Grandes Ecoles, la fin d’une exception française


Grandes Ecoles - la fin d’une exception française, signent Thomas Lebègue et Emmanuelle Walter sur la couverture rouge de leur ouvrage. Ces deux journalistes indépendants, passés par de grandes rédactions parisiennes (Libération pour le premier, le Nouvel Obs pour la seconde), connaissent bien le système élitiste de l’enseignement supérieur à la française pour en être eux-mêmes de purs produits. Le premier est diplômé de Sciences Po Paris et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Emmanuelle Walter est quant à elle titulaire d'une maîtrise d'Histoire obtenue à l’université de Lille et également du diplôme de l’ESJ.



Le titre de l’ouvrage laisse entendre que les Grandes Ecoles, c’est fini. Dans la veine de Faut-il sauver les grandes écoles ? de Pierre Veltz paru l’an passé, les deux enquêteurs tirent à boulets rouges sur ces écoles qui sont « trop petites, trop sclérosées, pas assez ouvertes socialement » et qui détournent leurs élèves de la recherche. Ces établissements seraient donc promis à une mort lente mais inéluctable s’ils n’évoluent pas, dans un enseignement supérieur qui a pris une dimension mondiale. Tel est le fil conducteur de cet ouvrage, fruit d’une minutieuse enquête journalistique, riche en exemples et citations.

Endogamie et non-sens économique

Les auteurs cherchent d'abord à démontrer le non-sens économique que constitue le système français des grandes écoles. Celui-ci accrédite en effet une micro-élite qui se serre les coudes à la tête des grandes entreprises et ne s’ouvre pas aux talents extérieurs ni ne se remet en cause. Soit « une France qui tourne en rond depuis trente ans au sommet du pouvoir, loin, très loin des cohortes sorties de l’université ». À la Société Générale, dans les salles de marché, les traders sont pratiquement tous diplômés de quatre grandes écoles d’ingénieurs parisiennes : Les Ponts, Les Mines, Centrale et Polytechnique. L’affaire Kerviel, du nom de ce vilain petit canard universitaire qui a réussi à déjouer les contrôles des génies endogames de la finance, sert de point de départ à leur démonstration. Car quand tout va mal et que des têtes doivent être coupées, on remplace simplement « des X par des X et des énarques par des énarques ». Les Pdg français sont surveillés par des conseils d’administration consanguins dont les membres sont issus des mêmes écoles, des mêmes réseaux. « C’est cette oligarchie qui est largement responsable du marasme économique en France », selon Gilbert Béréziat, le délégué général de Paris Universitas, cité par les deux journalistes.

Et les auteurs de relever que les distorsions concurrentielles sur le marché de l’emploi commencent dès le premier poste : les anciens des grandes écoles ont accès, via leur réseau, aux offres d’emploi cachées, celles qui sont connues uniquement par bouche à oreille. Or, « c’est tout l’inconvénient de la réseaucratie : les relations personnelles priment trop souvent sur la compétence ». Un exemple : « à poste égal, on ne verra jamais un polytechnicien moins bien payé qu’un étudiant d’origine universitaire, quelles que soient leurs performances respectives au sein de l’entreprise ». Quoi de plus démotivant ?

Délit d’initiés et secret de famille

Lycée Saint-Louis, à Paris
Lycée Saint-Louis, à Paris
La partie la plus passionnante de l’enquête est celle où Lebègue et Walter démontrent à quel point les grandes écoles puisent toujours dans le même vivier, malgré les effets d’annonce. Certes, depuis Bourdieu, on connaît le principe de la reproduction des élites, et l’on trouve chaque année dans la presse des articles sur le sujet, mais les deux journalistes ont su actualiser et relever les contradictions dans le discours que tiennent les grandes écoles sur leur propre évolution.

« Ceux qui réussissent l’oral d’une très grande école sont aussi ceux pour qui c’est normal d’être là », selon Thibaut de Saint-Pol, sociologue interrogé dans l’ouvrage. Les auteurs relèvent également que dans chaque promotion de l’X, de l’ENS ou de l’Ena, il y a un grand nombre de « Filles et Fils de ». « Chaque promotion de l’Ena compte au minimum deux ou trois fils d’énarques – un ratio étonnant quand on sait que l’école forme moins de 100 élèves par an », soulignent-ils.

