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Classement de l'école des Mines : critiques et contre-critiques


Après son coup d’éclat de l’an passé, et malgré toutes les attaques dont elle a fait l'objet en publiant son premier classement mondial des universités, l'école des Mines de Paris persiste et signe en dévoilant son « professional ranking of world universities 2008 »



Les locaux de Mines ParisTech, boulevard Saint-Michel, à Paris
Cette fois l'établissement du boulevard Saint-Michel à Paris prend les devants et répond point par point aux critiques qui lui ont été adressées l’an passé, lors de la première édition de son classement. Ainsi, sur le choix du critère pour classer les établissements les uns par rapport aux autres, à savoir le nombre d'anciens de telle ou telle université ou grande école parvenus à des postes de numéro un au sein des 500 plus grosses entreprises mondiales (1), elle explique que c’est le seul qui soit simple et vérifiable. Il y aurait ainsi moins de biais d’analyse et de subjectivité dans son classement.

Pourtant, en ne retenant qu'un seul critère, le palmarès n’est peut-être ni pertinent ni objectif. On trouve ainsi quelques curiosités dans le classement 2008. La volatilité de l’ordre des dix premiers par rapport à l’an passé est impressionnante : l’université Kyoto gagne 26 places par rapport à 2007 quand l’école des Mines elle-même en perd 10 (une vague de départs en retraite chez les dirigeants issus des Mines ?). L’ENSPTT qui a fermé ses portes en 2002 est classée 89ème ! Tout comme l’an passé, des universités parfaitement inconnues dament le pion à des établissements de renommée internationale. Enfin, et comme le reconnaît l’école des Mines elle-même, « d'excellents établissements n'ont pas formé de CEO d'entreprises du Fortune Global 500, à l'image de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm » qui ne figure même pas dans le ranking.

L’école des Mines admet que «la notion même de classement perd de son sens au-delà du 60ème rang», car le nombre d’anciens parvenus au sommet pris en compte dans le calcul des points devient trop faible pour départager les établissements entre eux. Elle reconnaît également « que les résultats d'un pays sont très fortement corrélés au nombre d'entreprises de ce pays représentées dans le Fortune Global 500 dans la mesure où, le plus souvent, les entreprises sont dirigées par des personnes qui ont fait l'essentiel de leurs études supérieures dans leur pays d'origine ». Les Etats-Unis, nous dit l’école des Mines, sont nettement avantagés dans ce classement car 162 entreprises dans les 500 premières sont américaines. Elle ne dit rien sur la France où la bonne place de l’Ena et de Polytechnique (et des formations complémentaires que sont Sciences Po ou les Mines pour ces deux établissements) s’expliquent très certainement par la prédominance de l’Etat dans l’économie française des années 60 à la fin des années 80. En effet, le parachutage de hauts fonctionnaires passés par les cabinets ministériels à la tête d’entreprises, sans autre critère que leur affinité politique et leur appartenance à un corps puissant, était alors monnaie courante. On les retrouve aujourd’hui à la direction des multinationales françaises. Cela reflète-t-il pour autant « les performances des formations délivrées par les établissements d’enseignement supérieur » ? Probablement pas.

L’anti-Shanghai

Mais il est vrai que le classement de Shanghai, auquel celui réalisé par l’école des Mines a voulu répondre, n’est pas exempt de critiques et de biais méthodologiques non plus, à la défaveur cette fois des universités et grandes écoles françaises. Et quand l’université chinoise Jiaotong considère uniquement les universités sous l’angle de leur performance dans la recherche, l’école des Mines lui oppose les performances de l’insertion professionnelle. Dans un cas comme dans l’autre, le classement est contestable, mais l’idée de l’école des Mines ne l’est pas : une université a également comme mission d’insérer ses diplômés.

Enfin, à l'adresse de ceux qui la soupçonneraient d'avoir fabriqué un classement qui lui permette de se positionner dans les 20 premiers mondiaux, l’école des Mines affirme que son but était plutôt de "voir dans quelle mesure il était possible de faire évoluer le classement de Shanghai vers quelque chose prenant un peu mieux en compte la mission de formation des établissements d'enseignement supérieur". Accessoirement, cela lui permet aussi de renvoyer sa concurrente l’école des Ponts, autre école d’application prestigieuse de Polytechnique, à la 212ème place.

Selon nous, l’établissement aurait certainement gagné à affiner son classement par rapport à l’an passé, en cherchant à y inclure de nouveaux critères. Déjà, l’édition 2007 avait concentré beaucoup de critiques et n’avait pas eu de répercussion médiatique à l’étranger. Ce qui, pour un classement international, est paradoxal.

