Une désaffection inégale pour les filières scientifiques




En Grande-Bretagne, les plus éminents scientifiques ont critiqué fin octobre le gouvernement qui surestimerait selon eux le nombre de diplômés en sciences, masquant par là le déclin de ces matières. Plus exactement, les étudiants en sciences du sport et psychologie notamment seraient décomptés comme des étudiants en sciences, ce qui ferait croire à une hausse des effectifs.

En France, on s’interroge aussi. «Dans une économie de la connaissance, le vivier de diplômés en science et technologie devient un enjeu majeur dans la compétition internationale» : le Centre d’analyse stratégique (ex-Commissariat général du Plan) pose l’enjeu dans une note publiée mi-octobre, intitulée « La France souffre-t-elle d’une désaffection de ses étudiants pour les filières scientifiques ? » (1) La réponse est nuancée : les effectifs dans ces filières baissent depuis 1995, mais cette désaffection ne concerne que certains 1ers cycles à l’université.

En réalité, « la plupart des pays de l’OCDE (2) ont connu depuis le début des années 90 une forte croissance du nombre d’étudiants dans les formations supérieures, y compris dans les filières scientifiques », en raison d’un plus large accès à l’enseignement supérieur, de la hausse du nombre de filles (40%) et d’étudiants étrangers dans ces filières, selon cette note. Cependant, le poids (part relative) des filières scientifiques et technologiques par rapport aux autres filières (sciences humaines, économie…) a reculé durant la même période.

Les étudiants français à la traîne

La France est davantage touchée : les effectifs dans les filières sciences des universités ont diminué de 6% entre 1995 et 2000, et de 3% entre 2000 et 2005. Et cela, dans un contexte d’érosion de la population étudiante fréquentant les universités, à partir de 1996 et jusqu’en 2002.

La désaffection pour les sciences est davantage marquée en 1er cycle (-2,9% en 2005, -9,1% en 2004). La filière santé est épargnée (+6% d’étudiants en 2006 sur l’ensemble des cursus), ainsi que les IUT (stables). CPGE et STS sont eux à la hausse. Les 2e cycles universitaires ont accueilli un même nombre d’étudiants entre 1995 et 2005, grâce aux flux venant des IUT et d’autres formations. De même pour les 3e cycles (+2,2% en 2006), où s’inscrivent des ingénieurs et des étudiants étrangers.

Toutes les disciplines ne sont cependant pas pareillement marquées : les sciences de l’ingénieur sont en forte croissance (notamment + 200% pour l’informatique entre 1995 et 2000), à l’inverse des sciences physiques (-46%) et des mathématiques.

Défi pour tous les 1ers cycles

La baisse de régime des 1ers cycles trouve son origine chez les bacheliers, en particulier les S dont le nombre est quasiment stable depuis 1996. Le taux de poursuite de ces bacheliers dans les filières sciences est passé de 39,9% à 22,8% entre 1995 et 2005, alors que celui des bacheliers généraux a chuté de près de moitié sur la même période (de 19,7 à 11,7%).

Selon l’auteur de l’étude, la désaffection pour les filières scientifiques « reflète une préférence de plus en plus nette des étudiants pour les filières sélectives et professionnalisantes, à effectifs réduits, avec un taux d’encadrement élevé et délivrant des diplômes reconnus ». Ce manque de succès des sciences constitue « peut-être un signal d’alerte pour l’ensemble des 1ers cycles universitaires et pose ainsi un défi aux filières les plus généralistes ».

NB :

(1) http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/noteveille30.pdf
(2) Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe 30 pays développés.

13/11/2006
Alison Cartier
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