Le livre contient quelques vérités bien connues, mais toujours frappantes à la lecture : « En France, il n’est pas exagéré de dire que tout est joué à 17 ans. Une mauvaise classe de Première est souvent rédhibitoire pour entrer ensuite en classe prépa ». Il faut pour réussir arriver à « mettre un pied dans l’une de ces très grandes écoles avant l’âge de 21 ans » pour s’assurer d’une place à vie parmi l’élite. Comment rejoindre ces réseaux ? Quand on vit en province, il n’y a pas mille manières : « les grandes capitales régionales n’offrent généralement qu’un établissement public d’élite ». Par exemple : Le Parc à Lyon, Fermat à Toulouse, Thiers à Marseille.

Le plus paradoxal d’ailleurs, comme l’expliquent Lebègue et Walter, c’est que la qualité des grandes écoles repose sur la sélection faite en prépa (laquelle repose sur les résultats du lycée). Les jeunes choisissent leur grande école sur des critères de prestige et d’image et pas du tout sur le contenu de la formation. La cote des établissements eux-mêmes se mesure à leur capacité à attirer des élèves des prépas d’élite, jamais à leur capacité à transformer des étudiants moyens en jeunes diplômés compétents et aptes à faire partie des meilleurs dans l’univers professionnel.

Redistribution à l’envers

Que fait l’Etat dans ce contexte ? Il dépense environ 3.500 euros par étudiant en deuxième cycle universitaire de droit ou de sciences économiques, 10.600 euros pour un étudiant en sciences, 13.100 euros pour un étudiant en fac de médecine, mais aussi près de 13.000 euros pour un étudiant en école d’ingénieurs post-bac, 34.900 euros pour un élève dans une école d’ingénieurs accessible après une prépa et jusqu’à près de 40.000 euros pour un élève de Normale Sup ou de l’Ena. Gilbert Béréziat s’interroge : « Pourquoi l’Ecole Polytechnique reçoit de l’Etat trois à quatre fois plus de crédits que la plus grande université de France, Paris VI ? ». Lebègue et Walter se demandent pourquoi l’Ecole normale supérieure bénéficie d’une soulte pour payer ses élèves, à l’image de 22 écoles d’ingénieurs (pour les futurs militaires à Saint-Cyr, l’école navale, l’école de l’air…ou les futurs fonctionnaires à l’école des Mines de Douai ou l’école nationale de météorologie de Toulouse) ou bien encore de l’Ena. Ils relèvent par ailleurs que l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, établissement public géré par une fondation privée (la Fondation Nationale des Sciences Politiques) cumule à la fois les avantages du public (l’IEP est financé par l’Etat) et ceux du privé (il est indépendant pour sa pédagogie et la gestion de son budget). C’est ainsi que Sciences Po peut tout à la fois faire payer à ses étudiants les mêmes frais de scolarité que les écoles de commerce, s’associer à des entreprises pour certains programmes, tout en faisant financer sa recherche et ses enseignants par l’Etat.

Les grandes écoles publiques sont quasiment gratuites alors qu’elles accueillent un public socialement privilégié : c’est ce que les auteurs appellent une « redistribution à l’envers ». Cela signifie que les classes moyennes, dont les enfants étudient à l’université, payent avec leurs impôts une scolarité confortable à des jeunes gens bien nés. Ces dépenses en capital humain servent-elles au moins l’économie française ? Il est permis d’en douter. Les auteurs citent la directrice de l’enseignement de ParisTech qui relève que les plus grandes écoles d’ingénieurs françaises forment aujourd’hui « des traders qui partent à Londres, New-York ou Shanghai ». Polytechnique forme plus de banquiers et de consultants que de chercheurs, mais l’Etat ne semble guère s’en soucier. Il est vrai que les diplômés de Normale ou de Polytechnique auraient tort de se priver : on gagne dix fois plus dans une banque que dans la recherche. Mais pourquoi dans ce cas est-ce au contribuable de financer leurs études ?

Les PRES comme issue de secours

Il y a un happy end au livre de Lebègue et Walter : les grandes écoles peuvent survivre dans le cadre des PRES, ces Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur, qui promettent de réunir universités et grandes écoles dans un même ensemble. Car au fond, qu’est-ce qu’un bon établissement d’enseignement supérieur ? s’interrogent les auteurs. Ils laissent à Bernard Bobe, l’ex-délégué général de ParisTech, le soin de répondre : « C’est un établissement multidisciplinaire, autonome, situé dans un périmètre géographique restreint, avec un bon volume de chercheurs, qui comprend de 10 000 à 30 000 étudiants, voire plus, et qui forme et mélange tout le monde : des futurs chercheurs, des futurs cadres moyens, des futurs élites ».

