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La situation des apprentis-chercheurs, vue par les principaux interessés
Les difficultés rencontrées par les jeunes thésards au sein de l’université française sont bien connues : isolement, professeurs peu scrupuleux qui acceptent parfois de diriger plusieurs dizaines de doctorants, manque de ressources financières des apprentis-chercheurs et parfois absence de débouchés en fin de parcours.
Au début des années 90 les écoles doctorales avaient été mises en place pour tenter de remédier à ces maux en créant une entité fédératrice. Mais bien souvent la sous-structure s’est noyée dans l’université.
Il suffirait pourtant d’alerter les étudiants en master de recherche sur les conditions et débouchés offerts aux thésards pour aider ceux-ci à mieux s’orienter. Car pour l'instant seule une minorité obtient finalement un poste de maître de conférence. Sachant que les opportunités de reconversion sont souvent limitées pour ces thésards, surtout en lettres et sciences humaines, ne faudrait-il pas que le débouché professionnel constitue un projet en soi, plutôt qu’une éventualité ?
Nous avons interrogé deux doctorants et un jeune chercheur, dont les profils se situent aux antipodes les uns des autres, pour connaître leur vision de cet environnement.
Est-ce que votre engagement dans le monde de l’enseignement et de la recherche correspond pour vous à un projet réfléchi sur le plan professionnel ?
« Oui », répond d’emblée Céline, thésarde en Droit au sein de Paris II qui avait, dit-elle, une vocation pour la recherche. « Je ne voulais toutefois pas me fermer de porte en m'engageant dans une voie menant exclusivement à l'enseignement, c’est pourquoi j’ai choisi le droit, une matière qui ouvre des portes dans l'enseignement, mais également dans les cabinets d'avocats et mêmes les banques.… », précise-t-elle.
A l’inverse, Marlène, thésarde en histoire, s’est passionnée pour son sujet avant de penser aux éventuels débouchés. « En histoire contemporaine, il semble qu'il y ait un poste de maître de conférence pour 70 candidats en France », constate-t-elle amère.
Quelle stratégie mettez-vous en œuvre pour atteindre votre but ?
« Mon objectif est de faire une thèse en économie aux Etats-Unis d’ici à deux ans et de continuer à travailler à l’étranger », explique Arnaud, un diplômé de HEC, devenu research associate à l’Université de Hong Kong. Il poursuit actuellement des activités de recherche appliquée à des secteurs économiques chinois après avoir travaillé deux ans à BNP Paribas Hong Kong. Sa stratégie passe par l’étranger et des allers-retours entre monde du travail et monde universitaire. « La séparation rigide entre entreprise et recherche au cours d’une carière ne me semble pas pertinente », souligne-t-il.
« Pour réussir ma thèse, je me fixe des échéances, je garde à l'esprit les impératifs de temps pour la terminer en quatre ans. J'essaie aussi de garder des contacts en dehors de l'université, pour la suite. Je travaille dans la régularité, et je mets en application mes idées c'est-à-dire que je rédige ! J'évite d'avoir une autre activité à mi-temps comme le font certains. Ma stratégie pour la suite, c'est de me qualifier au barreau, de pratiquer en tant qu'avocate tout en postulant dans l'enseignement. Je n'ai pas envie de me lancer dans l'agrégation, je veux m'assurer un job », explique, quant à elle Céline, la thésarde de Paris II.
Quels sont les obstacles que vous rencontrez sur votre parcours ?
« Je ne me sens pas vraiment encouragée dans cette voie », explique la thésarde en histoire. « La thèse est un travail solitaire. On a beaucoup de mal à s'évaluer, et à évaluer ses chances pour la suite, quand le directeur de thèse ne le fait pas bien. Celui-ci n'est pas très présent en moyenne. Il y aussi le problème du financement » ajoute Céline. « A Hong Kong, il faut obtenir un visa pour travailler et donc justifier de ce qu’on apporte en plus par rapport à un ressortissant local, ce qui a été un obstacle dans mes recherches d’emploi », témoigne Arnaud.
Y a-t-il quelque chose à améliorer dans le système tel qu'il fonctionne actuellement, et si oui, quoi ?
« En lettres et sciences humaines, les chercheurs sont trop lâchés dans la nature. Ils travaillent à leurs recherches, mais sont totalement en dehors du monde du travail. Cette situation est encore aggravée quand l'étudiant a la chance de bénéficier d'une allocation de recherche ! Ce qui est mon cas. Bien souvent ces allocations sont réservées en priorité à des étudiants non salariés, ce qui n'encourage pas à trouver un job.... Il faudrait surtout encourager les rencontres entre les chercheurs qui ont des thèmes communs afin d'éviter que chacun ne travaille dans son coin », regrette Marlène.
« Le système devrait être plus sélectif, à l'issue du DEA. Ainsi, il y aurait moins de gens sans financement. L’encadrement devrait également être renforcé et les doctorants devraient bénéficier d’un vrai statut, comme cela existe dans certains pays étrangers », selon Céline.
Quant à Arnaud, il estime que « les chercheurs français votent avec leurs pieds en quittant leur pays ». « Pour que les chercheurs soient un peu moins attirés par l’étranger, il faudrait les payer davantage. Pourquoi des pays très libéraux sur le plan économique feraient autant d’efforts pour la recherche s’il n’existait pas un intérêt évident a moyen terme ? », interroge-t-il avant d’ajouter que « les chercheurs devraient également renoncer a l’emploi a vie et accepter d’être rémunérés sur la base de leurs résultats, au moins dans la recherche appliquée».
Par ailleurs, la séparation entre grandes écoles et universités ne lui semble pas pertinente car « illisible vue de l’étranger ». Ce système dual dilue les moyens financiers et séparent les bons éléments des grandes écoles du monde de la recherche essentiellement logée à l’université, explique-t-il en substance. « Un système qui ne permettra ni aux universités, ni aux grandes écoles françaises, de monter dans les classements internationaux au moment où la concurrence asiatique va se faire sentir de plus en plus durement », prévient-il.
Propos recueillis par P-A. Pillet et A. Cartier
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