Ils le clament haut et fort : « Les IAE sont les écoles de management des universités. Ils sont réactifs, professionnalisants et proches des entreprises. Mais aujourd’hui, nous avons besoin de moyens encore plus importants pour affronter la concurrence internationale ». Et sûrement, d’abord, la concurrence française. Le constat des présidents d’IAE est simple : à part quelques grandes écoles de management, la plupart des ESC n’offrent pas plus aux étudiants qu’un IAE, mais coûtent bien plus cher. Dès lors, pourquoi ne pas doter les IAE de manière aussi conséquente que les écoles de commerce ? Le budget de ces dernières tourne autour de 25 millions d’euros, dont 6 millions reçus en moyenne des chambres de commerce, alors que l’Etat ne verse en moyenne que moins de 3 millions aux IAE (salaires des enseignants et personnels administratifs inclus) pour un budget total avoisinant les 8 millions. Une inégalité devant l’argent « public » jugée anormale pour des résultats équivalents en terme d’insertion professionnelle.
L’argent est clairement le nerf de la guerre. Mais, s’ils souhaitent plus d’équité avec les ESC, les IAE ne viennent pas mendier des subsides. Ce qu’ils souhaitent, c’est qu’on leur donne les moyens d’aller chercher les fonds nécessaires. « On a les contrats pro, la formation continue, la taxe d’apprentissage », explique Alain Ged, président de l’IAE d’Aix, « on aimerait pouvoir faire payer des droits spécifiques aux étudiants étrangers, qui coûtent cher, on aimerait surtout pouvoir aller chercher des partenariats privés. Pour ça, on doit être autonomes, réactifs ». En clair, les IAE voudraient une personnalité morale afin de pouvoir signer des contrats, quitte à ce que ceux-ci soient vérifiés a posteriori par la présidence de l’université.
Des idées pas toujours simples à faire passer quand, au sein de certaines universités, des filières diverses ouvrent des cours de management sans concertation avec les IAE, qui sont pourtant la référence dans cette discipline. Les Instituts d’Administration des Entreprises suggèrent donc fort logiquement qu’on leur confie la coordination des enseignements et de la recherche en management au sein des universités. Et surtout que les autres composantes cessent de marcher sur leurs plates-bandes. Aujourd’hui, des « UFR de lettres, de STAPS, de sociologie, de communication de sciences ou de droit » se permettent « de créer des diplômes de management ou de gestion sans concertation avec les enseignants chercheurs de ces disciplines », soulignent les IAE outrés, qui accusent de tromperie sur la marchandise. « Que dirait-on si nous décidions de dispenser des cours de médecine ? », interroge ainsi Pierre Louart.
Autre sujet qui fâche : quand l’EM Lyon se propose de rentrer en tant que membre associé dans le PRES de l’université de Lyon, les IAE voient rouge. « Et l’IAE de Lyon dans tout ça ? Des rapprochements, oui, on est d’accord, mais pas n’importe comment ! Nous souhaitons créer des liens là où c’est utile, même si les différences de statuts, de coûts pour l’étudiant rendent les choses difficiles, y compris au niveau des PRES. Ce que nous voulons avant tout c’est un dialogue égalitaire », assène fermement Pierre Louart.
Les IAE ont bien conscience de la nécessité de créer des champions régionaux en management pour se mettre au niveau de la concurrence internationale, d’avoir une recherche dynamique, de garder les meilleurs éléments et en attirer d’autres. Ils entendent être la base et le fer de lance de ces futurs pôles. Mais seront-ils écoutés ? Les ESC ne s’associeront-elles pas aux présidents d’université pour leur damer le pion et accéder à leurs écoles doctorales tout en vidant les IAE de leur substance ? Le bras de fer est engagé.