Enseignement supérieur : quel bilan pour Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy ?
Lors de l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait martelé que l’enseignement supérieur serait l’une de ses priorités s’il était élu. Après bientôt trois ans à l’Elysée, le président a marqué l’enseignement supérieur de son empreinte. Et ce, avec sa ministre Valérie Pécresse dont le poste pourrait être remis en jeu après les régionales.
Lors de la campagne électorale, le candidat de la droite avait fait de la réforme de l’enseignement supérieur « une priorité absolue ». Une fois élu, le président Sarkozy s’est immédiatement attelé à la tâche. De manière symbolique d’abord, en nommant Valérie Pécresse ministre de plein exercice de l’Enseignement supérieur et de la Recherche alors que le poste est en général un secrétariat d’Etat. A peine le gouvernement mis en place, la nouvelle ministre s’est retrouvée porteuse d’une réforme ambitieuse, la Loi relative aux responsabilités des universités (LRU). La LRU vise à rendre autonomes, d’ici 2012, l’ensemble des universités françaises en simplifiant leur gouvernance et en leur permettant de gérer l’ensemble de leur budget et de leur patrimoine. L’ensemble des crédits devraient alors être alloués aux établissements en fonction de critères d’évaluation précis.
Voulue par les présidents d’universités, auxquels la loi fait la part belle en renforçant leurs pouvoirs, la réforme est adoptée lors de l’été 2007 alors que la communauté universitaire est en vacances et que les grognes étudiantes de juin ont été apaisées par l’assurance de ne pas toucher aux droits d’inscription. Pour accompagner la mise en place de la LRU, le président promet, comme annoncé lors de sa campagne électorale, une enveloppe de 5 milliards d’euros supplémentaires sur 5 ans (soit une augmentation d’un tiers du budget global). Un milliard d’euros additionnel est effectivement inscrit au budget 2008 pour l’enseignement supérieur alors que la plupart des ministères doivent se serrer la ceinture.
Sous-financement
En dépit de cet effort, le sous-financement de l’université reste patent. Comment, dès lors, le président compte-t-il avoir un enseignement supérieur français compétitif au plus haut niveau mondial comme il l’envisage ? Tout d’abord, il s’appuie sur les réformes antérieures, la rationalisation de l’espace européen de l’enseignement supérieur à travers le parcours LMD (licence/master/doctorat), et la loi de 2006 permettant et encourageant les regroupements dans l’enseignement supérieur à travers des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) et des Réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA). Ainsi Nicolas Sarkozy entend favoriser l’apparition de pôles d’excellence. Le président trouve son inspiration en Allemagne où une dizaine d’établissements sélectionnés pour intégrer « l’initiative excellence » ont obtenu des financements publics conséquents pour leur développement. En 2008, Valérie Pécresse lance l’opération Campus, qui vise à attribuer 5 milliards d’euros, issus de la revente par l’Etat d’une partie de ses parts dans le capital d’EDF, à 10 campus universitaires regroupant plusieurs acteurs. L’opération prend la forme d’un appel à projet concurrentiel. Ce financement sélectif s’inscrit dans la logique même de la LRU. Car en permettant aux universités autonomes de faire des levées de fonds via des fondations ou de recruter elles-mêmes leurs professeurs, notamment étrangers, la loi induit de fait une concurrence. Une petite révolution dans un univers universitaire qui avait jusque-là vécu dans la négation des différences.
Pôles d’excellence
Aux quatre coins de France, les regroupements s’accélèrent. Les trois universités de Strasbourg fusionnent au 1er janvier 2009. A Lyon, les trois universités sont regroupées dans un PRES et envisagent une gouvernance commune et, à Paris, plus grand pôle universitaire de France, tous les acteurs s’agitent en coulisses pour essayer de mettre en place l’alliance d’écoles et d’universités qui remportera la pole position. Satisfait ou pas, le monde universitaire est en mouvement ; ses acteurs comprennent qu’ils doivent agir maintenant pour exister demain. Globalement d’ailleurs, les mouvements de protestation peinent à peser réellement sur le débat. Les étudiants sont partis tout seuls contre la LRU à l’automne 2007 et se sont essoufflés. En 2009, ce sont les professeurs qui défilent dans la rue contre la réforme de leur statut et des IUFM. Si le gouvernement a cédé à la marge aux différents syndicats, les grands axes des réformes n’ont pas été remis en cause.
11 milliards via le grand emprunt
A l’automne 2009, après avoir fait la part belle aux universités, l’Etat a annoncé qu’il allait établir des contrats avec 58 établissements privés du supérieur dont les 5 universités catholiques, l’Essec et l’Edhec. En échange de financements supplémentaires de 4,5 millions d’euros pour atteindre un total de 66,5 millions d’euros, les établissements seront soumis à des évaluations quadriennales dont les résultats influenceront leurs financements futurs. Là encore, la logique reste la même : l’Etat joue la « carotte » pour inciter les établissements à mettre en œuvre des politiques axées sur les regroupements et la visibilité à l’international. Dernier exemple en date de cette politique, les 11 milliards du futur grand emprunt qui doivent servir à financer le développement de l’enseignement supérieur. Sur l’ensemble de cette enveloppe, près de 7,7 milliards seront attribués à une dizaine de regroupements universitaires dits « d’excellence » dans la logique de l’opération Campus.
A la veille des élections régionales, qui marqueront peut-être le départ de Valérie Pécresse du gouvernement, le président Sarkozy a réussi son pari de modifier considérablement le paysage de l’enseignement supérieur français. Pour autant, derrière la belle façade que ne manqueront pas de représenter la dizaine de pôles d’excellence français, beaucoup de questions restent en suspens. La professionnalisation de la licence est aujourd’hui encore un vaste chantier, l’articulation de l’orientation entre le secondaire et le supérieur n’existe pas ou presque, les conditions de vie d’une grande partie des étudiants sont peu enviables (pénurie de logements, inadéquation des bourses, …). Le président a parié sur un système à deux niveaux qui seraient complémentaires, l’un gérant l’élite, l’autre formant des techniciens très vite professionnalisés. Sauf qu’aujourd’hui, si le premier niveau prend clairement forme, le second n’est encore qu’à l’état de projet.
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