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Les formules inédites de Centrale à Pékin, l’ESCP à Turin et l’Essec à Mannheim
A l’heure où l’on s’interroge sur l’attractivité de l’enseignement supérieur français, quelques grandes écoles testent des recettes originales pour accélérer leur internationalisation. C’est ainsi que l’on voit apparaître des stratégies de délocalisation de campus, dans le cadre d’alliances avec des acteurs locaux. L’Asie apparaît comme la nouvelle terre de conquête. L’initiative des écoles Centrale sera donc observée de près.
Qui a dit que le seul établissement français connu à l’étranger était la Sorbonne ? S’il est vrai que l’université parisienne a pris une bonne longueur d’avance depuis le XIIIe siècle et voit sa marque reconnue jusqu’au fin fond du Kentucky ou de la province du Jiangsu, d’autres établissements hexagonaux réussissent à faire parler d’eux en dehors de nos frontières. Et pas seulement l’Insead, reconnu comme l’un des meilleurs MBA au monde. En réalité, les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs, encore très repliées sur elle-mêmes il y a seulement dix ans, ont su s’ouvrir. On distingue plusieurs types de stratégies de développement à l’international :
- Le regroupement des forces : à titre d’exemple, les onze écoles d’ingénieurs membres de ParisTech, dont l’école Polytechnique, l’école des Mines et l’école des Ponts, ont choisi de s’unir pour mettre en place des projets de développement à l’international.
- Le réseau : des établissements de divers pays choisissent de bâtir un programme en commun et de promouvoir celui-ci sous une marque ombrelle. C’est ce que font les écoles de commerce regroupées au sein du réseau CEMS. On pense également aux programmes labellisés Erasmus Mundus mis en place depuis deux ans par les universités européennes.
-La reconnaissance des pairs : en multipliant les accords d’échanges ou de coopération avec les universités les plus prestigieuses dans le monde entier, parfois avec une garantie d’exclusivité, un établissement peut obtenir une reconnaissance immédiate et ainsi valider son image auprès d’étudiants étrangers. C’est ce que fait l’IEP de Paris par exemple.
- Programme phare : en pariant sur la mise en avant d’un programme vedette amené à être positionné parmi les tous premiers dans le monde, un établissement peut accroître sa visibilité internationale. C’est la stratégie suivie par HEC avec son MBA.
Moins classiques, les recettes notamment privilégiées par les écoles Centrale, l’Essec et l’ESCP sont autant d’expériences pilotes qui pourraient ouvrir la voie aux autres établissements français en quête de reconnaissance internationale.
Ecoles Centrale : objectif Chine
D’après le groupe des écoles Centrale (Paris, Lyon, Lille et Nantes), il a fallu à peine un an à l’Ecole Centrale de Pékin pour voir le jour. Inaugurée en grande pompe le 16 septembre dernier, il s’agit de la toute première école d’ingénieurs francophone de Chine et elle se positionne en établissement d’excellence.
La première promotion, qui compte 108 élèves, a été sélectionnée parmi les étudiants admis au sein de l’université de Beihang, à Pékin. Cette université est en effet partenaire des Ecoles Centrale dans la création du nouvel établissement. Au terme des six années de leur formation (dont une année d’apprentissage du français et deux années de classes préparatoires intégrées) les élèves recevront tout à la fois un master de l’université Beihang et le diplôme d’ingénieur de l’Ecole Centrale de Pékin, reconnu en France.
Pour les écoles Centrale, la naissance de cette nouvelle consœur chinoise en partie contrôlée par elles (élaboration du programme, contrôle de l’enseignement, encadrement des professeurs chinois…) est la promesse d’une visibilité accrue à l’international – du moins tant que durera le partenariat avec l’université Beihang. L’Ecole Centrale de Pékin leur permettra concrètement de mettre en place de nouveaux programmes d’échanges d’étudiants et de professeurs au sein d’un environnement familier. En effet, des élèves de l’école Centrale de Pékin pourront évoluer dans les écoles Centrale françaises et inversement.
