Départements d'élite dans les universités: vers des grandes écoles à l'allemande




L'université Dauphine (Paris IX) a vu son statut modifié par décret fin février pour devenir un "grand établissement", ce qui l'autorise à sélectionner ses étudiants. D'aucuns ont alors dénoncé la "remise en cause du service public universitaire" par cette "fac d'élite", "dérogation" qui, si elle était étendue, pourrait aboutir à un "système d'université à deux vitesses".

Des dérogations pour des universités de pointe, c'est pourtant ce qui se prépare outre-Rhin, de par la volonté politique affichée du gouvernement. Le Chancelier Gerhard Schröder avait en effet proposé début janvier la création d'une dizaine d'"universités d'élite" afin que l'Allemagne regagne son rang en matière d'innovation. Ce nouveau thème de société, la "culture de l'innovation", doit favoriser le positionnement de la recherche et de l'éducation allemandes à un haut niveau international.
Après des négociations avec les Länder (Etats régionaux), compétents dans ce domaine, la ministre fédérale de l'Education Edelgard Bulmahn a annoncé fin mars l'ouverture au sein de certaines universités de simples "départements d'élite" réservés sur concours aux meilleurs étudiants. Le projet n'exclut cependant pas de labelliser un ou deux établissements "universités d'élite". 250 millions d'euros par an, sur cinq années, seront mis au service de ce projet par l'Etat fédéral, en plus d'une participation financière des Länder encore indéterminée.

briser un tabou

Cette révision des ambitions du gouvernement semble mieux adaptée au modèle allemand: le pays dispose d'universités prestigieuses, comme celles de Munich, d’Heidelberg ou l'université Humboldt de Berlin, souvent performantes dans un domaine particulier. Ces départements, s'ils obtenaient le cachet "élite", pourraient être fédérés afin de constituer des "réseaux d'excellence", idée favorisée par les Länder qui veulent chacun leur part du gâteau. L'Allemagne est dépourvue d'un Stanford ou d'un Harvard, établissements privés qui sélectionnent les étudiants et demandent des frais de scolarité élevés. Pas non plus de "grandes écoles" publiques comme en France pour former les hauts fonctionnaires ou les ingénieurs des grandes entreprises.

Le projet de "départements d'élite", qui induit une compétition entre les universités, est donc novateur. Il vient même briser une sorte de tabou dans le système éducatif très égalitaire en Allemagne. Certains conservateurs vont jusqu'à réclamer pour l'enseignement supérieur une autonomie de moyens et de personnel ainsi qu'une hausse des frais de scolarité. Ces idées plus élitistes sont loin des traditions allemandes et le projet du gouvernement fait déjà débat dans la société.

Débat sur le fond, et débat sur les moyens: pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, "créer une université d'élite, c'est sans doute beaucoup plus facile que de relever le niveau général des universités du pays et de soutenir financièrement l'excellence scientifique". Le supérieur souffre des mêmes maux qu'en France: mauvaises conditions d'enseignement, coupes budgétaires, vétusté des locaux, surpopulation... Enfin, la volonté politique sera-t-elle suffisante pour tirer par le haut l'ensemble? "On ne crée pas de l'excellence par décret", assène la Süddeutsche Zeitung.

19/04/2005
Alison Cartier
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