"Les réformes dans l'enseignement supérieur tendent à rapprocher le système français des modèles étrangers", juge Bernard Bobe, qui se félicite de cette "atténuation de l'exception française". Celle-ci est constituée par une "double dichotomie": enseignement supérieur et recherche d'une part, grandes écoles et universités d'autre part. Ce modèle "a marché jusque dans les années 1970" mais semble à bout de souffle. "Les bons étudiants et les bons profs ne sont pas ensemble. Et dans les écoles, les étudiants ne sont pas confrontés à la recherche sauf rares exceptions!", s'exclame-t-il, y voyant une des causes du manque d'innovation en France.
Mûrisseries de bananes
De même pour Pierre Veltz, spécialiste des écoles d'ingénieurs, "ce qui ne va pas, c'est la contribution des établissements à l'innovation, à la recherche et à l'insertion de la France dans un système concurrentiel généralisé". Il compare les écoles à des "mûrisseries de bananes", formant les élèves sur le même moule et ne les incitant pas à la prise de risque, caractéristique des entrepreneurs. Normal, ajoute-t-il, puisque dans les sociétés qui les recrutent les directeurs des ressources humaines souffrent d'un "syndrome assurantiel", prenant d'excessives garanties sur les diplômes, qui fonctionnent comme des labels. Les universités sont les laissées-pour-compte de ce système, remarque l'auteur de "Faut-il sauver les grandes écoles".
De son côté, Bernard Bobe note que la formation des jeunes a été remise en cause à chaque besoin de sursaut national: après la défaite de 1870, au moment du Front Populaire, après la Seconde guerre mondiale, lors de l'alternance de 1981... "Il nous faut aujourd'hui une révolution tranquille", estime celui qui veut "désoviétiser l'enseignement supérieur et son centralisme jacobin". La loi Goulard sur la recherche en 2006 et la loi sur l'autonomie des universités (LRU) "sont les deux premières marches d'un escalier qui en comporte un nombre non encore défini", selon lui. Les PRES (pôles de recherche et d'enseignement supérieur créés par la loi Goulard) relèvent-ils cependant d'une "vraie volonté de réforme ou ajoute-t-on une couche supplémentaire au millefeuille ?", s'interroge Bernard Bobe, soucieux vis-à-vis de "l'éclatement du système", entre 86 universités, une dizaine d'établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST comme le CNRS, l'Inserm...), une quinzaine d'établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) liés à la recherche (CEA, Ifremer...) et des tutelles éparpillées. Cette complexité est proprement "ingérable et illisible".
De son côté, Bernard Bobe note que la formation des jeunes a été remise en cause à chaque besoin de sursaut national: après la défaite de 1870, au moment du Front Populaire, après la Seconde guerre mondiale, lors de l'alternance de 1981... "Il nous faut aujourd'hui une révolution tranquille", estime celui qui veut "désoviétiser l'enseignement supérieur et son centralisme jacobin". La loi Goulard sur la recherche en 2006 et la loi sur l'autonomie des universités (LRU) "sont les deux premières marches d'un escalier qui en comporte un nombre non encore défini", selon lui. Les PRES (pôles de recherche et d'enseignement supérieur créés par la loi Goulard) relèvent-ils cependant d'une "vraie volonté de réforme ou ajoute-t-on une couche supplémentaire au millefeuille ?", s'interroge Bernard Bobe, soucieux vis-à-vis de "l'éclatement du système", entre 86 universités, une dizaine d'établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST comme le CNRS, l'Inserm...), une quinzaine d'établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) liés à la recherche (CEA, Ifremer...) et des tutelles éparpillées. Cette complexité est proprement "ingérable et illisible".
