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Les accréditations servent davantage les directeurs d’écoles que les étudiants


Les labels EQUIS, AACSB ou AMBA servent avant tout les intérêts des directeurs d’écoles. Les candidats et étudiants se désintéressent de ce qui leur est pourtant présenté comme des labels de qualité. Cette thèse qui peut paraître audacieuse ressort des travaux de Benoît Cret, doctorant au Centre de sociologie des organisations (1). Il a aussi constaté que les directeurs de grandes écoles de commerce souhaiteraient sortir de la logique d’accumulation des accréditations.



Le 27 février, l’Institut Commercial de Nancy (ICN) a communiqué tous azimuts pour faire savoir qu’il venait de décrocher le label européen Equis. L’ICN, qui a obtenu cette accréditation en même temps que le Ceram de Sophia-Antipolis, est ainsi devenu le 105ème établissement labellisé dans le monde et le 18ème en France.

Ce label atteste de la qualité d’une institution dans son ensemble, en fonction de critères comme son degré d’internationalisation, la qualité de sa recherche et de ses programmes de formation continue, ainsi que ses liens avec le monde professionnel. Il n’est cependant pas délivré par une organisation publique nationale ou européenne, mais par la European Foundation for Management Development (EFMD). Un organisme privé à but non lucratif, basé à Bruxelles, qui se finance grâce aux cotisations que lui versent ses membres. Lesquels sont, pour l’essentiel, des écoles de commerce et quelques entreprises.

La guerre des labels

Initialement, l’EFMD avait un rôle de « réseautage » (mise en réseau) et organisait des conférences et salons pour que ses membres puissent se rencontrer et échanger sur divers sujets ayant trait au management et à l’enseignement commercial. Ce n’est qu’en 1997 que la fondation s’est lancée dans la délivrance d’un label intitulé Equis. Et ce, au moment où l’AACSB (Association to Advance Collegiate Schools of Business) américaine cherchait justement à exporter son propre label « AACSB » en Europe, après avoir plus ou moins épuisé le filon aux Etats-Unis où plusieurs centaines d’écoles de commerce étaient déjà accréditées. « C’est à ce moment-là qu’a commencé la guerre des labels entre les deux organismes », relate Benoît Cret, qui mène depuis quatre ans des recherches sur les agences d’accréditation. « Les deux agences ont alors entamé une course pour être les premières à accréditer les écoles les plus prestigieuses en Europe, notamment en Grande-Bretagne, en France et en Hollande ». A l’époque les deux agences ne souhaitaient pas attribuer leur label à une école qui avait déjà celui de sa concurrente. C’est ainsi qu’en France l’Essec s’est retrouvée avec l’accréditation AACSB, tandis que HEC a obtenu Equis.

« Le premier groupe d’écoles pilotes qui ont obtenu Equis a fixé les règles du jeu », explique Benoît Cret. En effet, ces écoles (2) ont co-défini les critères d’attribution avec l’organisme dont elles étaient membres et ont également financé la construction du label. De son côté, l’Essec a aidé l’AACSB à adapter ses critères d’accréditation au marché européen. « Au départ l’AACSB était venue en Europe avec des critères très quantitatifs, maintenant l’organisme vérifie plutôt l’adéquation entre les ressources et la stratégie », résume le jeune chercheur.

Des outils au service du management des écoles

Aujourd’hui, outre les dix-huit écoles accréditées Equis, onze écoles sont accréditées par l’AACSB en France, de l’Insead à l’ESC Clermont. Enfin, douze établissements français ont obtenu le label de l’Association anglaise des MBAs (AMBA) pour leur programme MBA (les écoles de commerce, mais aussi l’IAE d’Aix, l’ENPC et l’IEP de Paris). Officiellement, ces labels sont supposés servir de signaux de qualité pour l’ensemble des partenaires d’une école de commerce : les candidats, les étudiants, les enseignants, les entreprises…Au sein des écoles, les directions présentent les accréditations plutôt comme des instruments permettant d’améliorer l’image de l’établissement auprès des candidats. Mais il ressort des recherches menées en France et en Grande-Bretagne par Benoît Cret que « les étudiants ne posent jamais de questions sur les accréditations. Ils sont les derniers concernés par ces labels ».

Selon lui, les processus d’accréditation auraient comme utilité première de fonctionner comme des leviers de changement pour les écoles. En effet, un établissement qui veut décrocher une accréditation Equis ou AACSB doit s’adapter aux critères et souvent transformer son organisation : affecter davantage de moyens à la recherche par exemple, modifier le nombre et les profils des professeurs recrutés, ou bien encore changer la structure des programmes pour les internationaliser davantage. Dans ce cadre, les directeurs d’école ou de programme disposent avec ces labels d’un outil de choix pour imposer le changement dans l’organisation, ou du moins pour en faire valoir la nécessité avec plus de force auprès de la maison-mère, c’est-à-dire de l’université ou de la chambre de commerce, selon que l’on se trouve en Angleterre ou en France. En interne, la quête du label sert aussi à mobiliser les équipes enseignantes ou administratives autour d’un projet commun.