Les 10 meilleurs établissements dans le monde en 2008, selon l'école des Mines :

Rang Institution
1 Université de Tokyo (+1)
2 Harvard (-1)
3 Stanford Univ (=)
4 Keio univ (+6)
5 University of Pennsylvania (+1)
6 Waseda University (+11)
7 HEC Paris (-2)
8 Kyoto University (+26)
8 Oxford University (+4)
10 Ena (-1)


Au total la France classe 27 établissements parmi les 350 du classement. Sciences Po Paris est 11ème, Polytechnique 15ème, l'école des Mines 20ème, l'Insead 27ème, Dauphine 64ème, Centrale Paris 86ème, Centrale Lille 89ème, ENSPTT 89ème, Essec 89ème, European business school Paris 89ème, Université de Montpellier 89ème, Université Paris-Descartes 89ème, Télécom Paris 203ème, Institut Catholique de Paris 212ème, Cness 212ème, Ecole des Ponts et Chaussées 212ème, Ecole supérieure d’Agriculture de Purpan 212ème, EM Lyon 212ème, ESCP-EAP 212ème, ESEO Angers 212ème, Université de Bordeaux 212ème, Université de la Sorbonne (Paris IV) 212ème, Université de Strasbourg 212ème, ENSPM 322ème, ENAC 347ème.

NB :

(1) à partir du palmarès établi par le magazine américain Fortune : pour chaque ancien placé à la tête d'une entreprise du « Fortune global 500 », l'université gagne 1 point. Et si un ancien est passé par deux universités, alors celles-ci gagnent chacune 0,5 point. La position de chaque établissement est ensuite déterminée par le total des points gagnés.

Sur notre forum : le classement de l'école des Mines

Télécharger le classement complet ci-dessous :

classement_2008_de_l_ecole_des_mines.pdf Classement 2008 de l'école des Mines.pdf  (817.22 Ko)


C.A
17/09/2008
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Canadian le 17/09/2008 22:40

Ce classement est a mourir de rire. Etant Canadien, j'ai regarde attentivement le classement des universites canadiennes et c'est du n'importe quoi lol.
College Sainte Anne devant University of Alberta ou University of British Columbia ou Queen's University ou Dalhousie University ???
Je ne sais pas ce qu'ils boivent comme vin ceux qui ont fait le classement, mais je veux le meme ! Trop fort !!!
Petit commentaire: ce qu'il y a de marrant chez les elites francaises, c'est que comme le classement des universites francaises ne leur convient pas, au lieu de s'interroger sur les raisons, ils preferent faire un nouveau classement ou, comme par magie, la france est dans les tout premiers ! Facile, non ? Plutot que de s'embeter a aller aux JO de Londres en 2012, Paris devrait organiser des propres jeux (ceux justement dont elle a perdu l'organisation ;) juste pour les francais, comme ca la France sera premiere au classement des medailles !!!
Le monde avance et n'attend pas la France... A bon entendeur;)

2.Posté par Bruno le 18/09/2008 20:28

Personne ne reproche pas aux ingenieurs ou managers francais de ne plus/pas savoir calculer (ceci dit, dans un espace ouvert a la competition internationale, il faudrait aussi etre conscient qu'au meme moment ou sont declares chaque annee les majors de l'X ou de l'ENS Ulm, peuvent se trouver dans des universites ailleurs dans le monde, aux Etats-Unis, en Suede, en Chine, au Japon ... des étudiants d'a peu pres leur age avec des facultes intellectuelles (en mathematiques, sciences physiques...) qui les surpassent : c'est un peu comme pour les tennismen francais : le meilleur de France, est loin dans la generalite d'etre le premier du monde. Par exemple, sur des campus americains ou se trouvent souvent reunis des X, HEC ou autres Centraliens francais, mais encore de brillants elements chinois, singapouriens ou allemands...envoyes de leur pays, il n'a jamais ete fait mention que les Francais ont specialement impressionne leurs congeneres d'ailleurs, ni leurs enseignants. C'est tres dur pour le narcissisme francais ,mais dans le cadre de la competition globale, il ne faut pas oublier la mesure transfrontiere. Parenthese fermee).

Ce qui est reproche au classement de l'école parisienne, ce n'est pas en fait son provincialisme ni les erreurs/biais, mais le fond : sa philosophie qui consiste a se fonder sur des dynamiques mauvaises, maffieuses qui existent en France (pudiquement nomme "performances de l'insertion professionnelle") pour classer des etablissements censes transmettre un bagage non seulement intellectuel, mais encore moral a des jeunes.

