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ENA, Polytechnique, Normale : quand les études payent


Dans le cadre du débat sur le financement de l’enseignement supérieur, on oppose souvent le coût moyen pour l’Etat d’un élève en classe préparatoire (13500 € par an) à celui d’un étudiant à l’université (7200 € par an). Pourtant, il est d’autres étudiants pour lesquels l’Etat sait mettre la main à la poche : ceux qui se préparent à le servir.



Les élèves de Polytechnique, de l’ENA et de Normale Sup’ ne versent pas de frais de scolarité. Le coût de leur formation est pourtant supérieur à celui des étudiants à l’université, en raison du taux d’encadrement dont ils bénéficient et de conditions d’accueil comparables à celles des grandes écoles. Mieux encore, ces étudiants privilégiés perçoivent une rémunération.

Ainsi, un jeune élève sans expérience préalable, qui réussit le concours de l'ENA, peut s’attendre à toucher environ 1300 € de salaire mensuel net et des indemnités (de résidence, de formation, de stage…) d’un peu plus de 200 euros mensuels en moyenne pendant sa scolarité. Un élève de l’Ecole Normale Supérieure touche également 1300 € par mois. De son côté, un élève de Polytechnique perçoit une solde d’environ 700 € par mois.

Au service de l’Etat

ENA, Polytechnique, Normale : quand les études payent
Une fois diplômés, les anciens de ces établissements sont assurés d’une brillante carrière professionnelle. Le diplôme de ces écoles, parmi les plus réputées de l’enseignement supérieur français, se monnaye facilement auprès des employeurs. En outre, ils sont rarement issus de classes sociales défavorisées. Pourquoi, dans ces conditions, sont-ils payés pour étudier ?

Essentiellement parce que c’est la volonté de l’Etat de recruter les meilleurs éléments. Et que cette rémunération est censée les inciter à entrer dans les plus grandes écoles publiques. Les élèves de ces établissements sont des fonctionnaires en formation qui s’engagent à servir l’Etat pour au moins dix ans. A défaut, ils doivent rembourser le coût de leur scolarité.

Les grandes entreprises ne font pas autrement lorsqu’elles proposent des programmes spécifiques de formation et d’intégration sur plusieurs mois, et parfois dans plusieurs pays, à leurs hauts potentiels. En outre, les firmes multinationales financent parfois le programme MBA de leurs cadres les plus prometteurs, contre un engagement de rester en leur sein une fois le diplôme décroché.

Par ailleurs, les élèves des prestigieuses écoles que sont l’X, l’ENS ou l’ENA sont loin d’être les seuls à voir leur formation indemnisée par l’Etat : d’autres élèves fonctionnaires, comme les commissaires de police ou les inspecteurs des impôts, perçoivent des rémunérations, parfois même plus élevées. Cependant la formation de ces derniers, spécialisée, est plus difficile à valoriser en dehors du corps de métier d’origine, et plus encore en dehors de la fonction publique. La situation n’est donc pas tout à fait comparable.

A titre d’exemple :
  • Un inspecteur des impôts en formation perçoit 2400 euros brut mensuels (y compris les indemnités)
  • Un inspecteur du Trésor public en formation perçoit environ 1700 euros
  • Un élève de l’ENSP (formation pour les directeurs d’hôpital), reçoit environ 1600 euros
  • Un administrateur territorial (INET) en formation gagne environ 1600 euros


Trois questions à Charles, ancien de l’ENA

Estimez-vous que le versement d'un salaire au cours de vos études à l’ENA était justifié ? Et utile au regard du niveau social des élèves ?