Les deux journalistes ajoutent : « un bon établissement permet à tous les types d’étudiants de profiter des bons profs et des bons labos. Il n’érige pas de cordon sanitaire entre les filières d’élite et les autres. Il autorise l’étudiant à changer de domaine de formation au cours de ses études, sans tout reprendre à zéro. Il n’oblige pas à choisir à l’âge de 18 ans son destin professionnel (…) ». En clair, si l’on comprend bien ce que les auteurs de « Grandes Ecoles - La fin d’une exception française » ont voulu dire, un bon établissement, cela pourrait être une université américaine, puisque ces dernières répondent presque point par point à la définition de l’établissement idéal qu’ils proposent.

Au final, l’ouvrage récemment paru aux éditions Calmann-Levy, de fort bonne facture, ne porte peut-être pas le titre le plus approprié. Car ce n’est pas tout à fait de la fin des grandes écoles dont il est question, mais plutôt de leurs défauts. Les auteurs écrivent que celles-ci traversent « une crise d’identité et de légitimité » et que « beaucoup de directeurs et d’anciens élèves ont bien conscience d’arriver à la fin d’un cycle ». Mais au terme de la lecture, si l’on a appris une foule de choses sur les dessous de la sélection sociale des grandes écoles, l’aberration économique que représentent leurs réseaux et leur financement, on ne sait pas sur quoi débouche la fin du cycle annoncée.

On comprend bien que l’Ena doit se réformer – c’est désormais sur les rails depuis la sortie du livre – et que les plus petites écoles d’ingénieurs sont condamnées à se regrouper ou à intégrer l’université pour celles qui n’en faisaient pas partie, mais on ne voit pas pourquoi toutes les grandes écoles, et celles de commerce notamment (dont la stratégie est peu remise en question, tout comme dans le livre de Pierre Veltz), sont en train de vivre leurs derniers instants, comme le suggère le titre de l’ouvrage.

NB :


20/10/2008
A.C et P-A.P
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Cagnes le 21/10/2008 10:32

Bonjour,

Le site de Pierre Veltz auteur de "Faut-il sauver les grandes écoles ?" est en ligne à l'adresse http://www.veltz.fr ; des vidéos de présentation du livre y sont disponibles.

Cordialement

2.Posté par Julien H. le 23/10/2008 11:05

Je ne comprends pas cet acharnement à chercher à détruire...la seule chose qui marche dans notre système éducatif ! C'est ce que l'on a de mieux ces écoles qui forment des élites capables de rivaliser avec les Oxford, Cambridge, Harvard...et pourtant les "intellectuels" s'acharnent à les critiquer ou à les rendre responsables de tous les maux de la France.

3.Posté par Charles le 24/10/2008 14:23

Très bon bouquin, merci.

4.Posté par Sophie F. le 24/10/2008 15:42

Rendre les écoles d'ingénieurs très chères reviendrait à porter un nouveau coup à la mixité sociale. Quant au salaire des énarques et des normaliens, il est lié à leur statut de fonctionnaire stagiaire, futurs serviteurs de l'Etat... (et aussi un élément d'attractivité pour les étudiants de milieux modestes)

5.Posté par Jules V. le 25/10/2008 10:10

J'ai l'impression que ce livre est plutôt une instruction à charge :

Pourquoi un X est-il mieux payé qu'un universitaire ? Parce qu'il a passé un des concours scientifiques les plus sélectifs de France...

Pourquoi un enfant d'énarque réussit mieux ses études qu'un autre ? Parce qu'il baigne depuis sa plus jeune enfance dans un milieu chargé de culture...

Si on obligeait les polytechniciens à faire de la recherche (et pourquoi d'ailleurs?), alors les meilleurs élèves de prépa choisiraient d'intégrer une autre école...


6.Posté par Charles le 26/10/2008 20:07

Cher Jules V, qu'un X soit mieux payé qu'un diplômé de l'université n'est pas le problème, tant mieux pour lui. simplement il n'y a aucune raison qu'il soit payé pendant sa scolarité...surtout s'il ne va pas travailler pour l'Etat après ou s'il ne se consacre pas à la recherche publique. Il devrait donc verser des droits de scolarité, d'autant plus élevés qu'il a accès à des conditions d'études plus confortables que l'étudiant moyen.

