|
|
L’école de journalisme de Sciences Po Paris attendue au tournant
Les promoteurs de l’école de journalisme de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, qui ouvrira ses portes en septembre 2004, ne cessent de souligner sa différence, quand ils n’ont pas à défendre l’idée qu’elle n’est pas «une école de trop». Ses principes et modalités de fonctionnement ont été présentés à la presse dans la foulée de leur adoption par les Conseils de Sciences Po les 26 et 27 avril. Passage au crible des ambitions de cette formation qui se veut tournée vers l’international, académique et pratique.
117 bd Saint-Germain, Paris VIe : c’est l’adresse de la future école de journalisme de Sciences Po Paris, c’est déjà une image de prestige. Une collecte de fonds pour les investissements initiaux a permis de rassembler un million d’euros pour 2004, et jusqu’à 1,5 million au total en 2006. Une quarantaine d’entreprises ont mis la main au porte-monnaie, de tout secteur, ce qui marque « une réelle attente », selon Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris. Pourtant, les perspectives de débouchés professionnels dans le journalisme sont « limitées », reconnaît la direction, qui a restreint la première promotion à une quarantaine d’étudiants. Et l’arrivée d’une nouvelle école n’est pas accueillie de gaieté de cœur par les établissements reconnus, qui se partagent âprement les meilleurs candidats et la taxe d’apprentissage. Aucune concertation avec les autres écoles « ne m’a été demandée », affirme M. Descoings, qui défend « la libre détermination de nos choix universitaires ». Dans le cadre d’une scolarité en 5 ans depuis 2000, Sciences Po voulait ainsi proposer « une formation très poussée au journalisme ». L’établissement «réunissait les compétences essentielles», selon la journaliste Michèle Cotta, ancienne directrice générale de France 2, qui a animé depuis septembre 2003 une commission sur la création de l’école. Une centaine d’enseignants et de professionnels ont été consultés à cette occasion.
Quels sont donc les principes de cette école et leur originalité ? Tout d’abord, la formation bénéficie de la marque Sciences Po : excellence, rigueur, ouverture à l’international. L’école n’est rien de plus qu’un des 12 masters (diplômes d’établissement) de l’IEP de Paris à la rentrée prochaine. Les élèves suivront les enseignements obligatoires de tronc commun. Les universitaires et chercheurs de Sciences Po se sont mobilisés, d’après M. Descoings, et nombre des plus renommés donneront des cours spécifiques aux futurs journalistes. Professeurs étrangers, cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises, ainsi que hauts fonctionnaires interviendront, comme de coutume rue Saint-Guillaume. Six chaires de professeurs associés seront aussi créées, pour des personnalités du monde journalistique principalement.
Stage d’immersion pour ne pas être déconnectés
L’enseignement sera intensif avec 1300 heures réparties sur 3 semestres (25 heures par semaine), soit 30 à 40% de plus que dans les autres cursus. « C’est une école à plein temps : 6 jours par semaine, 11 mois par an, dans les conditions d’une salle de rédaction », expose M. Descoings. Pratique journalistique et formation intellectuelle seront imbriquées, cette dernière étant cependant « fortement valorisée ». C’est généralement l’inverse qui se pratique dans les autres écoles, qui considèrent que les candidats ont un bagage académique suffisant (bac +3 à bac +4 en moyenne). En plus de cours de langues et d’enseignements prodigués en langues étrangères, un semestre se fera obligatoirement dans un autre pays, au sein d’une entreprise de presse ou d’une école de journalisme partenaire de Sciences Po. Un accord a déjà été signé avec la Medill School of Journalism de Chicago, et un autre doit l’être avec la Graduate School of Columbia de New York. Les étudiants devront faire également un stage d’été dans un média. Il se spécialiseront en presse écrite, radio, télévision, internet ou agence au dernier semestre, comme dans beaucoup d’autres formations au journalisme.