ESCP : pari italien tenu
De son côté, l’ESCP-EAP, logé avenue de la République à Paris, s’emploie depuis plus de 30 ans maintenant à développer des campus à son nom dans les pays limitrophes de la France. Une stratégie qui permet aujourd’hui à l’école de commerce de proposer une offre de formation unique : le master en management permet par exemple aux étudiants d’effectuer trois ans d’études, dans trois pays différents, tout en restant, de fait, dans la même école. Reste que cet établissement est à ce jour surtout reconnu en France, même s’il a réussi à se bâtir une petite notoriété en Allemagne et en Espagne - le marché britannique restant un monde à part.
L’ESCP-EAP se taille cependant de beaux succès, comme à Turin. Alors qu’elle est implantée dans la péninsule depuis un an seulement, l’ESCP a réussi à s’assurer du soutien d’une dizaine d’entreprises, à susciter plus de 500 candidatures pour les 40 places qu’elle avait à offrir à Turin, et à signer un partenariat avec l’une des plus grandes écoles d’ingénieurs d’Italie, le Politecnico de Turin. Les projets de développement du campus turinois de l’ESCP-EAP ont donc suscité l’intérêt de la presse transalpine, assurant par là même la promotion de l’établissement en Italie.
Le programme mis au point par le Politecnico de Turin et l’ESCP vise à former, en trois ans, des ingénieurs à la gestion et au management. Le cursus conjoint, positionné au niveau master, s’adresse donc aux titulaires d’une licence en sciences de l’ingénieur. Les diplômés du programme recevront tout à la fois le diplôme de l’école polytechnique de Turin et le diplôme « grande école » de l’ESCP-EAP. Ce parcours de formation intégré entre une école d’ingénieurs italienne et une école de commerce française constitue une première en Europe.
L’objectif de l’école multi-pays est simple : proposer « une autre business school » à l’Italie, selon le mot de Roberto Quaglia, le responsable de la formation ESCP-EAP à Turin. De quoi piquer au vif la puissante université Bocconi de Milan qui a justement dévoilé cet été son plan de développement pour les dix prochaines années. Intitulé "Bocconi, un piano per l’Europa" (un plan pour l'Europe), le programme vise à faire de l’université milanaise un établissement davantage ouvert aux étudiants étrangers, avec notamment une offre accrue de cours en anglais.
Essec-Mannheim : la dynamique doit être relancée
En octobre 2003, l’Essec avait présenté à la presse un projet très ambitieux d’internationalisation de sa structure. Il s’agissait, sur le modèle industriel d’Airbus, de construire une « institution académique à vocation mondiale », passant par l’alliance de l’Essec et de la faculté de gestion de l’université de Mannheim, fort réputée en Allemagne. Sans que le mot ne soit jamais prononcé, c’est un projet de fusion qui était présenté il y a deux ans (« ce partenariat intensif peut déboucher à terme sur la constitution d’une vraie business school européenne développant une seule et même activité (… ) », pouvait-on lire dans le communiqué de l’époque).
Deux ans plus tard, force est de constater que les réalisations concrètes de rapprochements sont assez minces. Une structure juridique ad hoc a été créée pour gérer le projet et un fonds commun de recherche doté de 70.000 euros a bien été mis en place, mais en terme de programme, seul un nouvel executive MBA a vu le jour (une cinquantaine de personnes sont concernées). D’autre part, ni l’Essec, ni l’université allemande ne mettent clairement en avant leur coopération sur leur site internet respectif. Seule la promotion du MBA commun est assurée.
En réalité, si la concrétisation du projet prend du temps, c’est qu’il fallait d’abord que la faculté de gestion de Mannheim acquière un certain niveau d’autonomie juridique et de gestion pour pouvoir aller plus en avant dans le projet de rapprochement, fait-on valoir à l’Essec. Désormais en ordre de marche, les deux alliées devraient donc très prochainement être en mesure de promouvoir une autre de leur initiative commune : le programme « European MBA ». Lancé en septembre 2002, conjointement avec l’école de commerce britannique de Warwick, cette formation qui se déroule dans chacune des trois écoles va être relancée sous un nouveau format, prévu pour un plus grand nombre d’étudiants.
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