On le decouvre plus encore en croisant le classement du bd saint Michel avec celui de Jiaotong : des etablissements qui n'ont que peu de performance dans la recherche (Lecture du classement de l'université chinoise), mais classees parmi les tops mondiaux (observation du classement des Mines). Question a propos de ce décalage qui concerne lourdement les établissements francais : d'ou les dirigeants qui en sont issus detiennent-ils leur savoir afin de diriger ? En etudiant dans des livres et articles reconnus certes, mais publies par qui ? Les professeurs de leur école ou d'autres ?

(Dans la meme veine, on pourrait a la limite accepter, pour un etablissement donne, un bon classement dans l'echelle ENSMP (bon placement des anciens eleves), a condition que ce classement soit corrobore par aussi bon rang dans le palmares chinois (bonne qualite de la recherche) : une elite sociale qui trouve un fondement dans la qualite du savoir transmis par leurs professeurs. Ce qui n'est pas du tout le cas des etablissements francais quand on regarde le decalage sus-mentionne)

Classement de Mines Paris et son entetement a le dresser : risible. Mais le risible ne nuit pas a moins de mourir de rire et de causer des torts : narcissisme arrogant de l'elite francaise et absence correlative de remise en cause (comme en temoigne de maniere flagrante le classement repete du bd Saint Michel), faiblesse de l'innovation chronique (denonce par un remarquable rapport des gens de McKinsey voici deja environ 10 ans), chomage structurel massif, delitement des liens humains, segmentations de la societe francaise en camps qui luttent les uns contre les autres pour des parcelles de pouvoir, voire meme pour certains leur survie meme (reseau X, reseau Arts et Metiers,reseau HEC, ....gens sans emploi contre gens avec emplois, nationaux contre immigres...) avec pour résultats l'emergence de delires securitaires et liberticides (contre les pauvres, les chomeurs, les etrangers, les gens du voyage, les jeunes.... etc... etc, fichages, pistolet taser, video surveillance ....) qui subrepticement plus et toujours plus plombent la creativite et l'horizon de notre pays....

La formation francaise : l'ideal républicain est assez bien respecté jusqu'au concours aux Grandes Ecoles. L'anonymat des examens d'entree (bon, je vous le concede : il y a l'oral pour les admissibles...) et la place reservee aux mathematiques (plutot neutres socialement) garantissent apres tout une relative bonne dose de democratie et de meritocratie. C'est apres que tout se gate.

Les GE francaises ont ete crees au 18e siecle en reaction au conservatisme de l'universite francaise engluee dans ses privileges. Ce fut EXCELLENT. Aujourd'hui, c'est devenu des lieux de reproduction d'un conservatisme depasse (bal de l'X a l'Opera Garnier lol...). Alors que la France manque cruellement d'ingenieurs, les numeris clausus tres limitatifs poursuivent l'objectif faire perdurer les avantages. (Tandis qu'au meme moment, l'universite francaise se delabre lamentablement)


PS : On connait tous une grande école qui place tres tres bien ses anciens a la tete des boites russes, celle du KGB/FSB (on sait tres bien leurs contributions au savoir et a la science universelle) : ou est-ce qu'elles seraient situee dans le classement du type ENSMP ?!?!?! Un collegue parle aussi de la Camora a Naples qui place aussi tres bien ses hommes... A quand son entree dans le hit parade du bd Saint Michel ?!?!?!

;)


3.Posté par barbo le 19/09/2008 13:44

Ce classement est vraiment ridicule et n'a que pour seul but de faire de la propagande pour les formations françaises.
Par nature, il avantage les pays qui ont historiquement de très grandes entreprises(pays Européens et Américains). Celle-ci ne voyant pas plus loin que le bout de leur frontières pour le recrutement de leur "élites", la boucle est bouclée, et le classement bidonné pour 1 demi-siècle au moins.
La réalité de ces entreprises européennes (et surtout françaises) est qu'elle ne propulseront jamais un étranger avec un diplôme d'excellence provenant d'un pays "émergeant". Pour cela il lui faudra passer par les écoles d'élite locale.
La réalité c'est que le monde change, et ce classement n'est que le soubresaut d'une bête en agonie.

