Observatoire Boivigny : chiffres, strat�gies et actualit�s des �tablissements du sup�rieur
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Quelle place accorder � l�entreprise dans l�universit� ?
Le monde universitaire est dit r�ticent vis-�-vis des entreprises, � tel point que les formations dispens�es ne seraient pas suffisamment reli�es aux besoins de l��conomie. Du point de vue des entreprises, communiquer avec l�universit� ou plut�t avec ses multiples interlocuteurs que sont les d�partements, les laboratoires, les professeurs, n�est pas ais�. Pour autant, faut-il renoncer � toute coop�ration ? Quel est le degr� acceptable d�implication des entreprises ?
Le d�bat sur le r�le des entreprises a �t� relanc� en 2003 par le projet de loi d�autonomie des universit�s, ajourn� depuis. Il pr�voyait, dans son volet sur l�assouplissement du fonctionnement des universit�s, d�accro�tre les pouvoirs de leurs pr�sidents et d�accorder davantage de marge de man�uvre financi�re et p�dagogique aux �tablissements pour conclure des partenariats et associer le monde �conomique aux cursus, de m�me que les collectivit�s territoriales. Les universit�s auraient eu le droit de g�rer librement leur budget, de passer des march�s publics de fa�on plus souple, de cr�er des services d�initiatives commerciales. Ce projet de loi, autrement appel� �de modernisation des universit�s�, r�pondait � une n�cessaire adaptation de l'enseignement sup�rieur aux �volutions depuis la loi Savary de 1984, � une volont� de responsabiliser les �tablissements ainsi qu�� des besoins criants de financements.

Une n�cessit� vs privatisation d�un service public
En r�action � ce projet de loi, deux camps se sont form�s, sch�matiquement. Pour ses partisans, accro�tre le r�le des entreprises dans le monde acad�mique est une n�cessit�. Il faut d�finir les formations en fonction des r�alit�s �conomiques, afin de garantir une insertion professionnelle aux �tudiants, et donc impliquer les entreprises. Celles-ci peuvent aussi apporter des revenus cons�quents. Dans le domaine de la recherche, la collaboration entre laboratoires priv�s et publics est fructueuse, selon eux.

Pour les d�tracteurs de la r�forme, que les entreprises marquent d�une fa�on ou d�une autre l�enseignement pourrait mener � une mise en concurrence trop forte des �tablissements et, petit � petit, � la privatisation d�un service public. Le contenu et la certification des formations ne doivent pas d�pendre des employeurs. Et la professionnalisation ou sp�cialisation trop pr�coce n�est pas souhaitable : les �tudiants doivent acqu�rir des connaissances transversales et �tre ainsi capables de s�adapter au cours de leur carri�re. De plus, si les repr�sentants des entreprises int�grent les conseils d�orientation des �tablissements, c�est la porte ouverte � une d�pendance vis-�-vis des int�r�ts politiques et �conomiques locaux, � leurs yeux. En outre, la recherche deviendrait utilitariste, contrairement au principe d�autonomie scientifique des universit�s, et la recherche fondamentale serait d�laiss�e.

Le dialogue entre ces deux camps est souvent st�rile. Chacun campe sur ses positions sans toujours tenir compte de l�int�r�t des �tudiants eux-m�mes. Il faut en r�alit� partir d�un �tat de fait o� l�entreprise occupe d�j� une place active � l�universit�. Voici plusieurs formes d�association :

La taxe d�apprentissage vers�e aux universit�s
Son montant s��l�ve � 278.178 euros � l�universit� de Toulouse Le Mirail, pour des recettes totales de 30,36 millions d�euros selon le budget initial pr�vu pour 2004. A Paris-Sud 11, la taxe d�apprentissage rapporte 2,5 millions d�euros selon l�universit�, pour 450 millions d�euros de budget annuel consolid�. Traditionnellement, cette taxe va aux formations professionnelles, ce qui explique ces disparit�s entre �tablissements, selon leur d�veloppement de ce type de formations. Par exemple � l�universit� de Poitiers, qui comprend un IAE et deux IUT, les entreprises versent 1 million d�euros de taxe d�apprentissage, sur un budget global de 74 millions d�euros. Cette somme devrait augmenter, selon l�universit�, qui d�veloppe de nouvelles fili�res professionnelles.

Echanges d�intervenants
Les enseignants vacataires, associ�s ou invit�s (� temps partiel ou � temps plein) peuvent �tre des professionnels qui compl�tent l�enseignement acad�mique. Inversement, universitaires ou chercheurs peuvent cr�er des entreprises, participer � une entreprise sous forme de concours scientifique ou participer � un conseil d�administration d�entreprise. Ils peuvent aussi demander leur d�tachement.

