 14 octobre) de cet article, avec des précisions.

Christophe Angeli et Alison Cartier
08/10/2005
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