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Les grandes �coles de commerce face au mod�le am�ricain : l�analyse de trois professeurs
Lorsque trois professeurs de haut niveau se penchent sur les �coles de commerce dans lesquelles ils �voluent, il en ressort un ouvrage d�une rare originalit�. Dans � Tu seras patron, mon fils ! �, qui vient de para�tre aux �ditions Village Mondial, ils analysent sans tabous les strat�gies et moyens mis en �uvre par les �tablissements fran�ais d�enseignement � la gestion dans le cadre de la comp�tition internationale.
� Tu seras patron, mon fils ! � est l��uvre collective de trois enseignants : Olivier Basso, Philippe-Pierre Dornier et Jean-Paul Mounier. Ils s�attachent dans cet ouvrage � analyser la strat�gie de trois �coles de commerce parisiennes, l�ESCP-EAP, l�Essec et HEC, en termes de positionnement, de flux d��tudiants, de march�, de culture institutionnelle�et � comparer leurs moyens respectifs � la puissance des business schools am�ricaines. Leur constat est clair : sans sursaut de la part de nos �tablissements champions, ils seront in�vitablement marginalis�s sur la sc�ne internationale, si ce n�est pas d�j� la cas. Les auteurs d�cryptent les faiblesses et points forts de chaque �tablissement. Ils les resituent dans le contexte international, soumis � une concurrence dont ils exposent les contours et �volutions, notamment pour les �coles de gestion, qui, en la mati�re, sont aux avant-postes.

Ils doublent leur d�monstration d�une fine analyse de la place de l�enseignement de la gestion en France : � confondu avec le capitalisme �, il subirait de plein fouet les critiques. Les formations aux sciences de l�ing�nieur ou � l�administration paraissent (jusque-l�) profiter d�une plus grande reconnaissance. Ce manque de consid�ration pour la formation au management n�a toutefois pas emp�ch� des grandes �coles d��merger en la mati�re. Mais le suivi d�un cursus � HEC, l�ESCP-EAP ou l�Essec fonctionne aujourd�hui davantage comme � un moyen de s�inscrire dans des r�seaux sociaux efficaces � qu�autre chose. � La question des contenus de formation dispens�s para�t secondaire �, �crivent-ils. Ce point faible originel constituerait un lourd handicap, selon les trois professeurs. Notamment parce que cela renforce la difficult� de la mission d�enseignement qui leur est confi�e : le manque de motivation des �tudiants ne les am�ne pas � profiter des cours qui leur sont propos�s et ne leur permet donc pas d�acqu�rir � une formation de haut niveau au management �. De plus, � les �l�ves sont jeunes � et sans id�e pr�cise de leur orientation future et � il n�y a pas d�enjeu de dipl�me � puisque la s�lection a lieu � l�entr�e et non � la sortie de l��cole, indiquent les auteurs.

Repenser les rapports avec les entreprises et les anciens
D�autres points faibles sont identifi�s. Ainsi, nos �coles de commerce manquent de moyens, car, sur la sc�ne internationale, elles se retrouvent seules face � de tentaculaires universit�s. De fait, comme l��crivent les auteurs, les grandes �coles de commerce fran�aises ne sont pas petites, mais isol�es, quand dans le reste du monde les institutions similaires sont int�gr�es aux universit�s. Pour autant, il ne semble pas souhaitable � d�adosser les �coles � ces organisations fragiles � que sont les universit�s fran�aises. Ce serait � contre-productif �, selon eux, d�autant que les �coles de commerce dans leur configuration actuelle manquent d�j� d�autonomie - HEC tout comme l�ESCP ne sont que des d�partements de la CCIP, seule l�Essec semble plus libre de ses mouvements, mais au prix d�un manque r�current de moyens. Ils proposent donc la mise en place de programmes communs avec les universit�s, sans que l�int�gration soit totale. De tels partenariats existent d�j�, mais ils pourraient �tre renforc�s.

Pour rem�dier aux manques de moyens, il s�agit �galement de red�finir les rapports qu�entretiennent ces �coles avec les entreprises, mais aussi avec leurs r�seaux d�anciens. Nos trois auteurs semblent admiratifs devant l�importance des ressources financi�res, fr�quemment gonfl�es par les dons des anciens �l�ves, dont disposent les universit�s am�ricaines. Ces matelas de billets leur permettent d�envisager des investissements d�une tout autre ampleur que ceux des �coles fran�aises. Ils regrettent en ce sens que la mise en place (tardive) de fondations par les �coles fran�aises ne g�n�re pas de lev�es de fonds suffisamment cons�quentes pour leur maintien dans la comp�tition internationale.

Ne pas s�aligner sur le mod�le dominant
Les auteurs refusent l�alignement des �coles fran�aises sur le mod�le am�ricain, notamment parce qu�une telle strat�gie de copie est vou�e � l��chec. Pour r�ussir sur un march� o� l�on n�est pas leader, il faut se distinguer, �crivent en substance ces professeurs de strat�gie.
Ils ne pr�sentent toutefois pas de solutions cl�s en main dans leur ouvrage, seulement des pistes de r�flexion, qui se r�v�lent somme toute fort classiques. Ainsi, selon les auteurs, pour que les �coles de commerce fran�aises puissent se maintenir dans la course, il leur faut plus d�argent, plus d�autonomie, fid�liser les enseignants, mettre en place une s�lection en cours de cursus, et diversifier socialement le recrutement des �tudiants. Ils appellent par ailleurs � refondre les programmes des classes pr�paratoires pour mieux les int�grer � la formation grande �cole dans le cadre du syst�me LMD. Leur ouvrage s�ach�ve sur un appel � une coop�ration europ�enne accentu�e pour � inventer le manager europ�en �.
On regrettera ce manque d�originalit� qui tranche avec la pertinence et la pr�cision de l�analyse de l�existant. Les voies �voqu�es sont connues et d�j� en partie explor�es par les �coles cit�es dans l�ouvrage.

Ils n�ont ainsi pas cherch� � imaginer des strat�gies de diversification des enseignements (en dehors du champ de la gestion), � envisager des alliances avec d�autres �tablissements telles que les formations aux sciences de l�ing�nieur, au journalisme, aux langues �trang�res, � la m�decine�De m�me le d�veloppement des liens avec le monde politique et m�diatique, la concentration des moyens sur un domaine d�expertise, la promotion des �tablissement aupr�s des publics ignorant leur existence (ce qui se distingue de la diversification des recrutements), la recherche de locaux plus prestigieux (aucune des trois grandes �coles parisiennes n�est en mesure de proposer un cadre d�enseignement attrayant)�sont autant de points � d�velopper et pourtant ils sont occult�s dans le livre. Ces axes constituent des leviers forts de distinction et d�enracinement sur le march� local. Or, pour �tre parmi les premiers au plan mondial, il faut d�abord �tre reconnu chez soi.

Pierre-Alban Pillet
2004-11-28

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