Participation aux instances de l�universit�
Des personnalit�s ext�rieures sont pr�sentes dans les conseils d�administration, les conseils scientifiques et les conseils des �tudes et de la vie universitaire. Il peut s�agir de repr�sentants des organisations syndicales d�employeurs (Medef, CGPME�) et de professionnels. Ceux-ci ont aussi leur place dans les conseils de perfectionnement, propres � certaines formations. Par exemple pour la ma�trise MASS de Toulouse II, � un conseil de perfectionnement, compos� de professionnels et d�enseignants, se r�unit p�riodiquement pour travailler � l�am�lioration de la qualit� de la formation et son ad�quation aux objectifs pr�vus �.

Des partenariats, de la mise � disposition de mat�riel � des chaires d�entreprise en passant par des forums entreprises-universit� et des bourses
Les facs d��conomie et de gestion sont toujours plus nombreuses � organiser des forums pour permettre des rencontres entre les entreprises et les �tudiants, afin que ceux-ci b�n�ficient d�offres de stage ou d�emploi et, du c�t� des entreprises, qu�elles connaissent mieux les formations. L�universit� Panth�on-Sorbonne a ainsi accueilli une trentaine d�entreprises cette ann�e au � forum Paris I-Entreprises �. Par ailleurs, elle pr�pare actuellement un accord pour la mise � disposition de mat�riel � la rentr�e prochaine, avec GL Trade qui installera des logiciels utilis�s dans les salles de march�, � destination des �tudiants en finance. Une entreprise qui s�implique : Cetelem, au travers de sa fondation sous l��gide la Fondation de France, en accordant 30 bourses en master et 10 allocations de recherche en doctorat chaque ann�e.
Pionni�re en la mati�re, Toulouse I a sign� depuis bient�t 10 ans un partenariat avec la F�d�ration fran�aise des soci�t�s d�assurances (FFSA) pour une chaire d��conomie du risque. En f�vrier 2003, l�universit� a fond� une chaire Pernod-Ricard de politique de la concurrence pour 5 ans. Moyennant 15.000 euros annuels, la soci�t� a acc�s aux r�sultats des recherches des jeunes doctorants men�es dans le cadre de la chaire. Selon l�un des responsables n�anmoins, � il est difficile de trouver des entreprises int�ress�es par une chaire � l�universit�. Nos �conomistes sont moins recherch�s que les �tudiants en finance ou en gestion par les grosses entreprises susceptibles d�apporter ce type de financement. Cela n�est pas tellement dans la culture d�une �cole doctorale non plus. �

Stages
Notamment en master ou au sein des fili�res professionnelles. M�me lorsqu�ils ne sont pas obligatoires, les stages sont fortement recommand�s aux �tudiants pour avoir un contact avec le monde du travail et personnaliser leur cursus.

Fili�res professionnelles depuis les ann�es 70
Fili�res longues ou courtes : MST, BTS, IUT, IUP cr��s en 1992, licences professionnelles en 1999� Le Medef encourage ces cursus dont la mission est �d�allier connaissances et savoir-faire�. Selon l�organisation patronale, aujourd�hui �ces fili�res dispensent un enseignement technologique de pointe, en ad�quation avec les r�alit�s et les besoins du march�.
En r�alit�, de plus en plus de cursus universitaires peuvent �tre qualifi�s de �professionnalis�s�, comme les DESS ou les IAE. L�originalit� des fili�res professionnelles stricto sensu est d��tre con�ues v�ritablement avec les entreprises et les branches professionnelles. Ces formations rencontrent un franc succ�s, tant aupr�s des employeurs que des �tudiants.

Formation continue
Les universit�s, qui d�veloppent de plus en plus cette activit� lucrative, proposent trois types de formations : des stages courts � destination des entreprises ou des administrations, des stages longs qui donnent souvent lieu � la d�livrance de dipl�mes d�universit�, ou encore des formations conduisant � des dipl�mes nationaux. A noter, les services universitaires de formation continue ont �t� le lieu d�exp�rimentation de nouveaux domaines, contenus et modalit�s de formation, comme les formations transversales, la validation des acquis de l�exp�rience, les formations � distance, etc... Lille I se dit � la premi�re universit� fran�aise pour la formation continue �, avec 12 millions d�euros de chiffre d�affaires (40% de financement priv�, 60% de financement public).