7.Posté par Claude le 28/10/2008 14:22

"Les grandes écoles publiques sont quasiment gratuites alors qu’elles accueillent un public socialement privilégié : c’est ce que les auteurs appellent une « redistribution à l’envers" = parfaitement d'accord, mais plutôt que d'appeler à une hausse des frais dans ces écoles, ne vaudrait-il pas mieux qu'elles accueillent davantage un public de "non privilégiés" ?


8.Posté par MOEGLIN Karine le 01/11/2008 15:18

L'affirmation selon laquelles nos grandes écoles formeraient des élites capables de rivaliser avec Oxfort, Cambridge et Harvard me semble devoir être explicitée. S'il s'agit de rivaliser en termes de monopolisation de certaines fonctions, certes, nos grandes écoles rivalisent tout à fait avec Oxford et Harvard. S'il s'agit en revanche de rivaliser en termes de recherche, d'innovation, et de rayonnement international, nos grandes écoles sont très très loin de faire le poids.

9.Posté par Patrice le 06/11/2008 02:19

Ah les Grandes Ecoles, j'en ai frequenté une, mais comme Universitaire pour y faire ma thése. Super labo, super équipement educatif, super bilbiothèque, le tout accessible jour et nuit - week-end compris - dans une ambiance feûtrée et chaleurement, bref ... pour un Universitaire formé dans des classes surchargés, des labos vêtustes et des Profs souvent absents, l'Ecole Normale c'était The Classe!

Sauf que...
1/ Avec une sévère selection en amont faut pas s'étonner d'avoir des trés bons à la sortie. Directeurs et Directrices de Grande Ecoles: Y'a pas de quoi pavoiser.

2/ Leur moule de sélection est tellement carré que j'étais capable, rien au coup d'oeil, de repérer un Normalien d'un Universitaire.

3/ Un chercheur doit être d'abord un penseur créatif, malheureusement la créativité c'est pas leur fort dans les Grandes Ecoles. Du coup leur chercheurs sont souvent bien moins competitifs que les chercheurs Univesitaires. La preuve est que toutes c'est Grande Ecoles n'ont pas rendu la recherche Francaise meilleure pour autant.

4/ Avec tant de cerveaux si bien formés on se demande pourquoi ça va si mal en France.

En conclusion, suprimons les grandes ecoles et permettons à tous ces bon etudiants et tous ces bon Profs. d'illuminer nos Université.



10.Posté par s le 06/11/2008 12:09

J'ai lu le livre et il rend très bien l'ambiance de la prépa je trouve, disons à l'attention de quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds mais ça m'a rappelé des souvenirs. Le côté excessif est effectivement dommageable à des étudiants qui perdent l'occasion de développer une maturité plutot que de remplir une tasse déjà trop pleine.

je ne vois pas par contre l'intérêt de l'argumentaire : oui les gens des grandes écoles peuvent se tromper effectivement et oui ils sont super confiants peut être un peu trop. Oui la reproduction sociale est trop importante. Et oui pour rivaliser avec l'international, faut qu'ils fassent de la recherche vraiment

Ca tient en trois quatre lignes....


11.Posté par H le 12/11/2008 20:36

Etudiant à l'école Polytechnique je trouve ce livre bien trop caricatural. Beaucoup de points méritent d'être nuancés. Il est difficile de tirer le portrait exact d'un système non uniforme et aux ambitions inégales.

La mixité sociale manque, elle n'a fait que diminuer depuis plusieurs années dans les grandes-écoles, c'est un fait tout à fait regrettable. Mais le problème ne se trouve pas dans le mode de sélection, au mérite, des grandes-écoles mais bien en amont lors de la candidature en prépa : le lycée d'origine s'il se trouve en milieu défavorisé joue généralement en défaveur d'un excellent élève d'origine modeste. C'est là que l'effort est à faire, pas sur un mode de sélection au mérite. La sélection aux Etats-Unis et en Grande Bretagne est conditionnée par les ressources des parents, est-ce cela vers quoi l'on veut aller ?

Quant aux énarques fils d'énarques, aux polytechniciens fils de polytechniciens, quel rôle ont les grandes écoles dans cela ? Oui un fils de polytechnicien a de grande chance de baigner toute son enfance dans un cadre social plus favorable à le préparer intellectuellement à des études scientifiques. Mais c'est aussi le cas dans les autres pays et les grandes écoles n'y sont pour rien, en tout cas pas le système de sélection. De la même façon les fils de médecin ont plus de chance de devenir médecin et de même que pour le point précédent un effort de communication et d'information est à réaliser en amont, au lycée, afin que les familles plus modestes soient au fait du système. C'est ce que réalise l'association "Une grande école, pourquoi pas moi" à laquelle les étudiants de Polytechnique participent activement.

