« A l’origine, notre objectif en produisant ce classement académique des universités mondiales était de comprendre où se situaient les universités chinoises dans le monde, et quel était leur écart avec les universités de classe internationale », explique le professeur Nian Cai Liu de l’Institut de l’Enseignement supérieur de l’université Jiao Tong (1). Il précise : « nous avons mis le classement sur Internet après que des collègues d’un peu partout dans le monde nous aient encouragés à le faire ». C’était en 2003. Depuis, le site reçoit 2000 visiteurs par jour en moyenne.
Et depuis cette année-là, universités et chercheurs français ont les yeux rivés sur les palmarès produits par cette université. Les grands médias s’en font l’écho, sans toujours penser à préciser qu’il ne s’agit pas d’un palmarès global des établissements, mais d’un simple classement de leurs performances en matière de recherche (2).
Et depuis cette année-là, universités et chercheurs français ont les yeux rivés sur les palmarès produits par cette université. Les grands médias s’en font l’écho, sans toujours penser à préciser qu’il ne s’agit pas d’un palmarès global des établissements, mais d’un simple classement de leurs performances en matière de recherche (2).
Un classement à l’européenne
Dans une interview donnée au Figaro le 27 février, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, estimait que « le problème du classement de Shanghai, c’est son existence ». Elle jugeait également qu’il faudrait « établir notre propre classement au niveau européen ». La présidence française de l’Union européenne devrait ainsi être l’occasion d’établir un label européen de qualité, faisait-elle savoir. Les critères d’attribution de ce label devraient être de plusieurs types et prendre en compte la qualité des formations, de la recherche, des locaux, du campus...
Même en se limitant à l’Europe, si l’on se base uniquement sur les critères choisis par l’université Jiao Tong, notre pays n’en reste pas moins à la sixième place. Derrière le Royaume-Uni - intouchable avec ses deux universités stars, Cambridge et Oxford – mais aussi la Suisse, la Suède, l’Allemagne et les Pays-Bas. La France ne dépasse en fait la Belgique que d’une courte tête (3).
Les Européens ont tout intérêt à créer leur propre classement, avec leurs propres critères, afin de ne pas laisser une université chinoise ou les magazines américains imposer les règles du jeu. Il n’est toutefois pas certain que ce soit le rôle des institutions bruxelloises. Plusieurs organismes publics ou privés produisent déjà des palmarès : de l’autre côté de la Manche, il y a celui du Times Higher Education Supplement ou encore celui réalisé par le Financial Times (pour les programmes en gestion). Outre-Rhin, le classement des universités d’excellence du CHE (Center For Higher Education Development) a récemment distingué quelques établissements français (Paris Sud, l’UPMC, l’université Denis Diderot et l’université de Strasbourg notamment). On peut encore citer celui du Centre d’études sur les sciences et les technologies (CWTS) de l’université de Leiden établi à partir d’indicateurs bibliométriques. Il y a même eu une récente tentative par l’Ecole des Mines pour établir un nouveau type de classement international des universités. Sans grand succès médiatique en dehors de nos frontières, cela dit.
Même en se limitant à l’Europe, si l’on se base uniquement sur les critères choisis par l’université Jiao Tong, notre pays n’en reste pas moins à la sixième place. Derrière le Royaume-Uni - intouchable avec ses deux universités stars, Cambridge et Oxford – mais aussi la Suisse, la Suède, l’Allemagne et les Pays-Bas. La France ne dépasse en fait la Belgique que d’une courte tête (3).
Les Européens ont tout intérêt à créer leur propre classement, avec leurs propres critères, afin de ne pas laisser une université chinoise ou les magazines américains imposer les règles du jeu. Il n’est toutefois pas certain que ce soit le rôle des institutions bruxelloises. Plusieurs organismes publics ou privés produisent déjà des palmarès : de l’autre côté de la Manche, il y a celui du Times Higher Education Supplement ou encore celui réalisé par le Financial Times (pour les programmes en gestion). Outre-Rhin, le classement des universités d’excellence du CHE (Center For Higher Education Development) a récemment distingué quelques établissements français (Paris Sud, l’UPMC, l’université Denis Diderot et l’université de Strasbourg notamment). On peut encore citer celui du Centre d’études sur les sciences et les technologies (CWTS) de l’université de Leiden établi à partir d’indicateurs bibliométriques. Il y a même eu une récente tentative par l’Ecole des Mines pour établir un nouveau type de classement international des universités. Sans grand succès médiatique en dehors de nos frontières, cela dit.