Il y a plusieurs catégories d’énarques : les externes, qui sont généralement tout juste sortis du système d’enseignement supérieur, les internes, qui ont déjà travaillé au moins cinq ans dans la fonction publique et les énarques issus du « troisième concours » qui viennent du secteur privé.
A mon sens, il est difficilement concevable d’arrêter de payer ceux qui avaient un poste auparavant. Il n’y aurait d’ailleurs plus de candidats au concours, car il n’est pas possible de travailler en même temps que d’étudier à l’ENA. D’autre part, concernant les jeunes recrues, peut-on imaginer qu’ils s’engagent à servir l’Etat pendant 10 ans et qu’ils travaillent - puisque c’est le cas au cours de leur scolarité - 12 mois en préfecture et en ambassade gratuitement ? Certains ont déjà à leur entrée à l’ENA une famille à assumer. Pour l’Etat il s’agit d’un investissement en capital humain.

Peut-on échapper à l’obligation de servir l’Etat ?
Il y a quelques démissionnaires à la sortie de l’ENA. Mais ils ont dû rembourser entre 30% et 50% des frais de scolarité à l’Ecole. C’est de moins en moins facile d’y échapper…

Comment pensez-vous que les élèves et anciens élèves de l'ENA interpréteraient la suppression du versement d’une rémunération pendant les études ?
Cela dissuaderait beaucoup de bons éléments d’aller dans cette voie. Il ne faut pas oublier qu’après l’ENA, un cadre administratif à qualification égale avec un cadre du privé gagne généralement beaucoup moins, notamment à partir du milieu de carrière. Or, les entreprises financent les formations de leurs hauts cadres. Pourquoi les fonctionnaires devraient, parce qu’ils ont choisi de servir un Etat pauvre, payer sur leurs propres deniers leur formation ?

Trois questions à Pierre, ancien de l’école Polytechnique

Estimez-vous que le versement d’une rémunération au cours de vos études à Polytechnique était justifié ? Et utile au regard du niveau social des élèves ?

C’est le statut militaire de l’école et les obligations afférentes (prises d’armes, défilés, cours de sport avec un instructeur militaire) qui le justifient. Ce n’est pas vital pour la plupart des élèves issus de milieux favorisés, mais cela permet cependant à quelques élèves issus de milieux défavorisés de faire ces études.

Peut-on échapper à l’obligation de servir l’Etat ?

Ceux qui ne rejoignent pas un corps d’Etat doivent suivre une formation complémentaire dispensée par un organisme agréé par l’école d’une durée moyenne de deux ans (ils ne doivent ensuite rien à l’Etat, ndlr). Ceux qui intègrent un corps d’Etat (environ un quart des élèves) doivent ensuite travailler dix ans pour l’Etat ou rembourser la pantoufle, de l’ordre de 50 000 euros.

Comment pensez-vous que les élèves et anciens élèves de l'X interpréteraient la suppression du versement d’une rémunération pendant les études ?


Les élèves feraient l’X de toute façon. Cette question serait jugée accessoire pour le choix de l’école. Quant aux anciens, je suppose que la plupart des X ne considèreraient pas que c’est choquant si les raisons invoquées sont légitimes. Cependant l’association des anciens pourrait manifester sa réprobation, ce serait un réflexe naturel.

C.A
14/01/2007
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Voir aussi : ena, ens, polytechnique
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par FGIDMD le 28/03/2008 18:31


Encore un article truffé de contrevérités sur l'ENA.
- Le concours d'entrée à l'ENA est comme tous les autres que vous citez un concours d'entrée dans la fonction publique. Ce n'est pas l'entrée dans une université. de plus l'ENA ne délivre aucun diplôme.
- Personne n'est diplômé de l'ENA : il n'existe que des anciens élèves de l'ENA, occupant des postes de cadre dans l'administration.
- les passages dans le privé, ou vers la politique, ont toujours été archiminoritaires. Pour une raison simple : on ne prépare pas le concours de l'ENA, qui demande un travail colossal, et qui porte uniquement sur les domaines de l'action publique, sans avoir envie d'entrer dans l'administration.
- Il faudrait être fou pour accepter d'être recruté par un employeur qui ne paierait que 27 mois plus tard + les trois mois de délai de la fonction publique !
- le salaire des élèves externes de l'ENA correspond à l'indice majoré 353, exactement le même que toutes les autres écoles de fonctionnaires de cadres A, ni plus, ni moins. Lors des seuls 12 mois de stage, les élèves travaillent 12 heures par jour au minimum. Rapportez le montant au SMIC avant de vous demander si le salaire est si élevé.
- les élèves internes de l'école (la moitié de chaque promotion) ont une expérience de plus de 5 ans comme cadre de la fonction publique
Enfin l'ENA est pleine de défauts et incapable d'y faire face. Dommage qu'aucun de ces problèmes ne soit évoqué.