La recherche en grande-école, c'est vrai il n'y en a pas assez. Un quart des élèves de l'Ecole Polytechnique seulement poursuivent leurs études par la recherche. Mais croyez-bien que l'effort effectué par l'administration et le corps professoral pour augmenter ce nombre croissant est très important et que la donne est en train de changer radicalement. Pourquoi? parce que le seul diplôme reconnu mondialement c'est le PhD et ça les grandes-écoles le savent bien et sont en train de s'y adapter. Alors ne leur coupez pas l'herbe sous les pieds, et attendez quelques années encore...

Concernant la solde versée aux élèves à l'Ecole Polytechnique, elle est tout a fait discutable. Sachez seulement que nous en reversons une bonne partie pour financer, par solidarité, une solde équivalente aux 100 étrangers qui intègrent la promotion et qu'il ne s'agit pas de sommes mirobolantes comme certains pourraient le croire mais de quoi être indépendant financièrement de ses parents (en gros de quoi payer son loyer et ses charges). Notre statut militaire nous contraint par ailleurs à une année de service militaire obligatoire que nous réalisons au service d'un corps de l'armée et à un certain nombre d'astreintes pas toujours drôles. Les corpsards eux doivent 10 années à l'Etat et tout élève n'allant pas au bout de ses études doit rembourser sa scolarité dans sa totalité.

Concernant enfin les ambitions de concurrencer avec les grandes universités anglo-saxonnes, sachez qu'il s'agit là de l'effort essentiel engagé par le campus de Polytechnique depuis plusieurs années. Le campus accueille aujourd'hui les centres de recherche de Danone et Thales et l'institut d'Optique. D'ici quelques années il devrait recevoir Agro ParisTech, Telecom Paris, l'ENSAE, l'Ensta, une pépinière entreprise et de nombreux nouveaux laboratoires. Tout cela devrait porter le nombre d'étudiants à près de 7000 et le nombre d'enseignants-chercheurs à près de 2000. L'objectif est bien de faire de ce campus un grand campus à rayonnement international en tant que nouveau PRES intégré dans le triangle scientifique du plateau de Saclay et ouvert à l'ensemble des étudiants en master et doctorat de France et de l'étranger (point qui s'est déjà fortement développé depuis quelques années). La mutation est en marche, la réforme est discutée quotidiennement, en tout cas en ce qui concerne l'Ecole Polytechnique. Les autres écoles encore non engagées sur ce terrain devront s'adapter.

En ce qui me concerne je compte faire un master à Jussieu, puis une thèse en France pour me lancer dans la recherche, en France. J'aurai très bien pu partir aux Etats-Unis, à Harvard ou au MIT effectuer ces études, mais c'est la formation de Jussieu que j'ai choisie, car elle est de niveau au moins équivalente et parce que je me considère redevable de mon pays que je souhaite y rester et en faire profiter la formation que j'y ai reçue. Les grandes écoles n'ont pas l'apanage de la meilleure formation scientifique et c'est très bien comme ça, alors n'éxagéront pas non plus les avantages des grandes écoles sur l'université.

12.Posté par Theo le 17/11/2008 18:07

As a Professor in a Grande Ecole, I see the Grande Ecole as becoming more international, more research-focused and more in touch with industry. The same cannot be said for the university that needs to be reformed to render it more competitive in this knowledge-based society. Wake up and smell the coffee folks and stop throwing stone at one of the only things that work in the French educational landscape - primary education and the grande ecoles are the only things that make sense in French education - the rest needs a total overhaul. The paradox in all this is that everyone despises elitism but all want their kids to go to a grande ecole.

13.Posté par Bruno le 19/11/2008 00:27

Il y a un problème français. Lequel SVP ? L'élitisme ? Non. Tous les pays du monde le pratique. Quoi alors ?! L'élitisme *forcené*, fondé sur la réussite à un concours, un élitisme à la française qui vampirise les forces vives de la nation française.

Que ce soit à l'université ou dans la GE. Explicitons.

