Le fundraising n’est pas encore entré dans les mœurs universitaires
La loi relative aux libertés et responsabilités des universités, ou loi sur l'autonomie, votée en août 2007, n'a pas provoqué de big bang en matière de fundraising. C'est du moins ce qui ressort d'un débat entre des responsables de l'enseignement supérieur, dont deux présidents d'université, réunis le 6 février par l'Association française des fundraisers. En un sens, il est bien normal que la loi n'ait pas encore produit tous ses effets, puisqu'elle laisse un délai de cinq ans aux universités pour devenir autonomes en matière budgétaire et dans la gestion de leurs ressources humaines. Cependant, ces responsables semblent se laisser bien du temps... et manquent singulièrement de fougue, quand ils ne sont pas sceptiques.
Faire appel aux anciens
« A quelle vitesse vont se faire les évolutions culturelles?», s'interroge Thierry Coulhon, président de l'Université de Cergy-Pontoise et également 2e vice-président de la Conférence des présidents d'université (CPU). En répondant aussitôt qu' « on est peut-être dans une période de fonte des glaces ». Lionel Collet, président de Lyon 1, déplore, quant à lui, les limites de la loi: « on nous donne l'autonomie des dépenses mais pas celle des recettes, notamment sur les frais d'inscription ». Et Gilbert Béréziat, ancien président de Paris 6 et actuel délégué général de Paris Universitas (alliance d'établissements), de renchérir: « c'est une loi de transition », qui n'est « pas aboutie », en particulier du point de vue de la composition des équipes de direction et des problèmes de stratégie qui se posent aux universités, selon lui.
Pour l'image
Concernant le fundraising (collecte de fonds), facilité par la loi (1), ces acteurs de l'enseignement supérieur ne se sont pas jetés sur les nouvelles dispositions. Ils sont déjà pourtant sollicités par des entreprises de BTP prêtes à se lancer dans des chantiers de rénovation et des "fundraisers", ces nouveaux professionnels aidant à définir une campagne de collecte, à détecter les donateurs et à gérer des fondations. « Le fundraising n'est pas pour nous la solution pour augmenter les ressources de l'université », explique M. Collet. Comparés aux 300 millions d'euros de budget annuel de Lyon 1, dont 190 millions consacrés à la masse salariale, il n'escompte au mieux que 1 à 3 millions d'euros collectés auprès des entreprises et des anciens. Alors que par exemple la formation continue génère un chiffre d'affaires de 7 millions d'euros annuels, et la filiale de valorisation de la recherche de l'université, Ezus, entre 12 et 14 millions d'euros. Mais le président de Lyon 1 ne compte pas pour autant passer à côté de la vague, afin de promouvoir « l'image d'université ouverte, capable de former les personnels de demain des entreprises ». « C'est un tout », ajoute-t-il, entre image, capacité à lever des fonds, à proposer de nouvelles formations et à attirer les étudiants.
Le président de l'université de Cergy-Pontoise, lui, consacre une journée par semaine au fundraising. Son objectif ? Récolter quelque 100 000 euros pour lancer un Institut d'études avancées. « Il y a des marges énormes de travail qui rapportent de mille manières », estime M. Coulhon, qui note qu' « il va falloir former du personnel en interne ». Selon M. Béréziat, « l'effort lancé aujourd'hui » auprès des entreprises et des anciens « nécessitera d'être soutenu pendant au moins vingt ans ». A Cergy-Pontoise encore, on se demande «quelle part accorder au fundraising dans notre culture de relation à l'entreprise», qui se manifeste déjà au travers de la formation continue, de la valorisation de la recherche ou encore des licences professionnelles. « Le fundraising nous oblige à nous interroger sur la valeur de ce que l'on fait », poursuit M. Coulhon, qui prédit une remontée des tarifs de la formation continue et des prestations de recherche.
Mise en concurrence
Tous les responsables sont persuadés que les entreprises qui feront des dons attendront quelque chose en retour. « Je doute de l'intérêt des dons pour les entreprises », avoue le président de Lyon 1, qui penche en faveur de véritables partenariats, « avec un service en face » de la part de l'université. Elle devra ainsi « mettre ses compétences au profit de ces entreprises donatrices quand c’est nécessaire ». Jean-Louis Bancel, vice-président du Crédit coopératif, la banque de l'économie sociale, n'en pense pas moins: « des verrous juridiques ont sauté et facilitent la collecte des fonds par les universités. Mais cette collecte entre en concurrence avec d’autres dispositifs fiscaux favorables » aux entreprises. «Qu'est-ce que je vends comme projet entrepreneurial ? » est selon ce banquier la question que doivent se poser les dirigeants d'établissements pour attirer les fonds. «Attention à l'effet enthousiasme au départ » du projet, prévient Gérard Posa, directeur général de la Fondation d'entreprise de Lyon 1, fort de l'expérience de la filiale Ezus. « Il y a de la place pour tout le monde mais avec un modèle économique adapté » à la région, au bassin industriel notamment, pense-t-il.
Et les étudiants et anciens dans tout ça? Ils sont loin d'être la cible prioritaire des dirigeants d'université pour la collecte de fonds. M. Béréziat est fataliste: « le premier réflexe des chefs d'entreprise, issus de Polytechnique, des Mines, des Ponts et de l'ENA, c'est d'investir dans ce qu'ils connaissent ». « Il faut suivre les anciens tout de suite, quitte à ce qu'un service passe cinq-six ans à les retrouver un à un », suggère-t-il cependant. Pour le président de l'université de Cergy-Pontoise, « c'est quand ils sont chez nous qu'il faut les fidéliser, développer un rapport de reconnaissance à l'établissement ». Et pour commencer, M. Coulhon veut des sites internet consacrés aux étudiants et aux diplômés. Force est de constater que la plupart des universités oublient facilement leurs diplômés. Selon M. Posa, il est aussi nécessaire que les étudiants s'approprient les nouveaux outils comme les fondations, ce qui implique de les faire participer. Et les plus réticents, que l'on voit encore manifester contre la loi LRU, doivent "se déniaiser", selon le mot du 2e vice-président de la CPU: « cela fait des années par exemple que nous avons un diplôme (en partenariat) avec Véolia! » Selon M. Coulhon, la collaboration avec les entreprises dans l'enseignement supérieur implique « des exigences d'un niveau important et de la transparence », loin de logiques de "boutiquiers" ou d'un "adéquationnisme" aux besoins des entreprises.
(1) La loi 2007-1199 sur les universités a instauré un mécanisme de fiscalité incitative pour que des organismes publics ou privés, mais aussi des particuliers, anciens élèves ou mécènes, puissent investir dans le développement des universités. La loi permet notamment aux universités de créer deux types de fondations pour collecter des dons : les fondations universitaires et les fondations partenariales.
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