La C.C.I.P : un acteur majeur dans l’enseignement supérieur


Qui peut gérer douze écoles dans des domaines aussi divers que l'hôtellerie, l'horticulture, le cinéma d'animation ou la gestion, avec ESCP-EAP et HEC notamment ? C'est un établissement public, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), dirigé par des chefs d'entreprise élus et qui dispose pour ce faire d'un budget de 180 millions d'euros. Xavier Cornu, directeur général adjoint chargé de la formation au sein de la CCIP, présente dans un entretien à l'Observatoire Boivigny son rôle et ses ambitions pour l'enseignement supérieur.



Xavier Cornu, DGA en charge de la formation au sein de la CCIP
Quel rôle doit avoir la Chambre de commerce et d’industrie de Paris dans l’enseignement supérieur aujourd’hui ?

La formation est l’une des missions de la CCIP (1), inscrite dans la loi : nous y affectons un budget de 286 millions d’euros par an, dont environ 180 millions pour l’enseignement supérieur. Nous formons environ 14.000 personnes chaque année, dont 10.000 dans le supérieur. Nous avons une tradition pratiquement bicentenaire en la matière : l’ESCP a été créée en 1819, HEC en 1881… Dans ce domaine comme dans d’autres, notre vocation est de travailler avec les entreprises, pour les entreprises et ce, dès la création des programmes. Nous essayons d’anticiper les besoins de l’économie et de former des cadres opérationnels. Notre offre de formation se veut complémentaire de celle de l’Education nationale.
L’orientation est une question clé selon nous, c’est pourquoi nous avons organisé pour la première fois cette année la « Nuit de l’Orientation », car nous estimons qu’il nous faut à tout prix améliorer une situation qui conduit parfois les étudiants à des choix dramatiques pour leur avenir. Cela fait longtemps que la CCIP s’investit dans l’orientation des jeunes, en 2005 en particulier nous avions formulé toute une série de propositions pour améliorer l’orientation, et notamment pour rapprocher le système de formation des métiers.

Vous interdisez-vous de proposer des formations qui n’intéressent pas directement les entreprises ? Par exemple en science politique ou en histoire…

Non, ce sont des domaines que l’on peut aborder dans nos écoles. Nous produisons des savoirs pratiques et théoriques. Actuellement, notre priorité va à la recherche. Cet axe est inscrit dans les plans de développement de HEC et de l’ESCP-EAP. Par ailleurs, Advancia et Negocia ont des centres de recherche.

Aujourd’hui vous formez des commerciaux qui, pour une bonne part, vont travailler à l’étranger. Quelles sont, dans ces conditions, les retombées pour les entreprises de Paris et des autres départements que représente la CCIP (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) ?

L’économie est mondialisée, il nous faut donc des formations mondiales, sinon les Français n’étudieront plus en France. Nous travaillons par ailleurs à attirer des étudiants étrangers dans nos écoles, qui pourront par la suite être recrutés par des entreprises françaises ou, s’ils choisissent de retourner dans leur pays, devenir des ambassadeurs pour la France. De même, quand des étudiants français formés par nos soins partent à l’étranger, ils peuvent agir en ambassadeurs de notre pays. Cela concourt à améliorer la compétitivité et l’attractivité internationale de la France et donc sa position économique.

Comment organisez-vous la gestion de vos douze écoles ? Et notamment la répartition du budget entre les établissements ?

Ces écoles n’ont pas d’autonomie juridique, ce sont des services externes de la CCIP. Nous actualisons notre stratégie en matière de formations tous les trois à cinq ans, et nous fixons des priorités en la matière : ainsi en 2002, nous avions comme priorité l’enseignement supérieur de la gestion, en 2005, l’internationalisation et l’excellence…
A partir de ce cadre, chaque établissement doit construire son propre projet, lequel est débattu par les membres élus de la CCIP. Enfin, les établissements élaborent leur plan d’affaires à cinq ans. Le budget affecté à chaque établissement dépend donc de la stratégie globale définie par la CCIP, de la stratégie de chaque école, puis de toute une série d’indicateurs tels que le taux de placement des diplômés, les coopérations signées par l’établissement…

Quelles sont les synergies dégagées entre les douze écoles de la CCIP, notamment à l’international ?