A l'université, les énergies de la jeunesse sont englouties et aspirées par une élite : les agrégés de l'université, personnes ayant réussi un concours prestigieux (l'agrégation de l'enseignement supérieur), dont les carrières sont fondées sur la recherche, et qui utilisent plus que trop souvent leurs étudiants comme des vaches à traire des subventions pour leurs activités. Alors que nous entrons dans le 21e siècle, les cours dans les facs françaises sont constitués essentiellement de récitations marmonnées devant le tableau noir par des agrégés sans grande originalité et personnalité, suivi de TD surchargés d'élèves anonymes et oubliés dans la foule, encadrés par des moniteurs peu motivés (quelques disciplines échappent heureusement à ce schéma peux lumineux déconnectée de la vie réelle : citons la médecine : mais, dans l'espèce, les carabins ont passé eux des concours et nous retrouvons de nouveau l'"élitisme" à la française où seuls ceux qui ont réussi à un concours peuvent prétendre à la qualité de la formation). Toujours est-il que la dynamique conduit à la faillite : pas d'identité de l'université pourtant indispensable au positionnement professionnel des élèves, pas de réseaux d'anciens, peu voire pas de stages pendant tout le cursus, vie associative peu musclée, très mauvaise connexion avec le monde des entreprises.... (Ah quoi bon de toute façon puisque ce n'est pas de tout cela que vont dépendre les carrières de nos agrégés !!!)

Dans les GE, on est dans la même dynamique élitiste, mais inverse, orienté cette fois au profit des élèves (eh oui : ils ont réussi au concours). Une fois l'examen d'entrée passé, ces étudiants sont chouchoutés plus que mesure (installations de qualité, réseaux d'anciens puissants et structurés pour l'entreaide, vie associative dynamique, politique de l'image de la GE, liens très forts avec les entreprises....), et sauf erreur de parcours monumentale, même s'ils ont à peine bossé pendant leurs années dans la GE (ah oui les bals et soirées !!!) (Laurent Schwartz se plaignait que certains de ses élèves polytechniciens n'avaient pas ouvert leur classeur de maths pendant leurs 3 ans passés à Palaiseau !), sont assurés d'avoir le diplôme final. Grâce au "label" GE (X, HEC...), c'est la certitude d'être reçu sur un tapis +/- rouge dès leur entrée dans la vie active, quelles que soient leurs initiatives personnelles.

Que constatons-nous de ces deux observations synthétiques ? Un élitisme déraisonnable qui vampirise les énergies, dans un cas au profit des agrégés de l'université, dans l'autre, au profit des élèves des GE, avec pour victimes dans ces duels très inégalitaires, une très forte majorité de la jeunesse française (qui fréquente l'université) démotivée sacrifiée sur l'autel de l'élitisme "modèle français" et qui vont tôt ou tard participer aux statistiques du chômage structurel de l'Hexagone

Plus gravement encore, cet élitisme a un impact qui minent l'avenir du pays : ils détruit le sens du RISQUE de la nation : d'un côté des étudiants à l'université française, quel que soit leur qualité personnelle, démotivés qui renoncent au risque (pourquoi en prendre car trop de portes me sont de toute façon a priori fermées) ; de l'autre des élèves des GE qui s'abstiennent d'en prendre : pourquoi dès lors que l'estampille de ma GE me permet a priori d'avoir des portes prestigieuses ouvertes : fou d'ailleurs celui qui sortirait des sentiers balisés dès lors que des rails sont là pour faciliter par avance le cheminement).

Or comment prétendre évoluer, réformer, innover si l'éducation annihile dans la jeunesse tout sens de la prise de risques ???

Un enseignant d'Oxford est venu un jour à HEC faire une conférence. Il a parlé de son admiration de la culture française. Puis, à un moment donné, a dit son regret : les Français ont perdu le sens du risque !

J'ai vécu en Asie. J'ai rencontré des nationalités des quatre coins du monde. Et j'ai remarqué avec tristesse la même chose : les Français n'ont pas le sens du risque à la différence par exemple des Anglo-Saxons ou des Asiatiques qui s'activent énormément !!

On peut comparer hélas aujourd'hui l'élitisme français à un serpent : celui qui se mord la queue. En raison de l'égoïsme et de la myopie de ses élites qui apprennent à ne pas bouger.

