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La France est un tracteur aux yeux de Claude Allègre


"Les gouvernements pensent qu'ils pilotent une Formule 1... En fait la France est un tracteur": voilà ce qu'assène Claude Allègre, ancien ministre socialiste de l'Education, au sujet de notre pays et plus particulièrement de son enseignement supérieur. Lors d'un forum à Paris le 20 mars, celui qui est cité par Nicolas Sarkozy comme susceptible d'intégrer – un jour – son gouvernement a plaidé pour "un allègement des réglementations" et une "diversité" d'initiatives des établissements, notamment dans la professionnalisation des cursus.



"Le passage aux actes est beaucoup trop lent" en France, a expliqué Claude Allègre lors du deuxième "forum éducation" organisé par l'éditeur de logiciels Cegid. "On a pourtant les moyens" de rattraper la course mondiale, a-t-il souligné, en prenant l'exemple de ces "meilleurs chercheurs" que la France sait former mais non retenir sur son sol. Selon lui, il faut "réagir" sur de nombreux plans dont celui de "l'adaptation de nos formations". Surtout celles prodiguées par l'université, qui a "beaucoup de difficultés avec un sujet, la professionnalisation", a-t-il ajouté. Faut-il donner aux étudiants une culture générale ou un enseignement professionnel? "A l'évidence la réponse est les deux", pour M. Allègre, qui juge que "la France est spécialiste des débats philosophiques qui au fond ne sont pas utiles".

Celui qui est retourné à la recherche a fait valoir son propre bilan comme conseiller de Lionel Jospin puis à la tête du ministère de l'Education: en matière de professionnalisation, il a contribué à créer la licence professionnelle dans le cadre du LMD, les Instituts universitaires professionnalisés (IUP), et a doublé le nombre d'IUT et de BTS. Dans les petites villes, les IUT "ont fourni des techniciens supérieurs directement à l'économie", remplissant par là véritablement leur mission, alors que dans les grandes villes, "ils sont devenus des 1ers cycles de luxe pour des étudiants poursuivant leurs études", a-t-il remarqué.

"Longtemps la professionnalisation a été réservée aux grandes écoles, la grande dame université s'y refusant", note Claude Allègre. Mais cette orientation vers l'emploi a été bridée par un "malthusianisme" des professions, estime-t-il, citant les ingénieurs et les médecins. Si bien que par exemple dans son propre domaine de recherche, les sciences de la vie et de la terre, des "milliers" de postes d'ingénieurs ne peuvent être pourvus. L'ancien ministre reconnaît toutefois que, en dehors du secteur des sciences humaines, "l'université répond relativement vite maintenant" aux besoins de l'économie.

Lâcher la bride

Cependant, "la règlementation gêne les initiatives": qu'on lâche la bride "aux entreprises, aux pédagogues, aux directeurs d'écoles", incite M. Allègre. Il faut aussi "se battre pour la diversité" des modèles, car "il n'y a pas de raison de prendre les mêmes mesures pour tous", selon lui. Si notamment une école veut que l'ensemble de ses formations se fasse en alternance, M. Allègre est preneur: "on jugera à la fin".

Ouverture à l'entreprise: un leitmotiv repris par l'ensemble des participants au débat aux côtés de M. Allègre, dont les directeurs de l'ESC Clermont, de l'ESDES, de SUPINFO ou encore par le président du conseil de surveillance de Schneider Electric, Henri Lachmann, et même par Alain Séré, inspecteur général de l'Education nationale et rapporteur de la mission E-educ installée par le ministère. "Nous sommes dans une logique de co-production" des programmes d'enseignement avec les entreprises, a même affirmé Thierry Boidart pour SUPINFO, se disant "sans état d'âme par rapport à cette approche-là" dans la mesure où c'est "une stratégie gagnante pour les étudiants". Pour le président du conseil de surveillance de Schneider Electric, "les entreprises ne peuvent plus laisser au système éducatif le monopole de la formation. Les entreprises ont elles aussi la capacité de former et c'est leur intérêt puisqu'il leur manque des personnes qualifiées, c'est même leur devoir", a-t-il estimé.

M. Allègre a conclu par une note alarmiste, laissant entendre qu'il était disponible en ce moment crucial: le monde dans sa course à l'innovation lance un "défi" à la France, qu'elle doit relever pour rien moins que "survivre", selon lui. "Nous n'avons pas beaucoup de temps pour participer à cette aventure", a averti l'ancien ministre.


Alison Cartier
21 Mars 2008





Voir aussi : allègre, bts, esdes, iup, iut, lmd, supinfo


Commentaires des lecteurs

1. Posté par tomate le 27/03/2008 07:34
Bien toutes ces paroles sur le devoir des entreprise à former les personnes notamment mon entreprise Schneider.
Sans évolution depuis 10 ans, voilà 2 ans que je me démène de service RH en service RH pour me former à un BTS. Si dans les textes, de belles promesses sont faites dans la pratique, pas de budget, restrictions alors c'est la débrouille avec le fongecif mais sans compter sur une aide de qui que ce soit... Bien pour la motivation et l'évolution.

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