S'attendait-il à une telle levée de boucliers? En envoyant le 15 avril à la Commission des titres d'ingénieur (CTI) une proposition de rapprochement, le président de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES, Jean-François Dhainaut, a fait bloc contre lui. C'est une "absorption pure et simple de la CTI dans l'AERES", a dénoncé le président de la CTI, Bernard Remaud. La commission, fondée en 1934, "est indépendante de par la Loi" et "maîtresse de sa doctrine, de ses critères et de ses procédures", a rappelé la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs. Le Bureau national des élèves ingénieurs a critiqué une "mise sous tutelle" proprement "inacceptable", qui montre à l'égard de la CTI "un certain dédain envers la qualité de son travail, la modernité de sa composition (large et paritaire), et plus généralement sa compétence dans l’évaluation globale des formations d’ingénieurs". La CTI tient compte "structurellement de l'avis des entreprises qui recrutent et de l'employabilité des diplômés", une spécificité "enviée au-delà des frontières", a souligné la Conférence des grandes écoles (CGE), qui s'est dite prête à contribuer à ses besoins en financement. Cette insuffisance en moyens (humains et budgétaires) de la CTI a en effet été relevée par l'ENQA, l'association européenne d'assurance qualité, dans un audit récent. Enfin, le syndicat FO cadres a jugé que la "condamnation" pure et simple de la CTI par l'AERES "participe à l’affaiblissement de toute l’ingénierie en France".
Bernard Remaud, le président de la CTI
Que recherche au juste l'AERES, installée il y a à peine un an, et dont la mission est d’évaluer les formations et diplômes des établissements d’enseignement supérieur? Elle veut éviter le chevauchement de ses compétences avec celles de la CTI, mais aussi favoriser la "lisibilité" du système français à l'international, profiter des compétences de la commission, et encore unifier l'évaluation des écoles d'ingénieurs et de leurs unités de recherche. De son côté, la CTI fait valoir que son "absorption" est "en totale contradiction avec les dispositions législatives" qui la régissent, "confirmées par le Parlement en 2003 lors de la ratification du Code de l'Education". Elle remarque aussi qu'elle a d'autres missions que l'évaluation des enseignements, telle "la production d'avis et décisions concernant les écoles et formations d'ingénieurs". Qui s'en chargerait désormais?
Si une intervention politique semble inéluctable dans ce dossier, force est de rappeler que le président de la CTI n'a jamais été défavorable à un "rapprochement" avec l'AERES, rapprochement qu'il jugeait encore "indispensable" dans le journal d'informations de son organisme publié en avril. La concertation voulue depuis quelques mois pour parvenir à un compromis préservant une certaine autonomie "n'a pas fonctionné", prend-il acte.
Si une intervention politique semble inéluctable dans ce dossier, force est de rappeler que le président de la CTI n'a jamais été défavorable à un "rapprochement" avec l'AERES, rapprochement qu'il jugeait encore "indispensable" dans le journal d'informations de son organisme publié en avril. La concertation voulue depuis quelques mois pour parvenir à un compromis préservant une certaine autonomie "n'a pas fonctionné", prend-il acte.

Vie universitaire
La Commission des titres d'ingénieur se rebiffe face à l'appétit de l'AERES