14.Posté par Jérome le 31/01/2009 17:38

Bruno a très bien résumé ce qui différenciait la fac des GE. Sauf que en fac ce ne sont pas des agrégés la plupart mais des doctorants. Malgré cela, je tiens à souligner qu'une partie des étudiants de fac, les "sérieux" sont malheureusement sous-estimés voire oubliés. Quand je vois tout ce qui se passe d'un point de vue associatif dans les GE(des tas de clubs, soirées d'intégr, multitude de choses pour que l'étudiant se sente bien dans son lieu de travail) et ce qui se passe en fac, je trouve qu'il y a une injustice. De quel droit les grandes écoles publiques ont-elles tant de moyens par rapport aux facs? ça veut dire qu'il y a des étudiants chouchoutés et d'autres délaissés(ce qu'a parfaitement expliqué Bruno) =>c'est cela qui n'est pas normal. Tout étudiant où qu'il soit devrait avoir accès aux mêmes privilèges.(égalité d'accès au service public). Pour moi, la fac est complètement délaissée du point de vue de la reconnaissance(c'est ce qui motive de plus en plus d'étudiants à ne pas y aller). Alors plutôt que de faire disparaître(même si on devrait s'inspirer quand même de nos voisins européens) les GE, il serait temps au moins de chouchouter autant un étudiant de GE et un étudiant de fac.

15.Posté par Elhan le 10/06/2009 16:55

On se plaint de former des étudiants parmi les plus brillants au monde en maths...
On cite Jérôme Kerviel, alors que justement c'est un universitaire...
Franchement, on aime bien en France cracher sur nos élites. Cela doit remonter à la Révolution Française. Mais il en faut, malheureusement, et je pense que la méritocratie républicaine est la moins mauvaise voie pour y arriver. Certes, les GE ne sont pas des modèles de diversité. Cependant, le problème est en amont, au collège et au lycée que tout se joue. Par manque d'informations, par manque d'ambition parfois, des élèves se censurent. Au final, le concours ne fait que classer parmi le pool qui lui a été proposé.
Au niveau des associations, je ne dirai qu'une chose : elles ne dépendent que du dynamisme et de l'implication de leurs élèves. Et ça, ce n'est pas le monopole des GE que je sache...
Sinon, je suis d'accord : je ne vois plus vraiment de justification au salaire des X. Pour celui d'Ulm, Cachan et Lyon, il me semble en revanche normal (sans mauvais jeu de mots!).

16.Posté par farkoi le 10/09/2009 12:31

Tout le monde sait ça depuis des années. La France de ce point de vue est une honte
J'ai fait une école d'ingé groupe 3 et la seule chose qu'on ma rabache lors des entretiens ce sont sans cesse ces mêmes phrases " vous avez fait quelle école ? non parce que nous avons des grilles de salaires très précises" Au diable vos grilles j'ai maintenant 5 années d'expérience , mon école on devait s'en foutre royalement
Un conseil amis étudiants, barrez vous !!!
allez au canada, au US bref les pays anglo saxons s'en moquent royalement de votre école et ils auront raisons, qu'importe votre expérience.

Ce pays marche sur la tête !

17.Posté par Esther le 20/12/2009 13:49

"pour en être eux-mêmes de purs produits" (intro)
LOL il me semble surtout qu'il s'agit la de deux journalistes amers qui n'ont au contraire pas bénéficié de ce système élitiste qu'ils critiquent

18.Posté par au-pair le 28/04/2010 10:09

Y a-t-il des informations sur ce sujet dans d'autres langues ?

19.Posté par Hal le 09/10/2010 22:43

One can sense the "hargne" or a je-ne-sais-quoi amertume on the part of the authors. As if the authors had an axe to grind against the grandes CPGEs and the top tier grandes écoles. Dommage, since too often their emotions get in the way of what would otherwise be an interesting critical study of the strengths and weaknesses of the grandes écoles.

The disparities between universities and grandes écoles are indeed shocking to the outside observer.
For as much as the raison d'être of grandes écoles is rightfully put into question, the partisans of "more money & means for universities" need to question the underlying premisses of their position. Too many dolts, idiots and slackers are allowed to enter the fac's at considerable cost to the State. Were there selection at the universities and the recognition that, yes some are smarter and more capable than others, then universities could more rightfully expect more consideration.

Gratuité (or almost) de l'enseignement supérieur? If students and their families paid 5,000 euros, then they'd get an education worth that amount. Not the shit they get right now and that's worth about the 200 euros they pay per year.

What I find curious and counter-productive is the "gué-guerres" between the top tier grandes écoles. This is resultant from the fact that the social and economic milieux aren't that big in terms of absolute numbers of persons, and also because so much is concentrated on Paris. Almost comically, they think that other countries' elites are structured the same way. The US economy is too dynamic and the country is too spread out and decentralized for it to be run (into the ground) by such small group of social & economic elites. Try as they may, the Boston-NYC-Washington axis does not predominate and is only one part of a bigger matrix. Dieu merci!

