Observatoire Boivigny : chiffres, strat�gies et actualit�s des �tablissements du sup�rieur
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D�cryptage : les salaires � la sortie des �coles de commerce
Le salaire � la sortie constitue l�un des principaux crit�res utilis�s pour classer les �coles de commerce. Ann�e apr�s ann�e, ceux-ci progressent de mani�re fulgurante. A tel point que l�on est en droit de s�interroger sur la cr�dibilit� des chiffres publi�s.
Comme chaque ann�e, la presse magazine publie les traditionnels classements des �coles de commerce dont se r�galent �l�ves pr�parationnaires, parents anxieux et �tudiants desdites �coles, non sans d�sint�resser les services des ressources humaines des grandes entreprises et les nombreux r�seaux d�anciens des business schools fran�aises. Une analyse r�guli�re des classements permet d'observer que les crit�res varient d�une ann�e sur l�autre. Ils sont choisis pour tenir compte des tendances ou plus prosa�quement des donn�es disponibles. Enfin, la pond�ration des crit�res s�lectionn�s est parfois l�g�rement ajust�e si besoin est, pour que le classement qui ressort ne soit pas strictement identique � celui de l�ann�e pr�c�dente (1).

Il est pourtant un crit�re qui figure quasi syst�matiquement dans tous les classements, et dont le poids est rarement n�gligeable : les salaires de sortie. Et pour cause, les r�mun�rations d�croch�es par les dipl�m�s d��coles de commerce sont consid�r�es comme une donn�e essentielle dans la course que se livrent les �tablissements de formation � la gestion pour la plus haute marche du podium. Le raisonnement est le suivant : plus le salaire de sortie est �lev�, plus le dipl�me de l��cole est valoris� sur le march� du travail.

Un raisonnement qui est parfois biais� par un certain nombre de facteurs, tels la localisation g�ographique de l��tablissement, l�origine sociale des �tudiants, le domaine de sp�cialisation de l��cole (les postes en marketing sont moins r�mun�r�s qu�en finance, par exemple)� mais le classement par le biais des salaires refl�te grosso modo les hi�rarchies qui peuvent �tre �tablies selon d�autres crit�res.

On peut cependant �tre frapp� par l�inflation que connaissent les salaires de sorties depuis quelques ann�es. Dans le haut du tableau, aucune des �coles ne semble �tre touch�e par la crise. Et r�guli�rement, � l�occasion de la parution de nouveaux classements dans la presse, le salaire de sortie des �tudiants de ces �coles enfle de 2.000 � 3.000 � brut par an, voire de beaucoup plus quand il s�agit des niveaux de salaires mesur�s apr�s quelques ann�es d�exp�rience professionnelle. En 2004, les salaires � la sortie des plus grandes �coles de commerce sont ainsi compris dans une fourchette de 36.000 � 44.000 euros brut annuel, selon l�hebdomadaire Le Point. Les dipl�m�s des meilleures �coles qui ont d�j� trois ans d�exp�rience professionnelle � leur actif gagneraient quant � eux entre 50.000 et 65.000 euros.

Ces donn�es ont de quoi surprendre. Tout d�abord parce qu�elles ne correspondent pas aux salaires d�embauche communiqu�s par les entreprises, notamment dans l�audit et le conseil (2), un secteur qui p�se environ 30% des d�bouch�s � la sortie de ces �coles. Et ensuite parce que si l�on se r�f�re aux salaires de sortie des �coles g�n�ralement constat�s en 2000-2001 et qu�on les rapporte aux salaires affich�s aujourd�hui pour les jeunes exp�riment�s (trois ans d�exp�rience), on rel�ve � dans certains cas - une progression salariale sup�rieure � 70%. Ce qui, en temps de crise �conomique et de gel des salaires, peut susciter des interrogations. Pourtant, tout se passe comme si �coles comme journalistes n�en avaient cure.

Olivier Basso, Philippe-Pierre Dornier et Jean-Paul Mounier, trois professeurs d��coles de commerce r�put�es, d�crivent dans leur ouvrage � Tu seras patron, mon fils ! � (3) comment les business schools anglo-saxonnes s�y prennent pour g�rer au mieux le classement de leurs MBA dans le Financial Times ou Business Week. Elles �s�lectionnent l��chantillon minimal des anciens requis par les �valuateurs (25% pour le Financial Times) pour r�pondre aux questionnaires. Il s�agit d��viter un effet de nivellement sur la donn�e objective, pr�pond�rante, qu�est le niveau de salaire. Ainsi, seul le tiers de la promotion, correspondant aux plus hauts salaires, va r�pondre au questionnaire�, �crivent-ils. Ces techniques auraient-elles donn� des id�es � nos �coles de commerce ?

Un journaliste habitu� de ces enqu�tes confirme qu�il est difficile de jauger la �cr�dibilit� des informations dont la source est l'�cole elle-m�me�. En la mati�re, � les �coles ont tendance � confondre salaires des d�butants et salaires des confirm�s �, estime-t-il. Les journalistes, qui ne peuvent mat�riellement v�rifier l�exactitude des donn�es, doivent souvent se contenter d�en v�rifier la coh�rence (les �coles les unes par rapport aux autres, et d�une ann�e sur l�autre).

NB :
(1) Notre propos n�est pas de juger les classements. Force est de constater qu�aucun n�est purement objectif ou parfait, mais qu�ils pr�sentent collectivement l�avantage de favoriser l��mulation entre �tablissements et de renforcer la transparence sur la qualit� des �coles aupr�s des diff�rents publics. A l�inverse, les lyc�es du secondaire, tout comme les universit�s, dont les classements sont plus rares, sont r�put�s �tre de qualit� �gale sur l�ensemble du territoire.
(2) Pour plus de pr�cisions, voir "Audit et Conseil vus de l�int�rieur", paru en octobre 2004, aux �ditions Vie & Cie.
(3) Voir article � ce sujet

Pierre-Alban Pillet
2004-11-28

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