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Les IEP en 5 ans: le défi de la professionnalisation


Dans le sillage de l’IEP de Paris, et pour s'adapter au LMD, les huit IEP de province passent à une scolarité en 5 années. Leur diplôme devrait être habilité au grade master. C'est une petite révolution pour les IEP qui, de formations généralistes accélératrices de parcours universitaires, doivent devenir de grandes écoles professionnalisantes.



A partir de septembre, les Instituts d'études politiques d'Aix-en-Provence, Grenoble, Lille, Lyon, Rennes et Toulouse se feront obligatoirement pour les nouveaux entrants en 5 ans. Cette réforme est déjà entrée en vigueur à l'IEP de Bordeaux à la rentrée 2003 alors qu'elle se mettra en place seulement en septembre 2005 à l'IEP de Strasbourg, au statut particulier (composante de l'université Robert Schuman) et à l'autonomie moindre. Des dispositions transitoires ont été adoptées pour les promotions en cours. Les IEP étaient passés de 3 à 4 ans à la fin des années 90 pour intégrer souvent une année à l'étranger. C'était aussi une première pierre vers les 5 ans, niveau de sortie pertinent appelé de longue date par les responsables des instituts. La réforme d'harmonisation européenne des grades universitaires a accéléré le processus: les IEP devaient se caler sur les niveaux licence (bac+3) et master (bac+5) et pour cela ont refondu leurs cursus.

Le socle commun est désormais une scolarité en deux cycles: le premier de 3 ans, le second, le master, en deux années. Le 1er cycle, non diplômant, se veut pluridisciplinaire (droit, économie, science politique, histoire, langues) et il inclut parfois en 2e ou 3e année une spécialisation ou pré-spécialisation - les réorientations sont souvent possibles. Par exemple à l'IEP de Lyon, les étudiants choisiront en fin de 2e année une des 4 sections, politique, international, gestion publique et administration des entreprises ou communication. A Grenoble, ils intégreront une section dès la 2e année et devront réaliser un mémoire dans le cadre d'un séminaire en 3e année.

Spécialisation progressive

Quant au cycle de master, à finalité professionnelle, il comprend une spécialisation progressive avec souvent encore un tronc commun pluridisciplinaire. Les élèves doivent s'orienter dans une des branches des masters, professionnel ou recherche, avec diverses mentions, ou bien dans les "voies du diplôme" proposées par chaque IEP. En effet, certaines filières des années 4 et 5 seront habilitées dans le cadre d'un diplôme national de master (à distinguer du grade master) , quelquefois en partenariat avec une université, alors que d'autres filières seront propres à l'établissement.

Les IEP ont dû faire des choix: quels niveaux d'entrée? Où placer l'année, obligatoire ou facultative, à l'étranger? Externaliser ou non la 5e année? Spécialiser l'établissement dans tel ou tel domaine? Concernant l'entrée en 1ère année, le raisonnement a plutôt été de ne pas inciter à des études trop longues et de mettre tous les candidats sur un pied d'égalité, et pour cela de n'ouvrir l'entrée à ce niveau qu'aux bac+0. C'est déjà le cas à Bordeaux, ce sera le cas à Lille au concours de juillet. D'autres IEP comme Rennes et Grenoble ont prévu une transition: en 2004, bac+1 encore possible, en 2005 normalement plus que bac de l'année en cours. Comme auparavant, des admissions parallèles sont aménagées: notamment à Bordeaux à bac+1 en 2e année, à Toulouse à bac+2 en 2e année et à bac+3 en 3e année...

Grossir tout en restant raisonnables

Surtout, les 2e cycles des IEP (4e année) seront la plupart du temps ouverts à des étudiants venant d'autres cursus français ou étrangers. Le niveau requis à Bordeaux et Lille est un bac+3. A Lille aussi, une originalité: la possibilité pour les diplômés d'écoles de commerce, d'ingénieurs ou de "toute autre grande école" d'intégrer la 4e année. "Cela peut être un moyen de se réorienter, ou de pouvoir passer les concours administratifs", précise-t-on dans cet IEP. Il est vrai qu'à l'origine, le chemin était plutôt inverse, d'un IEP vers une école de commerce par exemple: la nouvelle formule doit donc faire ses preuves. Les effectifs vont-ils augmenter de façon notable par ce biais ? "Nous allons grossir tout en restant raisonnables", estime le directeur des études de l'IEP d'Aix, Franck Biglione.

Pour l'année à l'étranger, depuis longtemps un des avantages offerts par les IEP, elle reste non obligatoire dans certains comme à Bordeaux. A Aix, les étudiants ont le choix en 3e année entre des études à l'étranger et un stage en France ou dans un autre pays. A Grenoble, la souplesse est maximale avec la possibilité de combiner en 4e année des semestres d'études à l'étranger ou à l'IEP ou encore des stages. Cet établissement est le seul à inscrire son année dite "d'ouverture" si tardivement dans le cursus - la règle est: 3e année hors IEP. "Nous voulions un vrai 1er cycle de 3 ans avec une pré-spécialisation en sections et le départ en 3e année serait intervenu trop tôt selon nous", avance Jean-Louis Falcoz-Vigne, directeur des études.