The demands of the global economy of the 21st century are such that creativity, risk-taking, forward-thinking and innovation are key for competing against the likes of India, China & the US. Relying too exclusively on the profile du type "Ginette" isn't gonna cut it, neither for the grandes écoles nor for the CAC 40 - and both of these latter groups know that.
The professors of the CPGEs are perhaps the closest thing to a reactionary arrière-garde who can't get with the times. They're almost as bad as the anti-globalization student syndicats who trash their own universities with relish every other year.

The French structure themselves, socially-speaking, pyramid-like. Maybe its the Catholic heritage. Even if all the grandes écoles and all the CPGEs and all the quartiers chics were abolished, the French would still organize things so that there would be an excessively small elite at the top, centrally-located in Paris, and a cohort of well-read, but less well-off gauchistes who would complain and râlent about it.

20.Posté par Djé le 03/01/2011 21:56

Livre intéressant, quoiqu'il donne plus l'impression que les fautifs de ce système inégalitaire sont ceux à qui il profite, alors qu'ils ont bien raison, que tout le monde ferait la même chose à leur place, et que ce n'est que la conséquence du système.

Oui les prépas sont formatrices, oui il faut les garder, mais non elles ne doivent pas être incontournables. On forme aussi des gens très bons sur un modèle universitaire, sinon il n'y aurait des bons qu'en France. Mélangeons un peu tout ca, et qu'on arrête de faire une différence entre un centralien et un X ou autre, leur sélection s'est jouée à trois fois rien et ils sont tous aussi doués les uns que les autres. Qu'on se mette un peu à croire en l'université aussi, hormis des glandeurs qui ne passent pas les premières années, les gens n'y sont certainement pas par hasard.

Je n'ai jamais compris l'intérêt d'avoir deux systèmes d'éducation si cloisonnés (GE/facs) et des diplomes distincts dans ce pays. La ségrégation est d'emblée posée...

21.Posté par Djé le 03/01/2011 22:15

@Elhan: concernant les associations, le fait qu'il n'y en n'ait pas tant à l'université vient, je pense, du fait que les étudiants ne sont pas spécialement poussés à la vie associative par les universités et qu'ils n'y a pas tant de fonds qui y sont attribués. Ca peut changer avec LRU...
J'ai eu la "chance" d'avoir fait 3 ans d'école d'ingénieur, un an d'université francaise, et 2 ans dans une université scandinave où j'ai pu rencontrer un paquet d'Erasmus francais (et étrangers aussi :) ). Si les assoces en école vivent, c'est parce qu'elles ont des fonds et parce que la promo précédente motive la promo suivante. Il ne faut pas croire que les étudiants à la fac sont des blasés qui n'ont envie de rien, mais il faut bien se rendre compte que pour avoir une vie associative riche, il faut un environnement propice. Intégrer les assoces dans la vie scolaire, du soutien administratif de l'univ, inciter les étudiants... ca ne tombe pas du ciel, et ce n'est pas la prépa qui nous a donné une âme d'entrepreneur associatif!

22.Posté par dim le 21/07/2011 17:47

Auto-reproduction sociale des élites ?
Et si l'on acceptait enfin de parler de génétique ?
http://the10000yearexplosion.com/expansion/

23.Posté par coiffffard erwan le 15/06/2015 11:26

Il y a deux problèmes majeurs concernant le système français de grandes écoles :

- Le premier c'est de faire des diplômés des grandes écoles les "chouchous de la nation" : Visite des ministres au remise des diplômes, uniformes de prestige, défilé sur les champs Élysée au 14 juillet, Voyages de cohésion dans des destinations exceptionnelles, soirées de promo dans des cadres prestigieux (Versailles par exemple), reportages aux infos en permanence, visites de VIP, conférences exceptionnelles.....ect..... De quel droit ? Pourquoi un universitaire ou un diplômé d'une autre école serait moins méritant et n'aurais pas les mêmes privilèges ?

- Le deuxième, et c'est le plus problématique, c'est que l'individu ne compte pas, ses qualités importe peu, c'est l'école qui fait sa carrière. Certes, on ne peut pas être un imbécile en sortant de l'X. Mais tout de même.....Il y a des personnes très brillantes, voir plus, également à l'université. Mais elles n’auront jamais les même chances aussi brillantes soit elles.

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