2.Posté par Nicolas le 30/03/2008 17:10

-Tu écris qu'il n'y a pas de diplômés de l'Ena, seulement des anciens élèves...la belle affaire !!! Hormis un micro-détail sémantique cela ne fait absolument aucune différence dans les faits.
Sur l'histoire des 27 mois, perso je ne comprends pas ce que tu veux dire. L'Ena est une école, une formation...il n'y a pas de raison que les étudiants soient payés alors qu'ils peuvent faire valoir ce diplôme (parchemin, label, titre si tu préfères) ailleurs que dans la fonction publique.

3.Posté par FGIDMD le 15/04/2008 21:05

Oui apparemment vous ne voyez pas le problème. J'espère au passage que le vouvoiement ne vous gêne pas.

La différence entre être ancien élève de l'ENA et avoir un diplôme, c'est la celle qui explque qu'un élève de l'ENA n'est pas un étudiant. Le premier est un fonctionnaire, un salarié en formation professionnelle. Pas l'autre. Deux précisions :

Un "micro-détail" de sémantique ? au moment de la réforme LMD, je croyais pourtant que l'on saurait assez aisément faire la différence entre un diplôme et un recrutement. D'ailleurs il n'y a bien ni diplôme, ni parchemin, label ou titre, peu m'importe. Parce qu'il n'y a pas de spécialisation, de diplôme reconnu, de formation, d'enseignement, ni de progression, ni aucun des autres éléments qui feraient un diplôme. Dans les faits, puisque vous vous y référez, une analyse même succincte des parcours des anciens élèves de l'ENA ayant finalement choisi une carrière privée vous apprendrait que le diplôme qui leur a permis ce choix est celui qu'ils ont obtenu avant de devenir fonctionnaires (en clair : HEC ou un équivalent). le fait d'être passé par l'ENA leur a permis de se construire un réseau dans le secteur public. mais sur ce point je vois mal en quoi l'ENA serait en cause. Enfin, ces élèves, ou plutôt leur nouvel employeur, remboursent l'intégralité des salaires perçus s'ils renoncent à leur engagement.autant dire que c'est plutôt "dissuasif".

C'est la formation qui dure 27 mois. Au bout de 27 mois, l'élève est titularisé dans un corps de la fonction publique. Mais ce report de la nomination ne signifie pas que l'ENA soit pour autant une école de formation ! la décision de recrutement se fait lors du concours d'entrée, comme pour tous les autres fonctionnaires. Leur nomination intervient par décret en mars de chaque année. A compter de cette date ils sont fonctionnaires et leur rémunération doit leur être versée. Ils travaillent pour l'Etat et participent, notamment pendant leurs stages, à des missions de service public. Ils sont soumis au régime de la fonction publique assimilable au cas tout salarié auquel son employeur impose une formation professionnelle.

Quant à prétendre que l'ENA dispense une formation...ça fait presque sourire.

Une bonne lecture pour savoir ce qu'est l'ENA, ou plutot ce qu'elle n'est pas, est le volume de la revue Pouvoirs paru sur l'école voilà quelques années.

