Pianiste professionnelle, cette femme serbe de 28 ans voulait se reconvertir. L'Insead lui a ouvert grand les portes de son campus à Fontainebleau : «c'est typiquement le genre de profils rares qui nous intéressent», explique Caroline Diarte-Edwards, la directrice des admissions au MBA de cette business school. Tout d'abord, c'est une femme, et les promos sont constituées à 70% d'hommes (ils sont plus nombreux à postuler). En second lieu, elle est Serbe et à ce titre fait partie des nationalités les plus rares (7% d'étudiants en provenance d'Europe centrale et orientale, 6% viennent d'Amérique latine et 6% du Moyen Orient, tandis que près de 54% viennent d'Europe de l'Ouest ou d'Amérique du Nord). Enfin, c'est une musicienne et elle se distingue donc des bataillons de consultants et de financiers qui se présentent chaque année.
Si vous n'êtes ni Serbe, ni pianiste, mais que vous voulez quand même intégrer un bon MBA, sachez que ceux-ci sont friands des créateurs d'entreprise ou des héritiers qui travaillent dans une entreprise familiale (au moins on est sûr qu'ils réussiront dans la vie, la prise de risque est moindre), et que peu postulent.
« Quel que soit le profil, il faut que le candidat soit en mesure de nous expliquer en quoi son projet de faire un MBA est cohérent avec son parcours. À partir de là, toutes les candidatures sont examinées avec le même intérêt », selon Leila Murat, du service des admissions de l'Insead. «Par exemple, un médecin qui veut rejoindre un groupe pharmaceutique ou travailler dans le management d'un hôpital a toutes ses chances».
Cette volonté de diversifier le profil des recrues rencontre toutefois de sérieuses limites: celles du prix, tout d'abord – il faut pouvoir mettre 51 000 euros sur la table pour un an d'étude à l'Insead (71 500 à Wharton, 61 000 à l'IESE)– et celles de la concurrence entre MBA. Pour les classements entre business schools, il y a en effet deux critères majeurs : le score moyen obtenu par les admis au GMAT (il est de 700 à l'Insead) et le salaire de sortie des diplômés (il est de 73 600 euros bruts par an pour les diplômés de l'école de Fontainebleau qui choissent de travailler en France).
Une business school comme l'Insead qui veut rester au top dans les rankings internationaux ne peut donc faire autrement que de sélectionner des candidats qui ont un bon niveau en analyse quantitative (mesuré par le GMAT) et qui vont gagner beaucoup d'argent à la sortie (et si possible beaucoup plus qu'avant leur MBA, car la progression salariale est prise en compte dans certains classements). Voilà pourquoi il y aura toujours un tiers d'ingénieurs, un tiers de diplômés en éco-gestion, mais moins de 15% de littéraires dans chaque promo, et que les jeunes anciens de l'Insead seront toujours incités à aller travailler dans le conseil en stratégie ou les banques d'affaires. Aux dernières nouvelles, la pianiste serbe a décroché un poste chez McKinsey, à Londres.

Vie universitaire
Pourquoi les admis dans les grands MBA ont-ils souvent le même profil ?