Assez des réseaux, plus d'acteurs
Pierre Veltz "ne s'y retrouve plus" non plus. Il a fait sien le slogan "assez des réseaux, plus d'acteurs", même s'il a échoué à fusionner les Mines, les Ponts et l'ENSTA du fait de la résistance des grands corps. "Les établissements ont du mal à prendre des décisions stratégiques et pourtant ils n'ont pas beaucoup d'excuses", assène-t-il. Ce qui lui paraît "aveuglant" c’est le problème de la taille des établissements. "Si on veut se remettre sur la frontière technologique, on ne peut rester avec des micro-machins stériles", explique-t-il, comparant les promotions françaises de 100 à 150 ingénieurs aux cohortes de l'Ecole Polytechnique de Lausanne ou du MIT, composées de 1.500 à 2.000 diplômés par an. "Les regroupements permettent des économies d'échelle en matière d'équipements notamment", souligne M. Veltz, songeant aux hautes technologies. Et en termes de visibilité, la formule "the winner takes all" est de mise: "les hubs sont gagnants".
Des idées à foison, Bernard Bobe n'en manque pas non plus: constatant que "depuis un siècle on n'arrive pas à supprimer les grandes écoles", il prône leur "transformation" et leur intégration dans de "vraies universités" à l'image de celles d'Heidelberg, Cambridge, Princeton ou encore Bruxelles. Il a adopté les sept critères que doit remplir un "pôle universitaire et de recherche pour prétendre à l'excellence mondiale", aux yeux de l'Institut Montaigne: masse critique de chercheurs et d'étudiants, unité géographique, sélection, pluri-disciplinarité, continuité enseignement supérieur-recherche, liens étroits avec l'industrie, gouvernance efficiente. "Les réformes conduites depuis deux ans vont dans ce sens", approuve-t-il, demandant un vote du Parlement sur une politique à vingt ans en la matière. Internationaliser le corps professoral, instaurer une liberté de rémunération des enseignants, supprimer le Conseil national des universités, qui recrute et suit la carrière des enseignants-chercheurs, remettre à plat le baccalauréat, fonder de véritables écoles de la deuxième chance, à l'instar de l'Open University britannique, lui paraissent également nécessaires.
Pierre Veltz met aussi l'accent sur le besoin de diversité sociale dans les établissements, une idée "difficile à faire partager dans les écoles d'ingénieurs", témoigne-t-il. Il a même observé un "resserrement de l'origine sociale" des étudiants dans le temps. "Les jeunes ingénieurs ont beaucoup voyagé, ils vivent dans un univers international, mais le revers est qu'ils ont une vision dépréciative de l'espace national", relate-t-il. La diversité ne relève pas que "d'un problème d'équité sociale", c'est aussi "une question de biodiversité génétique", compare-t-il de façon osée.
Des idées à foison, Bernard Bobe n'en manque pas non plus: constatant que "depuis un siècle on n'arrive pas à supprimer les grandes écoles", il prône leur "transformation" et leur intégration dans de "vraies universités" à l'image de celles d'Heidelberg, Cambridge, Princeton ou encore Bruxelles. Il a adopté les sept critères que doit remplir un "pôle universitaire et de recherche pour prétendre à l'excellence mondiale", aux yeux de l'Institut Montaigne: masse critique de chercheurs et d'étudiants, unité géographique, sélection, pluri-disciplinarité, continuité enseignement supérieur-recherche, liens étroits avec l'industrie, gouvernance efficiente. "Les réformes conduites depuis deux ans vont dans ce sens", approuve-t-il, demandant un vote du Parlement sur une politique à vingt ans en la matière. Internationaliser le corps professoral, instaurer une liberté de rémunération des enseignants, supprimer le Conseil national des universités, qui recrute et suit la carrière des enseignants-chercheurs, remettre à plat le baccalauréat, fonder de véritables écoles de la deuxième chance, à l'instar de l'Open University britannique, lui paraissent également nécessaires.
Pierre Veltz met aussi l'accent sur le besoin de diversité sociale dans les établissements, une idée "difficile à faire partager dans les écoles d'ingénieurs", témoigne-t-il. Il a même observé un "resserrement de l'origine sociale" des étudiants dans le temps. "Les jeunes ingénieurs ont beaucoup voyagé, ils vivent dans un univers international, mais le revers est qu'ils ont une vision dépréciative de l'espace national", relate-t-il. La diversité ne relève pas que "d'un problème d'équité sociale", c'est aussi "une question de biodiversité génétique", compare-t-il de façon osée.

Vie universitaire
Le modèle français en question avec Pierre Veltz et Bernard Bobe