4.Posté par Yves le 23/05/2008 17:19

Cher FGIDMD, vous semblez vouloir comparer le passage par l'ENA à l'équivalent d'une formation continue non diplômante en entreprise. En ce cas, je me demande comment cela peut durer 27 mois ! D'autant que les entrants sont déjà diplômés Bac+5 en moyenne. Faut-il que l'Etat soit si compliqué à comprendre ? Vous imaginez une entreprise dont le séminaire d'intégration durerait plus de deux ans pour les cadres ? Quel bel exemple de mauvaise gestion !

5.Posté par Michel Hauton le 20/06/2008 18:22

Ll est remarquable que les sommes d'argent versées aux élevès des ENS soient considérées comme un salaire et non comme une bourse, et que les années d'études soient comptabilisées pour la retraite (à raison d'une demi-année par année d'études semble-t-il).

Cela fait probablement des ENS les formations les plus chères du monde. Penser au coût des deux années de retraite accordée à des anciens élèves arrivés en fin de carrière avec souvent de gros salaires. Ce privillège constitue un engagement de l'état au sens comptable, et devrait être comptabilisé dans le coût du cursus... On sait que les élèves des ENS qui renoncent à la fonction publique doivent rembourser une part de leurs études. Mais comment annulent-ils leur droit à la retraite?

Cette pratique salaire-retraite est surtout complètement insolite au niveau juridique, parce que les élèves des ENS NE SONT PAS des fonctionnaires: ils ne le deviennnent qu'en réussissant un concours de la fonction publique, typiquement l'agrégation ou le CAPES, la titularisation n'arrivant qu'après ce concours. En cela, la situation des ENS diffère de certaines autres écoles de fonctionnaires. Les concours de recrutement sont (heureusement) ouverts à d'autres candiats que les élèves des ENS, mais une réussite au même concours (agrégation, CAPES, ...) ne donnera pas au lauréats non-normaliens les mêmes droits que leurs compétiteurs normaliens. Outre la retraite, les non-normaliens ne bénéficieront pas de l'ancienneté accordée aux élèves des ENS, et qui représentera un beau pactole sur une carrière complète. La logique "républicaine" voudrait pourtant que la réussite à un même concours de recrutement de la fonction publique accorde les mêmes droits aux candidats quel que soit leur sexe, origine sociale ou éthnique... et quel que soit leur établissement supérieur d'origine avant le concours? Ne s'agirait-il pas d'un cas de discrimination?


6.Posté par FGIDMD le 26/06/2008 16:10

Je suis d'accord avec vous Yves, 27 mois c'est vraiment très long. D'autant que ceux qui rentrent à l'ENA ont effectivement une formation déjà longue derrière eux. Cependant, trois remarques complémentaires :

Primo : les réformes de la scolarité (et surtout son raccoucrcissement ) sont des serpents de mer périodiquement réactivés, demandés à grands cris par les élèves eux mêmes dans les rapports qu'ils établissent sur la scolarité (au demeurant très instructifs mais non publics, bien qu'ils circulent sous le manteau dans les administrations), malheureusement, les priorités politiques ont toujours primé sur ces suggestions de réforme réfléchies ;

Secundo : si l'ENA dure 27 mois, l'EHESP en dure 24, l'ENM guère moins...au final, former des HF, magistrats et directeurs d'hôpitaux prend souvent du temps : du fait des stages, en partie, du fait du caractère très général de la formation, dans le cas de l'ENA au moins (point sur lequel on peut s'interroger : est-ce nécessaire de couvrir autant de métiers par un seul concours?, mais c'est le pilier fondamentale de l'école), du fait aussi de la particularité des formations nécessaire pour les métiers qui sont au bout : parce que non, ldécidément, l'université ni sciences po ne forment directement des magistrats ou des sous préfets. deux ans de familiarisation avec l'univers de la FP, c'est quand même utile. sauf pour les fils et filles de HF, mais c'est un autre débat... A noter enfin que l'Etat étant bien piètre formateur pour le reste de la vie professionnelle, mieux vaut profiter de son bagage initial.

