Comment faire qu’une grande école compte 30 % d’étudiants boursiers, lorsque seulement 10 % des candidats le sont ? Ce n’est sûrement pas facile. Une solution pour régler le problème serait de faire en sorte que plus d’étudiants boursiers postulent… et c’est tout à fait possible.
Pour citer l’exemple de Télécom Ecole de Management, que je dirige, 28% des étudiants sont boursiers. Un seuil que nous avons atteint grâce au nombre de candidats boursiers qui ont postulé en 2009. En 2010, avec plus de 40 % de boursiers parmi les candidats inscrits à ce jour au concours d’entrée, nous devrions atteindre le fameux seuil des 30 %...
Communiquer aussi sur les mesures sociales
Pour accroître le nombre de candidats boursiers, nous avons pris un certain nombre de mesures auxquelles les étudiants n’ont visiblement pas été insensibles : extension du dispositif de bourses, mise en place d’un fonds social, d’aides au logement, au départ à l’étranger (pour faciliter le déplacement et l’installation lors des séjours internationaux obligatoires, forts coûteux pour les étudiants), dotations matérielles en PC portables et en ouvrages de référence, etc. Au final, si nous avons un budget « bourses » de 350 000 euros, le fonds social dédié à ces opérations est de 100 000 euros supplémentaires.
Il n’est pas interdit aux grandes écoles de communiquer aussi sur les mesures sociales que bon nombre d’entre elles ont déjà prises. C’est un axe, ou un sujet, qu’elles ont peut-être à tort délaissé alors qu’elles ne sont pas inactives sur ce point. Elles lèveraient alors un biais en incitant les boursiers à postuler dans l’ensemble des écoles de commerce en France.
Niveau social ou niveau de compétences ?
Augmenter le nombre de candidats boursiers, et donc le nombre d’étudiants titulaires de bourses, ne doit d’ailleurs pas être source d’inquiétude. Ca ne l’est pas pour nous. Les rémunérations obtenues dès leur premier emploi témoignent même que la qualité de l’enseignement dispensé dans une grande école fonctionne comme un réel ascenseur social.
En faisant passer nos jeunes diplômés de 38 000 euros annuels à la sortie de l’école, le 6e rang des écoles de commerce en France (source : L’expansion, enquête Towers Perrin, 2009), à 48 000 euros trois ans après diplôme, le marché du travail prouve que les recruteurs se préoccupent moins du niveau social à l’entrée des écoles que du niveau de compétences acquis.
Comment résoudre la question financière ?
Une conséquence réelle de l’augmentation du nombre d’étudiants boursiers, c’est la modification des équilibres budgétaires des écoles. Comment continuer à faire fonctionner un établissement si un tiers des étudiants n’acquitte pas de droits de scolarité ? Une solution pourrait être de généraliser l’apprentissage en école de commerce. Bien développé dans l’enseignement secondaire, il est encore trop timidement mis en place dans l’enseignement supérieur. Et cette formule fait particulièrement sens dans nos écoles où la professionnalisation des étudiants, le fait de se familiariser très tôt aux réalités du monde de l’entreprise, est un des premiers objectifs de la formation.
Le concours en question
A ce stade, il reste une question sur laquelle il faut se pencher : ce concours d’entrée dans les grandes écoles, dont on a vu qu’il comporte de nombreux biais, répond-il aux exigences d’un monde moderne auquel les grandes écoles sont censées préparer leurs étudiants ?
Il conviendrait peut être de le repenser, et par conséquent refondre le contenu des programmes de classes préparatoires. Il est évident qu’il y a des candidats plus favorisés que d’autres selon leur lycée d’origine. Le problème de fond est que le lycée et ses filières actuelles préparent mal à la réussite au concours tel qu’il est organisé aujourd’hui. D’autant plus que certaines écoles placent leur barre d’admissibilité le plus haut possible, renforçant ainsi la sélection sur le seul critère de l’écrit, dont on sait qu’il est discriminant socialement. C’est sans doute un effet induit par certains classements, pour lesquels le niveau de la barre d’admissibilité est un critère d’excellence de l’école. Personnellement, je ne suis pas obnubilé par cette question – ni par ces classements – et je mets volontairement la barre assez bas pour pouvoir voir à l'oral le plus grand nombre de candidats ; une décision fondée sur le constat que ceux qu'un simple écrit n'avantage pas ont la possibilité de nous montrer la vraie richesse de leur personnalité à l'oral.
Voilà quelques idées que les grandes écoles peuvent mettre en œuvre, à leur niveau et rapidement. Mais il faut bien rappeler que nous nous situons au bout de la chaîne éducative. La France ne devrait pas tenir ses grandes écoles comme seules responsables des défaillances sociales du système de formation de ses élites