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Ces profs de lycée qui travaillent dans le supérieur


Environ 13 500 professeurs agrégés ou certifiés du secondaire enseignent dans le supérieur, en IUT, école d’ingénieurs ou à l’université. Leurs profils sont très variés. A partir de l’interview de 15 d’entre eux, l’Observatoire Boivigny fait le point sur leurs motivations et leurs conditions de travail.



1- Comment devient-on professeur du secondaire enseignant dans le supérieur ?

Ces profs de lycée qui travaillent dans le supérieur
Les universités ou les IUT proposent des postes pour des Professeurs agrégés (PRAG) ou des Professeurs certifiés (PRCE). Il s’agit de postes statutaires qui ne sont pas limités dans le temps. Les recrutements dépendent de chaque établissement, ils ne font pas l’objet d’une procédure nationale. Pour connaître les postes disponibles, il faut consulter le Bulletin Officiel. Et pour postuler, envoyer un CV et une lettre de motivation. Les établissements reçoivent les candidats, les classent par ordre de préférence et recrutent les premiers.

2 - Dans quelles disciplines universitaires trouve-t-on le plus d’enseignants du secondaire ?

Plus de la moitié des 13 500 PRAG et PRCE enseignent en Lettres et sciences humaines, dont un peu plus de 4000 en langues. On trouve également d’importants effectifs en sciences économiques et de gestion, en mécanique et informatique ainsi qu’en mathématiques.

3- Pourquoi devient-on PRAG ou PRCE ?

Par volonté de changer après plusieurs années de carrière en lycée ou par envie de rester dans une région précise, ce qui n’est pas toujours possible quand on enseigne en lycée ou en collège. Dans certaines matières, les langues rares comme le russe par exemple, cela peut être dicté par le manque de postes dans le secondaire. C’est enfin souvent un moyen de financer une thèse ou d’attendre un poste d’enseignant-chercheur en restant en contact avec l’université.

4- Quelle est la charge d’enseignement ?

Ces profs de lycée qui travaillent dans le supérieur
Les PRAG ou les PRCE ont une charge d’enseignement de 384 heures, soit le double de celle d’un maître de conférences, mais ils n’ont théoriquement pas de travaux de recherche à effectuer. Ils peuvent bénéficier de décharges d’enseignement s’ils prennent des responsabilités pédagogiques ou s’ils préparent un doctorat. Il faut noter que beaucoup de PRAG effectuent des heures supplémentaires afin d’améliorer leur salaire.

5- Un PRAG peut-il mener des recherches en parallèle?

Les heures d’enseignement sont conséquentes et de nombreux PRAG inscrits en thèse ou titulaires d’un doctorat se plaignent de ne pas avoir suffisamment de temps pour mener leurs recherches. Certains estiment également que leur recherche n’est pas pleinement considérée. Il faut cependant garder à l’esprit que faire une thèse ou de la recherche en étant PRAG est un choix et/ou une stratégie : le poste lui-même est un poste d’enseignement et ne comprend, en principe et hors décharge exceptionnelle, pas de temps pour la recherche.

6- Combien gagne un PRAG ?

Le salaire et son évolution suivent la grille et les échelons des enseignants du secondaire, mais sans les primes (environ 300 euros mensuels pour les professeurs en collège et lycée). Les PRAG touchent ainsi entre 1500 euros nets par mois en début de carrière et 3500 euros nets par mois après 30 ans de service (entre 1340 et 3000 euros nets par mois pour les PRCE). À noter : contrairement à leurs collègues du secondaire, les PRAG ne subissent pas d’inspection.

7- Assiste-t-on à une « secondarisation » de l’enseignement supérieur ?

Ces profs de lycée qui travaillent dans le supérieur
De nombreux enseignants-chercheurs se plaignent du nombre croissant de PRAG à l’université, dénonçant une « secondarisation » de l’enseignement supérieur. Si le nombre de PRAG a connu une forte augmentation jusqu’à la fin des années 90, il a plutôt tendance à stagner depuis. En 2008-2009, il y avait 13.427 PRAG et PRCE, soit près de 16% des effectifs de l’enseignement supérieur.

8- Les relations entre ces professeurs du secondaire et les enseignants-chercheurs sont-elles bonnes ?

Les enseignants-chercheurs, qui craignent pour leur statut, ont parfois tendance à voir d’un mauvais œil l’arrivée de professeurs du secondaire à l’université. Ils leurs reprochent notamment de ne pas faire de recherche. A l’inverse, les PRAG ont parfois tendance à considérer qu’ils ont toute la charge de l’enseignement alors que les enseignants-chercheurs font ce qu’ils veulent. L’ambiance au travail varie énormément en fonction du département et des rapports de force. En langues il n’est ainsi pas rare que les PRAG soient majoritaires et exercent la plupart des responsabilités pédagogiques. Mais globalement, les PRAG et PRCE souffrent d’un manque de reconnaissance.