Tertio : peut être effectivement que l'Etat est vraiment très (trop) compliqué. Et beaucoup de fonctionnaires ne disent pas autre chose. Mais je ne sache pas que les fonctionnaires soient en France les seuls à avoir le droit d'élire les dirigeants dudit Etat...et heureusement. Alors ... ?

7.Posté par Sylvie le 02/07/2008 10:26

Réponse à Michel Hauton,
Au risque de vous décevoir, je suis contrainte d'être précise : un élève d'ENS est fonctionnaire stagiaire, au même titre qu'un élève de l'ENA, l'ENM etc. L'obligation à laquelle il souscrit est double : passer les concours de recrutement dans l'enseignement (à moins d'en être dispensé parce qu'il a été recruté au CNRS) d'une part, et servir l'Etat pendant dix ans d'autre part. Ne pas réussir les concours de recrutement CAPES ou Agrégation ne le dispense aucunement de la deuxième obligation. Il sera alors éventuellement adjoint d'enseignement.

Commentaire général par ailleurs,
Ne pas rémunérer les élèves des écoles destinées à la fonction publique aurait pour effet immédiat d'y parfaire encore la reproduction sociale. En revanche, dans les cas où cette rémunération ne s'accompagne d'aucune obligation ultérieure, il s'agit d'un choix d'affectation des moyens financiers à certaines formations qui pourrait pour le moins faire l'objet d'un débat transparent.

8.Posté par François-Xavier le 02/07/2008 11:41

N'oublions pas l'âge d'une part des gens qui fréquentent l'ENA et qui n'habitent plus chez leur parents, il faut bien vivre et, d'autre part, la recherche qui est exigée des étudiants dans les ENS et qui justifie à mon sens qu'ils percoivent une rémunération pour cette activité qui leur profite autant qu'à l'institution.

9.Posté par Michel Hauton le 03/07/2008 07:11

Sylvie,
merci pour votre sens de la précision. Il faudra donc signaler à de nombreuses autorités administratives que le "statut de fonctionnaire-stagiaire" n'existe pas, et qu'on ne devrait parler que de statut de fonctionnaire tout cours (en stage). Quoi qu'il en soit, il existe à l'évidence de grandes différences entre les "fonctionnaires en stage": certains doivent accomplir des services fixés par contrat (ex. un certifié ou agrégé en stage assure des heures d'enseignement). Je ne crois pas que ce soit le cas des élèves des ENS(?)

Je ne suis pas hostile à l'idée de rémunérer des gens en formation initiale ou des étudiants, bien au contraire. Mais d'une part je conteste la disparité de la dépense publique par élève, puisqu'une fourchette de 1 à 10 ne suffit pas à niveau d'étude comparable(!) D'autre part je conteste le fait qu'il puisse s'agir de salaire (par opposition à une bourse), et plus encore que cela ouvre des droits à la retraite quand il n'y a pas de service rendu immédiatement à la collectivité. Un salaire et le droit à la retraite afférent rémunèrent un travail réalisé au moment du versement, et ne sont pas une hypothèque sur les années à venir. Nombre d'étudiants d'université payent leurs études (faute de mieux) au moyen d'un travail pénible, parfois "au noir". Je vous laisse les convaincre que les élèves des ENS méritent d'acquérir une retraite en étudiant.

Je réaffirme aussi qu'un concours (ex. CAPES ou agrégation) ne devrait pas discriminer les lauréats en fonction de leur passé, fut-il récent. Je ne vois pas bien comment on peut défendre le recrutement par concours en niant ce principe élémentaire. Pourquoi, dès lors, ne pas remonter aux concours que l'on aura pu passer avec brio dans sa plus tendre enfance et qui constituaient une promesse tangible de réussite?