4.Posté par Bruno le 24/09/2008 10:57

Quand on évoque les liens maffieux tissés par la plupart des GE francaises (mis en évidence, rien de plus rien de moins, par le listing des Mines), ce sont trois choses interagissant :

1) La PREFERENCE au détriment de la compétence : recrutement préférentiel par "copinage" peu importe les critères d'aptitude (ex. un HEC a été préféré pour un poste dans une boite délocalisée en Chine, contre d'autres pourtant disposant d'un profil plus adapté alors qu'il n'avait jamais séjourné là-bas et ne baragouinait qu'un vague chinois appris on ne sait où. Les autres ? Leur erreur : ne pas être HEC).

2) Corrélativement et plus gravement : la question des BARRIERES A L'ENTREE sur le marché du travail. Ces entraves sont aujourd'hui d'autant plus brutales que les emplois se raréfient. Les candidats aux postes issus de l'université en sont particulièrement pénalisés du fait de leur isolement et manque d'organisation (pas d'associations d'anciens, pas d'identité de l'université...), mais pire : du m'en foutisme de leurs professeurs, essentiellement préoccupés par leur carrière basée sur la recherche et la course aux subventions (grâce au nombre d'étudiants), qu'au futur de leurs élèves par l'adéquation des cours aux besoins des firmes. (D'ailleurs, bien informés, les progénitures de ces universitaires, sauf rares exceptions, étudient dans les GE (où l'on ne fait pas de recherche mais pour devenir managers car c'est mieux payé) et évitent soigneusement l'université où professent leur père...).

On ne peut délier le chomage structurel, mais encore le délabrement progressif de la créativité/innovation et de la compétitivité internationale de la France, à ces innombrables barrières créatrices d'une mauvaise mentalité, qui minent du haut en bas la société française.

Or ces segmentations d'autant plus pernicieuses qu'elles sont invisibles :

3) L'opacité : LOI DU SILENCE. Les accès préférentiels et les exclusions corrélatives ne se racontent évidemment pas. (d'où difficultés de déployer des remèdes appropriés)

Ce ne sont pas les jeunes des banlieues qui sont en train de casser la France, comme on voudrait le faire croire pour détourner l'attention, mais cette "élite" arrogante et égoïste, mal intégrée dans la mondialisation dans laquelle nous vivons, qui mène le pays lentement mais surement droit au mur.

Bref, 1) et 2) et 3) : tout le monde l'avait, on le pense, compris, mais il n'était pas inutile de le rappeler.

5.Posté par Bruno le 24/09/2008 13:35

Dans l'exemple sus-évoqué, le HEC a été préféré car la hiérarchie était HEC. L'exemple est généralisable : un mines paris recrute un mines paris, un x recrute un x etc...La préférence est endogène, ce qui aggrave encore plus les phénomènes de segmentation.

Dans le cas de la difficulté d'insertion professionnelle des gens issus du système universitaire français, il n'y a pas que la responsabilité des professeurs qui utilisent un peu trop leurs étudiants comme de la chair à canon (subventions...). Il faut pointer du doigt aussi l'inertie de l'administration universitaire. Puis la PASSIVITE des étudiants à l'université française est quand même à déplorer : peu d'actions en faveur de l'intérêt collectif de leur établissement : association d'anciens véritablement structurée, annuaire des anciens élèves afin de garder les contacts et l'entreaide (stages, jobs...), promotion de leur université auprès des firmes... Résultat à la fin du parcours : les fils/filles à papa se rabattent sur les carnets d'adresse de la famille, quant aux autres sans appui et isolés face aux barrières : l'ANPE.

Une question concernant cette indolence du monde universitaire face pourtant à un marché de l'emploi extrêmement âpre est INCROYABLE à tout observateur étranger : est-ce que ce serait finalement la résultante de freins direct et indirects d'une université française effrayée de voir se constituer des contre-pouvoirs organisés d'anciens étudiants susceptibles de l'empêcher de dormir tranquillement sur ses lauriers en dénonçant le cas échéant les insuffisances de ses formations ??? Question.

6.Posté par koutheir sassi le 01/01/2013 17:43

je commencerai par dire qu"en ayant fait deux grandes écoles, l'une française et l'autre suisse, en l'occurence les ponts et chaussées et l'école polytechnique fédérale de lausanne, aucune comparaison n'est à effectuer entre ces deux école pour la bonne raison que l'enseignement suisse est nettement meilleur que l'enseignement français completemennt dépassé. Mondialisation oblige, les français devraient éviter d'avoir peur pour leur leur égo et se remettre en cause. Ou plus exactement se mettre au diapason des grandes écoles dans le monde.

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