Bref, les apprentis journalistes de l’IEP de Paris bénéficieront d’une formation du plus haut niveau. Pour qu’ils ne soient pas déconnectés des réalités, ils pourront durant les quatre semaines libres d’enseignement par semestre s’immerger avec « les vrais gens », selon le mot de M. Descoings, en effectuant des stages dans une prison, un hôpital, un commissariat, etc., « à temps plein », insiste le directeur. Une nécessité, semble-t-il, afin que les étudiants ne soient pas en permanence le nez dans le guidon, celui de l’actualité vue de Paris.
L’ouverture d’esprit passe aussi par l’ouverture du recrutement. Force est de constater que la sélection sera drastique. Le quart des élèves viendront des premiers cycles de l’IEP de Paris, un autre quart de l’extérieur, sans condition de diplôme mais avec à leur actif trois années d’études après la fin de l’enseignement secondaire. « La sélection valorisera la diversité des parcours et des personnalités, l’épaisseur humaine, l’humilité face aux faits réels et la force de conviction », explique la direction. L’autre moitié des étudiants (soit une vingtaine en 2004-2005) seront étrangers, et devraient à terme travailler dans leur pays d’origine. Les trois grands viviers de recrutement visés sont la Chine, le Moyen-Orient et l’Amérique latine. La procédure sera la même pour tous : sélection sur dossier, puis épreuve de langue, épreuve écrite et enfin oral d’admission. Les frais de scolarité seront les mêmes que ceux de Sciences Po c’est-à-dire modulés en fonction du revenu imposable des familles. Par ailleurs, l’école entend développer la formation continue et l’apprentissage.
Pas vocation à former des managers des médias
Dans le détail de la pédagogie, dite « innovante » par la direction : les objectifs sont « une forte culture historique, une solide culture économique, la maîtrise de l’écriture et l’apprentissage de la distance critique ». L’accent mis sur l’histoire est marqué par le choix du directeur de l’école, Jean-Claude Lescure, un historien qui enseigne à Sciences Po depuis 15 ans et a déjà travaillé avec la chaîne Histoire – le directeur adjoint est un journaliste, Bernard Voltaire, chef du service étranger à TF1. Un partenariat a été noué avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA) pour permettre aux élèves d’avoir accès à sa documentation et aux professeurs de l’utiliser comme support pédagogique. Devant le manque de culture économique des journalistes, déploré par la direction de Sciences Po, une part importante de la formation sera consacrée à l’analyse économique et au fonctionnement des entreprises. Cependant, l’école de journalisme n’a « pas vocation », dans son cursus initial, à former des managers des médias, selon M. Descoings. C’est pourtant ce qui avait été annoncé en octobre 2003 lors de l’annonce du projet d’école de journalisme et ce volet était assez inédit. Pour ce qui est de la « réflexion sur la responsabilité sociale des journalistes », un thème mis en avant par la direction après l’étude des besoins de la profession, « la méthode empirique sera privilégiée ». « Des académiques comme Arnaud Mercier et des journalistes comme Ruth Elkrief » interviendront en la matière.
Sciences Po a l’intention d’apporter un plus à ses élèves en journalisme par rapport aux autres écoles dont c’est la seule activité. Mais il doit d’abord prouver que sa formation est appréciée sur le marché du travail. « Je n’ai aucune garantie d’embauche, cela va de soi », déclare M. Descoings, qui parie sur des élèves passionnés, « dépassant les questions de la rémunération et du temps d’études ». Le directeur de l’IEP de Paris a «l’espoir» que son école sera reconnue par la Commission nationale paritaire de l’emploi des journalistes dans les temps réglementaires, lorsque deux promotions seront diplômées.
Les commentaires sont modérés a posteriori. Nous acceptons volontiers la critique de nos articles, les précisions et corrections apportés par les lecteurs ou l'ouverture de débats contradictoires en lien avec le sujet abordé. À l'inverse, nous nous réservons le droit d'effacer tout commentaire que nous considérons comme diffamatoire ou hors-sujet.
|
-
06/06/2009 00:49
-
04/06/2009 18:24
-
03/06/2009 22:28
-
03/06/2009 13:40
-
02/06/2009 14:41
-
30/05/2009 12:52
-
27/05/2009 23:28
-
27/05/2009 15:13
-
27/05/2009 15:06
-
26/05/2009 11:50
|