Au vu des statistiques, il parait difficile de "parfaire encore la reproduction des élites" tant nous excellons dans ce domaine. N'ayons donc pas peur de changer un peu un système vieilli qui n'est pas (ou plus) juste. Comparons-donc l'origine sociale par exemple des lauréats des concours CAPES et agrégation selon leur préparation: ENS, université ou monde professionnel. Évaluons aussi la dépense publique pour ces catégories et les effets de rente. Nous verrons qu'il est facile de mettre en place des mesures à la fois plus justes et plus rationnelles, par exemple sur la base de bourses "abondées" en cas de réussite à certains concours ou examens, pas forcément limités au monde scolaire ou universitaire.

Les questions de fond sont peut-être de savoir s'il est encore adapté au monde moderne de recruter à vie sur la base d'un concours précoce et d'établir des barrières statutaires énormes entre la fonction publique et le secteur privé... S'il est encore utile d'aider davantage que les autres les étudiants qui deviendront fonctionnaires. Il faudrait aussi s'interroger sérieusement sur l'importance démesurée accordée en France à la formation initiale, alors que le monde du travail et les technologies évoluent très rapidement.

Poursuivons ce débat dans la transparence, donc.

10.Posté par Sylvie le 03/07/2008 10:45

Vous soulevez à l'occasion de ce propos des questions qui vont très au-delà de la question de la rémunération des études dans les écoles de recrutement des fonctionnaires. Considérer que les résultats obtenus à des concours à 20 ans préjugent de toute la suite est un point de vue hautement contestable mais qui n'est en aucun cas limité à ce point - que je sache, ni HEC, ni Harvard n'entrent dans les écoles de recrutement de fonctionnaires dans lesquelles on est rémunéré mais leur valeur prédictive de l'avenir professionnel n'en est pas moins grande, alors qu'il ne s'agit que de formation initiale.
Il se trouve cependant que l'ENA, comme l'ENM ou l'ENSP entrent bien mal dans votre schéma, puisque la moitié de leurs effectifs français est constituée d'un public qui n'est pas constitué d'étudiants mais de personnels qui ont eu une carrière professionnelle et font le choix de retourner sur les bancs de l'école pour changer de fonctions, dans le cadre d'une réorientation professionnelle saluée dans d'autres contextes. Vous devriez au contraire vous féliciter de cette pratique.

11.Posté par Michel Hauton le 05/07/2008 07:24

Sylvie,
je me félicite bien volontiers des reconversions et mobilités que vous évoquez. Je n'ai pour ma part évoqué que les ENS et leur formation initiale et généraliste, comparable dans son but avec certains cursus d'université. Ne me demandez pas svp de me féliciter que l'état puisse éventuellement dépenser plus de 150 000 Euro pour former finalement un adjoint d'enseignement.

12.Posté par Marie le 13/10/2008 22:24

Moi aussi, je parlerais comme Michel Hauton, si j'avais raté Normale Sup.

13.Posté par Michel Hauton le 15/10/2008 20:06

Vous me faites peur, Marie. Commentons-donc vos implacables postulats.

1) Postulat 1 : Michel a forcément raté Normale Sup et ne peut être mu que la basse jalousie des médiocres envers l'élite suprême.
Eh bien non: comme l'immense majorité des diplômés du supérieur dans le monde, je n'ai tout simplement... jamais passé ce concours. J'ai préféré l'université aux classes prépa, estimant qu'on y avait plus d'air frais et d'ouverture sur le monde. Puisqu'il vaut mieux en France avoir réussi un concours, j'ai quand même réussi plus tard l'agrégation, où j'ai été mieux classé qu'une très large majorité (disons plus de 90%) de mes compétiteurs élèves d'ENS. J'ai coûté au moins 5 fois moins cher au contribuable qu'un élève d'ENS pendant ma formation initiale. NB: il est facile de vérifier que chaque année des "faqueux" sont classés dans le premier quart des reçus à l'agreg, et que des élèves d'ENS ratent l'agreg...