Nous essayons de faire en sorte que les portes qui ont été ouvertes pour une école puissent s’ouvrir aux autres. Par exemple, lorsqu’une école de la CCIP signe un partenariat à l’étranger pour des échanges au niveau master, cela peut intéresser une autre de nos écoles au niveau bachelor (Licence). Ou quand Gobelins l’école de l’image (établissement qui prépare au cinéma d’animation, Ndlr) est sollicitée pour ouvrir une filiale à l’étranger, d’autres écoles, qui ont déjà cette expérience, peuvent l’y aider. Un autre exemple : les pôles européens de l’ESCP-EAP à Londres, Madrid, Berlin et Turin vont devenir des plateformes de formation sur lesquelles pourront travailler les autres écoles de la CCIP et notamment Advancia ou Negocia. Enfin, nous essayons de favoriser le partage des pratiques entre tous nos établissements : dans le développement du fundraising (collecte de fonds), de l’apprentissage, des chaires , de l’innovation pédagogique…

Vous avez récemment créé une chaire de recherche commune à HEC, ESCP, et Advancia : ce genre d’initiatives est-il appelé à se développer ? Y a-t-il notamment un projet de MBA commun entre HEC et l’ESCP-EAP ?

Nous voulons renforcer les passerelles entre les écoles. HEC, l’ESCP-EAP, l’ISTM (Institut Supérieur de Technologie et Management, Ndlr), Negocia et Advancia sont cinq écoles de commerce et de management positionnées à Bac +5 qui regroupent environ 10 000 étudiants, c’est un tout cohérent. Toutefois le MBA commun entre HEC et l’ESCP n’est pas une priorité. Nous y avons réfléchi, mais ce projet n’a pas abouti pour le moment.

Avez-vous les moyens de développer deux écoles de commerce qui ont une ambition internationale ? Avez-vous déjà réfléchi à une fusion entre l’ESCP-EAP et HEC ?

Oui, en 1999. Finalement le choix a été fait de fusionner l’ESCP et l’EAP, ainsi que HEC et le CPA (centre de perfectionnement des affaires). Nous estimons avoir les moyens de développer ESCP-EAP et HEC indépendamment, même si l’on pourrait être davantage aidé par l’Etat ou les collectivités territoriales dans cette mission.

Comment gérez-vous les éventuels conflits d’intérêt entre ces deux écoles qui évoluent sur les mêmes marchés ?

Il n’y a pas de conflits d’intérêt. Je réunis les deux directeurs fréquemment. Les deux établissements sont par ailleurs traités de manière équitable par la CCIP : nous participons à hauteur de 20% de leur budget dans les deux cas et investissons des sommes sensiblement similaires dans leur développement. Ainsi, après avoir investi près de 50 millions d’euros dans le développement de l’ESCP-EAP ces dix dernières années, nous participons désormais au plan de développement de HEC pour un montant similaire (le plan prévoit un investissement total de 120 millions d’euros entre 2005 et 2010, Ndlr).

Est-ce que le développement de fondations liées à ESCP-EAP et HEC signifie qu’à terme ces écoles pourraient prendre leur indépendance de la CCIP ?

Non, le développement de fondations ou de la collecte de fonds ne signifie pas que ces écoles vont prendre leur indépendance, la CCIP ne le souhaite d’ailleurs pas. En revanche, elles sont incitées à gagner en autonomie en ce qui concerne leur gestion quotidienne sur le plan des ressources humaines, de l’informatique, de la gestion budgétaire ou de la comptabilité. En outre, les fondations devraient progressivement prendre une part plus importante dans le financement des établissements. Nous avons professionnalisé notre approche de la collecte de fonds, nous sommes maintenant prêts.

Est-ce que vous pensez mettre en place des formations au niveau bachelors (Licence) dans ces écoles, qu’elles puissent également recruter après le Bac ?

Nous réfléchissons au sujet, mais nous croyons avant tout à l’avenir du système des classes préparatoires.

Pourquoi HEC et ESCP-EAP refusent-elles désormais de répondre à certaines questions concernant le budget de leur programme grande école ou le budget affecté à la recherche quand il y a un classement par la presse française ? Y a-t-il eu une consigne de black-out de la part de la CCIP ?

Non, il n’y a aucun black-out et nous ne sommes pas en mauvais termes avec la presse. Les écoles ont le droit de répondre sur leur budget. Il y a simplement la volonté de notre part de discuter avec les journalistes pour améliorer ces classements. Nous sommes favorables à des classements qui reflètent au mieux la réalité de la situation et qui correspondent à l’air du temps. Nous aimerions notamment voir des classements qui incluent des établissements d’autres pays d’Europe ou qui prennent davantage en compte ce que deviennent les anciens élèves.

NB :

(1) Héritière des anciennes corporations des marchands de Paris, la Chambre de commerce de Paris a été créée, sous le Consulat, en 1803 par Napoléon Bonaparte. C'est un établissement public administratif.

13/03/2007
Propos recueillis par Pierre-Alban Pillet
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Voir aussi : ccip, escp, fondation, hec
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