Le point le plus complexe est le cycle de master, et l'articulation des années 4 et 5. Les étudiants peuvent se construire des "parcours de professionnalisation" à la carte et la palette est large entre les mentions du master (souvent la reprise des 3e cycles qui fonctionnaient le mieux), les possibilités de stages et même d'externalisation de la 5e année. Selon les IEP, la 4e année est une préparation à la 5e, encore plus spécialisée, ou bien les années 4 et 5 ne font qu'un bloc. Plusieurs accordent une large place aux stages, susceptibles de déboucher sur un emploi. Ainsi le second semestre de la 5e année à l'IEP de Lille se fait dans une entreprise ou une administration quand la voie choisie n’est pas la recherche. De même à Bordeaux, en 5e année, un stage d'une durée de 6 mois au minimum est requis.

Mutualisation de la 5e année entre les IEP

Par ailleurs, les IEP commencent à nouer des partenariats avec d'autres établissements, afin de proposer des options variées voire des doubles cursus. Grenoble est ainsi lié à l'Ecole supérieure des affaires (ESA) qui fait partie de son université de rattachement (Pierre Mendès France) et est membre du réseau des instituts d’administration des entreprises (IAE): les Sciences Po passeront l'essentiel des années 4 et 5 dans le cursus d'une des 18 spécialités de master de l'ESA, et la 5e année pourra être réalisée en apprentissage (3 semaines dans une entreprise, une semaine en cours). A son terme, ils décrocheront le diplôme de master suivi à l'ESA et le diplôme de l'IEP.

Des partenariats sont également établis avec des universités, à commencer par les plus proches, pour y effectuer éventuellement la 5e année voire la 4e. Mais ce n’est pas tout : une convention doit être signée avant fin juin par le réseau des IEP pour permettre aux étudiants d'effectuer leur 5e année dans l’institut proposant la spécialité qu'ils recherchent. L’IEP d'accueil restera maître du recrutement. Un tel accord est novateur et marque la coopération poussée des Instituts d’études politiques. Une autre convention doit être signée prochainement avec trois écoles de journalisme (CFJ, ESJ Lille, IPJ), pour un premier semestre en 5e année entre un IEP et une de ces écoles, puis un 2e semestre et une 6e année dans l'école pour obtenir un double diplôme. Les formules devraient se multiplier. L'IEP de Lille annonce que "les étudiants auront la possibilité, s'ils réussissent le concours d'une école de commerce, de journalisme, etc., d'externaliser leur 5e année dans cette école". A Aix, on ajoute qu'une convention préalable ne sera pas forcément nécessaire pour passer de l'IEP à une grande école ou une université en 5e année. "Il faudra trancher quand les problèmes se poseront", affirme M. Biglione.

Par là, les IEP vont se distinguer et marquer leurs points forts. Un bachelier pourra choisir un des établissements pour un accord qu'il aura conclu ou un des masters ouverts. Ces formations doivent être éprouvées mais déjà de grandes lignes se dégagent: à Aix, l'accent est mis particulièrement sur l'international, la science politique et le droit, à Bordeaux sur la science politique et les stages, à Grenoble sur le social et le culturel, à Lille sur l'Europe et l'international ainsi que les stages, à Lyon sur la section gestion publique et administration des entreprises, à l'interface des secteurs public et privé, à Rennes sur l'international, à Strasbourg déjà, sur l'Europe et le droit et enfin à Toulouse sur les relations internationales, le management et la communication.

Augmentation des frais de scolarité

Marquée par son pragmatisme, la réforme des IEP à 5 ans change aussi la philosophie de ces établissements: il s'agit de concilier une formation généraliste, qui fait leur originalité, avec une spécialisation forte.
Une formation à Sciences Po doit désormais se suffire à elle-même pour accéder au marché du travail: c'est le test des années à venir. Le cursus se veut donc plus pratique, les interventions de professionnels augmentent et la politique de stages se développe. Tout cela à moyens constants de la part de l'Etat, au grand dam des directeurs d'établissements. "C'est pour nous la réforme la plus importante depuis 1968. Tout le monde en sort exsangue. Les étudiants l'ont bien compris, c'est dans leur intérêt", fait valoir Tanneguy Larzul, directeur de l'IEP de Rennes.

Et ceux-ci vont être mis à contribution financièrement. Rennes n'a pas encore augmenté les frais de scolarité (droits universitaires + droits de diplôme, soit 400 à 500 euros en moyenne pour les IEP) mais "on ne fera pas l'économie d'une réflexion là-dessus", admet son directeur. Grenoble et Aix passent à 800 euros à la rentrée prochaine pour toutes les années, selon un principe de solidarité. "On est loin des frais des écoles de commerce", soulignent plusieurs responsables d'IEP, dont l'ambition est de se positionner au rang des grandes écoles.

Alison Cartier
19/04/2005


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