9 –Récupèrent-ils les cours les moins intéressants ?

Cela dépend du type d’établissement (université ou IUT), de sa taille, de sa localisation et du département dans lequel ils exercent. En IUT, les PRAG sont parfaitement adaptés à l’environnement pédagogique : l’enseignement et le rapport aux étudiants présentent de nombreuses similitudes avec le secondaire. À l’inverse, dans les grandes universités notamment, il est courant que les PRAG soient « servis » après les enseignants-chercheurs, mais avant les vacataires, qui sont en bas de l’échelle.

10 – Les PRAG ou PRCE en poste envisagent-ils un retour au lycée ou au collège ?

Les enseignants certifiés et agrégés du supérieur que nous avons interrogés n’envisagent pas un retour au lycée ou au collège. Une partie d’entre eux n’y ont d’ailleurs jamais exercé (ou très peu). Quant aux autres, ils sont satisfaits de leur situation dans les IUT ou les universités et tentent d’y obtenir un poste de maître de conférences.

NB :

Vous souhaitez en lire plus sur les carrières d'enseignants à l'université ? Notre dossier Devenir Prof à l'Université répond à toutes vos questions sur le recrutement et la réalité du métier.

21/03/2010
David Allais
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par mick3H le 26/03/2010 10:04

Merci pour cet article bien documenté. Voici quelques compléments.

Un agrégé PRAG en université est moins bien payé que s'il était en lycée (voire collège), et beaucoup moins que s'il était en classe préparatoire CPGE. Compte tenu du système d'avancement et de l'absence d'inspection, l'écart se creuse tout au long de la carrière. Dans le passé, certains PRAG ayant un bon réseau de relations ont été inspectés et promus (hors classe) directement par l'Inspection Générale.

Il est quasiment impossible de faire un bonne thèse en un temps raisonnable en étant PRAG - ce qui souvent veut dire enseigner dans un établissement exigeant en encadrement/suivi et n'ayant souvent pas d'activité de recherche reconnue dans la discipline considérée (ex. grandes écoles). Pour des gens issus des classes moyennes voulant faire carrière à l'université, préparer une thèse en passant par agreg-PRAG permet d'échapper à la paupérisation du doctorant de base, mais n'est pas un très bon point d'entrée pour une carrière universitaire.

L'agrégation ("des lycées") est un concours ancien dont la motivation était de former des enseignants de lycée intervenant au moins en partie dans le supérieur. Aujourd'hui, l'intérêt est qu'un agrégé peut, en lycée ou collège, gagner plus qu'un certifié en travaillant moins... bref c'est une rente. Le concours est très peu ouvert sur la recherche.

Notons par ailleurs que

- l'agrégation est un objet incompréhensible pour la plupart des universitaires dans le monde.
- de nombreux agrégés enseignent en collège(!)

- les élèves ENS ont des avantages énormes sur les agrégés non-normaliens parfois mieux classés qu'eux à l'agreg: financement de thèse/postes réservés.

Bref, la très coûteuse agrégation n'a plus aucune lisibilité. Se pose la question de sa survie, en lien avec celle de la formation des enseignants-chercheurs et la valorisation de carrières des enseignants de lycées/collèges...

2.Posté par Dogen le 30/08/2012 14:19

En réponse à mick3H, quelques compléments également.

L'agrégation (non pas " des lycées" uniquement, mais aussi "de l'université"!) est un des concours les plus difficiles qui soit, et qui exige une haute maîtrise des matières étudiées. Elle permet de constituer un véritable "viviers" de gens très compétents, qui en outre... savent parfaitement lire et écrire, ce qui n'est plus acquis d'office aujourd'hui, même chez les étudiants à bac + 5! En effet, il est certain que les arguments avancés par mick3H sont justes: le concours n'a plus de lisibilité, mais la question est de savoir s'il faut se priver du meilleur moyen de sélection d'une élite incontestable par désir de nivellement, ou bien s'il ne faudrait pas plutôt revaloriser les postes des agrégés, en les affectant là où ils doivent l'être selon les textes officiels (en lycée, dans le supérieur, et seulement exceptionnellement en collège), et en les payant décemment.

3.Posté par michel le 24/09/2012 15:30

Tout cela est vrai mais le fond du problème est le salaire vraiment trop trop bas des certifiés en France (2000 euros net au bout de 20 ans en général avec le passage à l'ancienneté). Ce qui faite que les profs certifiés français sont parmi les moins bien payés d'Europe ! et de loin.
Par contre, c'est sur si on regarde les salaires moyens (agrégés, certifiés, vacataires, ...) le salaires des profs en France est dans la petite moyenne européenne.

De la à dire que l'agrégation en France empêche la majorité des profs à être payé correctement...

à méditer...