Contrats d�alternance pour les �tudiants
Ces contrats peuvent prendre plusieurs formes, dont l�apprentissage. Dans tous les cas, l��tudiant alterne des p�riodes dans l�entreprise et en formation. Le Medef, pour qui l�insertion des jeunes est � une de (ses) pr�occupations majeures �, sensibilise les chefs d�entreprise � ce type de contrats, cherche � � professionnaliser les tuteurs et formateurs �. La partie dite th�orique de l�apprentissage peut se faire � l�universit�, dans une fili�re professionnelle, et d�boucher sur un dipl�me. L�universit�, bien que n�intervenant pas en r�gle g�n�rale dans l�apprentissage, d�finit alors les formations et choisit de d�livrer le dipl�me ou non. L�universit� de Cergy-Pontoise, qui propose quinze formations accessibles par apprentissage et a accueilli cette ann�e 229 apprentis, met ainsi un point d�honneur � ce que � l�apport de l�apprentissage � ne se fasse pas � au d�triment de la valeur acad�mique du dipl�me pr�par� �.
Le gouvernement a justement l�intention de relancer la formule de l�apprentissage, alors que le nombre d�adeptes stagne, et d��largir son acc�s en particulier aux �l�ves de l�enseignement g�n�ral de tous niveaux.

Programmes universitaires � l��tranger
Paris I par exemple s�est associ�e � un consortium d�entreprises qui financent un programme en �conomie et gestion en Argentine. A l�origine, le but �tait que les enfants des expatri�s puissent suivre des �tudes en fran�ais. Une partie des enseignements est assur�e par des professeurs de la Sorbonne et les dipl�mes d�livr�s sont ceux de Paris I.

Contrats de recherche et valorisation de la recherche
� Nous travaillons avec le monde socio-�conomique sp�cialement dans le cadre de contrats de recherche, de prestations aux entreprises, de conventions CIFRE (th�ses en entreprise), dans notre politique de protection de la propri�t� intellectuelle (brevets, licences), lorsque nous mettons en place des laboratoires communs pour rapprocher les recherches publique et priv�e et que nous aidons � la cr�ation de start-up � partir des r�sultats de la recherche �, en �tant associ� � un incubateur, expose Fran�oise B�valot, pr�sidente de l�universit� de Franche-Comt� et membre de la commission recherche de la Conf�rence des pr�sidents d�universit� (CPU). � A notre sens, l�activit� de valorisation de la recherche est une mission de service public au m�me titre que la recherche de base. Il s�agit de faire transf�rer les technologies vers la soci�t�. Mais attention, ce n�est pas le priv� qui passe les commandes �, souligne-t-elle. En janvier dernier, l�universit� de Franche-Comt� s�est dot�e d�un SAIC (service d�activit�s industrielles et commerciales, formule cr��e par un d�cret d�avril 2002) qui prend en charge les op�rations administratives et financi�res entre les unit�s de recherche et les partenaires industriels.
Des chiffres : � l�universit� de Poitiers, plus de 300 contrats sont sign�s chaque ann�e pour ses laboratoires, ce qui g�n�re un chiffre d�affaires sup�rieur � 11 millions d�euros. A Paris 6, le nombre de contrats et conventions conclus annuellement s��l�ve � plus de 400, pour plus de 17 millions d�euros de chiffre d�affaires.

Toutes les universit�s n�en sont pas au m�me point d�avancement dans ces diff�rentes formes de coop�ration possibles, et certaines ne s�y pr�tent pas, comme les facs de lettres et de sciences sociales. Les entreprises elles-m�mes sont diff�remment impliqu�es � les PME-PMI peu. Il faut donc tenir compte de ces r�alit�s et trouver un �quilibre des relations entreprises-universit� par secteurs.

Des garde-fous peuvent �tre pos�s : la vocation de service public de l�enseignement et de la recherche doit demeurer, et les formations r�pondre aux besoins de la soci�t� comme au d�veloppement socio-�conomique et culturel. La Conf�rence des pr�sidents d�universit�, par la voix de Pascal Level, 3e vice-pr�sident charg� de la p�dagogie et de la formation continue, parle de professionnalisation : � Notre vision universitaire est plut�t la formation de jeunes capables de s�ins�rer rapidement, dot�s d�outils et de m�thodes d�analyse pour suivre des carri�res compl�tes et rendre les services attendus. Professionnalisation est un terme marquant. Nous communiquons plut�t sur l�employabilit�, terme plus g�n�rique, plus intellectuel, qui correspond plus � notre philosophie. �

Christophe Angeli et Alison Cartier
2004-07-02

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