2) Postulat 2. Aucune personne ayant intégré une ENS n'aurait la folie de critiquer un avantage dont elle profite au nom d'une quelconque idée de justice sociale ou d'intérêt général.
Bref: une telle personne (souvent appelée à exercer des responsabilités au sein de l'Etat) place nécessairement ses propres acquis ou avantages au-dessus de l'intérêt général. Là, çà fait très peur et c'est franchement insultant pour les anciens élèves des ENS. Heureusement, c'est faux: (re-)lisez donc entre autres Michel Foucault... De nombreux anciens élèves des ENS ou de l'X ne sont pas des intégristes et acceptent une critique du système, ou au moins une saine réflexion.

Vous abaissez donc tout le monde (et sans doute vous-même?). Rassurez-moi: promettez-moi que vous n'enseignez pas à l'université, et que vous n'exercez pas de responsabilité importantes dans la fonction publique...

14.Posté par gb le 08/06/2010 17:14

Juste une précision pour FGIMD et Sylvie : la scolarité à l'EHESP (ex-ENSP) pour les DH est ,depuis des décennies, de 27 mois.
Les magistrats ne sont pas des fonctionnaires...
Par contre ce qui m'interpelle, c'est le fait que l'ENA ne demande toujours, comme l'entrée à l'EHESP d'ailleurs, qu'une licence (bac+3) alors qu'il y a une surenchère pour certains concours qui exigent un master2 désormais...

15.Posté par nat le 22/12/2011 02:54

Il ne faut pas oublier que tout élève entrant dans ces écoles passe un concours (très exigeant) de recrutement dans la fonction publique, ce qui n'est pas le cas des étudiants à l'université où l'inscription est libre et simplement conditionnée au seul fait d'avoir le baccalauréat.
Rappelons aussi que les étudiants qui réussissaient le concours d'entrée à l'IUFM en vue de devenir professeur des écoles (avant la réforme de 2010) touchaient lors de leur formation une rémunération équivalente à celle d'un normalien, sans que cela ne provoque une indignation particulière...

16.Posté par Lydia le 04/01/2013 00:29

Bonsoir, j'aimerai simplement faire part de mon témoignage. Je suis étudiante en master 1 d'études anglophones à la sorbonne- paris 4. Les élèves de l'ENS rue d'Ulm ont cours dans les mêmes séminaires que nous, ils préparent les concours du CAPES et de l'agrégation en suivant les mêmes programmes que nous, et les exigences des professeurs sont les mêmes. En somme, la seule différence entre un "fakheu" et un normalien c'est le salaire, le logement, et les droits de scolarité. Je ne trouve pas ça juste. De plus, pour avoir discuté avec certains d'entre eux, ils ne sont pas tous motivé par les métiers de l'enseignement et sont minoritaires à suivre le cursus prépa CAPES, aussi parler d'une sorte d'investissement de l'Etat sur l'avenir me semble erroné.

17.Posté par jmrr le 28/04/2013 08:45

Tous les étudiants devraient être rémunérés, au même salaire, avec cotisations pour la retraite .... et gratuitement ! ou alors inclure les coûts dans le salaire ! Il faut ce qu'on veut et quelles directions doivent prendre les progrés !
Il ne devrait pas, plus, y avoir d'obligation de "s'engager" à rester dans l'administration. C'est une bien grande hypocrisie ... : tous les étudiants d'un grand nombre d'écoles, notamment "hautes", ou dite d'élites, ne recherchent qu'à ... être fonctionnaire !
Il y a des "écoles", comme celles de l'INSEE, et bien d'autres, qui ne devraient pas exister ... Les autres cursus forment à des compétences. Il n'y a aucune raison de conserver ces restes de l'ancien régime.
Il faut revoir (d'urgence) le statut des fonctionnaires, en commençant par les "hauts" ... et notamment supprimer les avantages exorbitants des "mises en disponibilité".
A y être : dissolution des associations des anciens élèves, et des annuaires qui font la vie et la gestion de carrière ... retour à un système "hiérarchique "direct".

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