4.Posté par Mordax le 10/10/2012 21:50

Bonjour,

ce n'est pas un agrégé qui travaille moins qu'un certifié, c'est le certifié qui travaille plus qu'un agrégé. Le statut de certifié a été créé dans des années de pénurie, mais auparavant il n'y avait que des professeurs agrégés qui donnaient 15 heures de cours ou des professeurs licenciés qui en donnaient 16
Pour avoir été cadre A de la fonction publique, puis certifié, puis agrégé, je peux dire que c'est l'ensemble du corps enseignant qui est mal payé , et que les jalousies internes n'ont pas lieu d'être. Il faut tirer l'ensemble vers le haut.

Les agrégés sont loin de la rapidité de carrière et des primes des corps similaires de catégorie A +, et n'ont pas suivi l'évolution de ces derniers vers l'échelle lettre B au moins .
Pour les certifiés, la carrière est comprise dans des bornes indiciaires correspondant à la catégorie A, sauf qu'eux aussi traînent (échelons longs) , que l'accès à la hors-classe est aléatoire , donc les espoirs de carrière moindres. Sans compter un paiement pingre des travaux supplémentaires, l'absence d'indemnités statutaires etc.
Pour ma part, j'ai pu être reclassé assez haut dans la grille par équivalence indiciaire, ce qui a limité la perte de traitement, sinon il est absolument inintéressant d'être enseignant sur le plan financier.
Actuellement je me pose la question de postuler pur un poste de PRAG , pour l'intérêt du travail surtout. Etant presque au dernier échelon de la classe normale., tant pis pour deux ou trois rémunérations accessoires.

5.Posté par NRico le 02/12/2012 19:04

Y-a-t'il eu des changements depuis la publication de l'article ?

6.Posté par vainel le 11/02/2013 16:47

Je suis prof d'anglais certifiée en lycée et ravie du travail lui-même, des relations avec les élèves mais lassée,voire amère face à la quantité de travail croissante, à la successions de réformes toutes plus ubuesques les unes que les autres, à la gestion façon entreprise des établissements ...Je suis au 10ème échelon et l'opprtunité d'un poste de PRCE s'offre à moi. Je me posais la question du salaire, et si je comprends bien je perdrais de l'argent à occuper cette fonction (même salaire, et rien pour compenser la perte d'indemnité ISO ou prof principal ?)

7.Posté par Chris le 14/03/2013 16:04

Je suis PRCE actuellement.
En fait , il est inexact de dire qu'il y a perte de salaire.
En effet, l'ISO est remplacé par la prime d'enseignement sup (quasi même montant)

En terme d'heure, les PRCE font les mêmes heures que les agrégés = 384h/an (en comparaison 650h/an dans le secondaire (?))
Pas d'inspection mais le chef d'etablissement tient lieu d'inspecteur donc hors classe plus rapide si on informe les bonnes personnes de l'importance de la note globale annuelle.
Je suis passé hors classe au debut du 9ieme echelon de la CN!

Globalement le confort d'exercice du metier est réel.
La comparaison avec les enseignants chercheur n'a pas lieu d'être car c'est un autre metier.
D'ailleurs, les grades de maitre de conf, HDR et professeur d'université sont des grades de recherche pas d'enseignement.
Confusion fréquente dans les forums

Même tarif horaire (en heure sup et gestion pedago ) pour tout le monde !

8.Posté par Jeremy le 11/04/2013 10:29

Peut-on me répondre à cette question.

Je prépare les concours de l'enseignement capes + agrégation histoire depuis septembre, je suis admissible au capes. Je ne sais pas si je suis admissible également à l'agrégation. Mon objectif étant d'avoir l'agreg le plus rapidement possible, cette année ou en juin 2014.

Je ne comprends pas très bien le statut de prag. Est-ce que le prag fait des heures à l'université en plus de ses heures en lycée / collège ?

Merci. Cordialement.

9.Posté par Huon Matthieu le 16/10/2013 09:46

Bonjour,
Est-il déjà arrivé qu'une personne ayant déjà enseigné dans le secondaire, mais ne possédant ni le Capes ni l'Agrégation, puisse travailler dans le supérieur ?
Bien cordialement.

10.Posté par certifiée le 02/05/2014 18:31

Un ramassis d'inexactitudes, certainement écrites par des doctorants agrégés en poste dans le supérieur, sans jamais être passés devant élèves ou des MCF étrangers au système de recrutement et d'avancement de l'éducation nationale. je cite par exemple :

"le fond du problème est le salaire vraiment trop trop bas des certifiés en France (2000 euros net au bout de 20 ans en général avec le passage à l'ancienneté)"

Faux, 1400 net par mois au deuxième échelon, un peu avant la titularisation, au cinquième échelon, 1632 euros net par mois (sans les diverses primes, conseils de classe, ZEP ou autres), au bout de 4-5 ans de carrière, s'il l'on ajoute les diverses primes, un certifié classe normale, avec un heure sup/mois peut gagner 1900-2000 euros net par mois.

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