Quel positionnement pour les écoles de journalisme nouvellement reconnues?


En l’espace de six ans, le nombre de formations en journalisme reconnues par la profession est passé de sept à douze. Jusque-là, cette reconnaissance était pourtant attribuée au compte-gouttes par la Commission nationale paritaire de l'emploi des journalistes (CNPEJ), en fonction de dix critères répondant aux besoins du métier. Pour ces nouveaux venus (EJT, EJCM, masters de l’ICM et de l’IFP, DUT de l’IUT de Lannion), il s’agit avant tout d’une étape dans leur développement, qui n’induit pas nécessairement une concurrence frontale avec les établissements bénéficiant de ce label depuis plus longtemps.



Quel positionnement pour les écoles de journalisme nouvellement reconnues?
Y a-t-il trop de formations en journalisme ? « Les chiffres des entrants dans la profession continuent d'afficher un pourcentage minoritaire de personnes sortant de formations reconnues. Et si l'on part du principe qu'une formation adéquate améliore les compétences, il n'y a pas de problème à étendre la formation. Quant aux difficultés économiques, elles ne sont pas propres au journalisme », explique Béatrice Damian-Gaillard, responsable pédagogique au sein de l’IUT de Lannion. «C’est à nuancer», précise Arnaud Noblet, qui occupe la même fonction au master de l’Institut de la Communication et des Médias (ICM) de l’université Stendhal de Grenoble. « Le nombre de cartes de presse a tendance à augmenter, cela dilue un peu plus le pourcentage des journalistes issus de formations reconnues. Mais c’est un faux problème, les écoles sont un gage de qualité et les étudiants qui en sont issus éprouvent moins de difficultés que les autres quelle que soit la conjoncture.»

Une école par région

Les formations récemment reconnues par la profession estiment ainsi avoir pleinement leur place parmi les écoles de journalisme. Et cela, d’autant que les différents établissements ne sont pas forcément en concurrence directe. « Il ne serait pas judicieux de nous positionner sur le même créneau que l’ESJ », souligne Arnaud Noblet, « nous essayons de faire comprendre à nos étudiants qu’il vaut mieux travailler pour une télévision locale ou pour la presse quotidienne régionale (PQR), où l’on est très vite responsabilisé, que de s’échiner à intégrer les médias nationaux, actuellement saturés. Cela peut être un avantage par rapport à certaines écoles reconnues depuis longtemps qui ont pris des habitudes de placement dans les grands médias et en souffrent aujourd’hui. » Même son de cloche à l’IUT de Lannion : «Nous nous concentrons effectivement sur les médias locaux. Les professionnels avec qui nous mettons en place notre projet de formation en sont d’ailleurs souvent issus, ce qui favorise l’insertion de nos diplômés.»
Cette dimension régionale a été prise en compte dans l’attribution du label «formation reconnue par la profession ». « Il y a une logique territoriale derrière les reconnaissances », explique ainsi Arnaud Noblet, « globalement, à part en Île-de-France, on trouve une école par région, ce qui évite de se marcher sur les pieds et permet à chacun de cultiver son pré carré. La région Rhône-Alpes, où l’ICM est implanté, offre un panel intéressant de journaux, de radios, ou encore de TV locales. » Les médias régionaux ne sont cependant pas l’arme absolu contre la précarité. «Il y a plus de possibilités qu’au niveau national, c’est vrai, mais la PQR aussi connaît des difficultés», reconnaît Arnaud Noblet.

Un label contre la précarité ?

La conjoncture économique reste la première préoccupation des différentes écoles de journalisme. Dans ce cadre, la reconnaissance par la profession, si elle ne solutionne pas le problème, offre de nouvelles possibilités. « Ca ne se sent pas immédiatement », se rappelle Benoît Deschot, étudiant à l'EJT alors que l'école venait d'être reconnue : « il faut le temps que l’information se diffuse. Mais c’est sûr que ça ouvre des portes, notamment dans les grandes maisons comme France 2, TF1 ». Et Arnaud Noblet de renchérir : « De toute façon, pour que les étudiants obtiennent un stage de fin d’étude ou un CDD à France 3, à Radio-France, ou encore pour participer à certaines bourses, il faut que l’école soit une formation reconnue ». Le label « apporte un net gain en terme d’image tant chez les professionnels que chez les étudiants, on le voit notamment avec l’augmentation des candidatures », ajoute Béatrice Damian-Gaillard.
Pour une formation de qualité, spécifiquement orientée vers le journalisme, la reconnaissance par la profession est donc une étape nécessaire, mais également logique. « Si nous avons insisté pour que notre master soit reconnu, c’est d’abord parce qu’il méritait de l’être », explique Rémy Rieffel, directeur du master de journalisme de l’IFP (1). Fort d’un corps de formateurs dont plusieurs membres ont été impliqués dans des formations de journalisme à l’étranger et qui sont pour la plupart des spécialistes universitaires de la presse écrite et audiovisuelle, ce master met l’accent sur la sociologie des médias, leur économie ou encore le droit de la presse. Une approche originale dans un milieu où l’on privilégie souvent la technicité et la polyvalence. Face à un univers médiatique en pleine évolution, la diversité des formations et des approches est peut-être tout à la fois un atout et un aiguillon pour une profession qui se cherche actuellement de nouveaux repères.

NB :


19/06/2006
David Allais
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