Ignoré aux USA
À propos du classement de Shanghai, Valérie Pécresse s’est aussi inquiétée de ce que « les étudiants du monde entier s'y réfèrent ». Une antienne volontiers reprise par les journalistes français. Mais est-ce si sûr ? S’il est certain que les chercheurs en sciences de l’éducation du monde entier connaissent les travaux de l’université Jiao Tong, les étudiants au Chili ou en Inde en ont-ils un jour entendu parler ?
Comme l’on peut supposer que ceux-ci s’informent par la presse, nous avons tapé « Jiao Tong », « Shanghai ranking » ou encore « university ranking » dans Google News, en traduisant ces termes pour chaque pays, soit une vingtaine en tout. Le premier constat, c’est qu’effectivement, quel que soit le pays, nombre de journaux mentionnent le classement, et donnent volontiers la position de leurs universités nationales. Même la Commission européenne le cite. Les chercheurs de l’Institut de l’Enseignement supérieur de l’université chinoise ont donc véritablement acquis une légitimité internationale en cinq années seulement (l’autre classement de référence au niveau international, celui du Times Higher n’a, quant à lui, que quatre ans d’ancienneté). Le deuxième constat, c’est que la version française de Google News est l’une de celle qui recense le plus d’occurrences pour les termes se rapportant au classement. Il semble donc que les Français soient les premiers à entrer en résistance contre ce classement, mais également les premiers à le mettre en avant !
En fait, le seul pays dont les universités et les médias ne prêtent que peu d’attention au classement de l’université chinoise est paradoxalement celui qui est le mieux classé. Outre-Atlantique, ce ranking a bien été identifié par quelques établissements comme important pour promouvoir leur image à l’international, au même titre d’ailleurs que celui du Times Higher Education Supplement (THES). Mais pour la presse et les universités américaines, les classements de référence restent avant tout nationaux, comme celui de US News.
Comme l’on peut supposer que ceux-ci s’informent par la presse, nous avons tapé « Jiao Tong », « Shanghai ranking » ou encore « university ranking » dans Google News, en traduisant ces termes pour chaque pays, soit une vingtaine en tout. Le premier constat, c’est qu’effectivement, quel que soit le pays, nombre de journaux mentionnent le classement, et donnent volontiers la position de leurs universités nationales. Même la Commission européenne le cite. Les chercheurs de l’Institut de l’Enseignement supérieur de l’université chinoise ont donc véritablement acquis une légitimité internationale en cinq années seulement (l’autre classement de référence au niveau international, celui du Times Higher n’a, quant à lui, que quatre ans d’ancienneté). Le deuxième constat, c’est que la version française de Google News est l’une de celle qui recense le plus d’occurrences pour les termes se rapportant au classement. Il semble donc que les Français soient les premiers à entrer en résistance contre ce classement, mais également les premiers à le mettre en avant !
En fait, le seul pays dont les universités et les médias ne prêtent que peu d’attention au classement de l’université chinoise est paradoxalement celui qui est le mieux classé. Outre-Atlantique, ce ranking a bien été identifié par quelques établissements comme important pour promouvoir leur image à l’international, au même titre d’ailleurs que celui du Times Higher Education Supplement (THES). Mais pour la presse et les universités américaines, les classements de référence restent avant tout nationaux, comme celui de US News.
NB :
(1) Lors d’une conférence qui s’est tenue au printemps 2007
(2) Comme c’est souvent le cas avec les classements, le public ne voit qu’une chose : le rang de l’institution. Le classement de l’université Jiao Tong est donc interprété comme étant un classement des universités, il est d’autant plus regardé que le marché mondial de l’éducation est en train de se constituer.
(3) Dans le classement 2008, une poignée d’universités françaises se distinguent par leur recherche
Pour aller plus loin : lire “Global university rankings: where to from here?”, par Simon Marginson. http://www.cshe.unimelb.edu.au/people/staff_pages/Marginson/APAIE_090307_Marginson.pdf
Sur notre forum :
Quelle est l'importance du classement de Shanghai ?
Exclusif : THES Rankings 2007 par catégorie !
Le top 50 des universités dans le monde
Les universités sont-elles toutes de même valeur ?
(2) Comme c’est souvent le cas avec les classements, le public ne voit qu’une chose : le rang de l’institution. Le classement de l’université Jiao Tong est donc interprété comme étant un classement des universités, il est d’autant plus regardé que le marché mondial de l’éducation est en train de se constituer.
(3) Dans le classement 2008, une poignée d’universités françaises se distinguent par leur recherche
Pour aller plus loin : lire “Global university rankings: where to from here?”, par Simon Marginson. http://www.cshe.unimelb.edu.au/people/staff_pages/Marginson/APAIE_090307_Marginson.pdf
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