Sortir de la logique de cumul

Des directeurs d’établissements ont confié à Benoît Cret leur vœu d’échapper à la logique des accréditations. Non pas en raison de leur coût (2), somme toute acceptable par rapport au budget global des grandes écoles, mais parce que l’effet recherché initialement – faire pression sur les parties prenantes à l’organisation (stakeholders) – ne fonctionne plus. En outre, de plus en plus d’écoles sont accréditées : les afficher commence à devenir contre-productif, car l’effet de distinction a laissé place à un effet de banalisation. Du coup, se distinguer aujourd’hui consisterait presque pour ces écoles de commerce à ne pas se faire accréditer.

De leur côté, les agences d’accréditation essayent de s’internationaliser en Asie, et dans le cas d’Equis en Amérique du Nord. L’EFMD essaye, par ailleurs, de développer un nouveau label pour les universités d’entreprises (CLIP ou Corporate Learning Improvement Process). Quant à l’Association of MBAs (AMBA), elle veut désormais accréditer les programmes masters avec son label PEMM (pre-experience masters in general management). Les agences pourraient également chercher à se développer davantage en dehors du management, leur domaine d’origine. En effet, la construction d’un espace européen d’enseignement supérieur, tel qu’il a été défini dans le processus de Bologne, fait mention du rôle des agences d’accréditation comme moyen pour s’assurer de la qualité de l’enseignement, y compris et surtout public. En France, Dauphine et Sciences Po se sont ainsi intéressés au label Equis, sans aller jusqu’au bout de leur démarche.

NB :

(1) Le CSO dépend tout à la fois du CNRS et de Sciences Po.
(2) Dont la Bocconi, HEC Paris, IESE, IMD, INSEAD, ESADE, London Business School et Rotterdam School of Management.
(3) Les coûts directs (c’est-à-dire hors impact des éventuelles réorganisations requises pour prétendre au label, hors coûts des consultants, et hors cotisation annuelle à l’organisme) étaient, en 2007, de 31 200 euros dans le cas d’Equis et de 18 600 dollars (14 000 euros) + 3 800 dollars (2 900 euros) par an pour AACSB

Pierre-Alban Pillet
13/03/2007
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Jip le 15/03/2007 15:19

Le ton de cet article est surprenant à plusieurs égards.
1) Quand Benoit Cret dit que « les étudiants ne posent jamais de questions sur les accréditations. Ils sont les derniers concernés par ces labels », il serait intéressant de voir sur quelle enquête auprès des candidats potentiels il fait reposer son affirmation.
2) D'autre part il ne faut pas oublier que les labels d'accréditation sont des signaux qui s'adressent autant au marché amont, les candidats, qu'au marché aval, les employeurs.
3) Le titre de l'article, et l'affirmation selon laquelle "les processus d'accréditation auraient comme utilité première de fonctionner comme des leviers de changement pour les écoles" relèvent du faux scoop. Car les systèmes d'accréditation ont été fondamentalement créés pour améliorer la qualité des établissements. Faut-il rappeller qu' "Equis" veut dire "European Quality Improvement System" ?
4) La stigmatisation du caractère "privé" des agences et des écoles reflète une idéologie bien particulière et uniquement franco-française. D'un point de vue international, on constate qu'il y a de bon et de mauvais établissements publics et de bons de mauvais établissements privés. Et dans beaucoup de pays le controle de qualité à la française, c'est à dire étatique, n'est pas du tout vu comme une garantie d'indépendance intellectuelle et d'objectivité scientifique. Ainsi pourrait-on évoquer la reconnaissance automatique comme Master de toutes les formations universitaires de gestion, y compris celles dont l'enseignement ne comporte pas un seul professeur de gestion, alors que les écoles, y compris les plus reconnues internationalement se sont vues disputer ce droit. Il convient de rappeller que la majorité des établissements accrédités par les trois systèmes, y compris en France, sont publics.
5) L'annonce selon laquelle "Les agences pourraient également chercher à se développer davantage en dehors du management" est étonnante car on ne peut se "développer davantage" que dans une direction qu'on a déjà prise. Or il n'en est rien. Les trois agences restent strictement dans le domaine du management. Et l'article ne donne aucun élément permettant de penser le contraire, sauf des cas... de formations françaises en management.
Un peu de rigueur ne nuit pas...

2.Posté par Rédaction le 15/03/2007 16:42

Bonjour, et merci pour votre commentaire.

Concernant vos remarques : il n'y a pas de stigmatisation du caractère "privé" des agences, comme vous l'écrivez. Nous signalons simplement que l'EFMD est "un organisme privé à but non lucratif" et non un organisme étatique. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une précision qui peut aider à la compréhension des enjeux.

Nous signalons à la fin de l'article que "le processus de Bologne, fait mention du rôle des agences d'accréditation comme moyen pour s'assurer de la qualité de l'enseignement, y compris et surtout public". C'est pourquoi nous avons écrit que ces agences pourraient (au conditionnel, dans ce contexte) "chercher à se développer en dehors de leur domaine d'origine". Ce n'est pas le cas actuellement.

Concernant les autres points, ils relèvent des travaux approfondis de recherche de M. Cret effectués dans le cadre du Centre de Sociologie des Organisations, rattaché à Sciences-Po et au CNRS, et nous ne pouvons répondre à sa place.


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