Faire une thèse n’est pas rentable financièrement, selon une étude




Le diplôme de docteur apporte-t-il un supplément de rémunération significatif ? Le fait de poursuivre ses études jusqu’au doctorat est-il motivé par des considération salariales ? Aurélien Perruchet, lui-même doctorant à l’Iredu (Institut de recherche sur l’éducation, unité mixte du CNRS et de l’Université de Bourgogne), a tenté de répondre à ces questions, somme toute légitimes (1). Il s’est servi des données de l’enquête Génération 98, menée par le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) en 2001 auprès de 55 000 jeunes ayant quitté le système éducatif, dont 2177 docteurs et sortants de thèse.
Il a constaté que le doctorat est, parmi les possibilités offertes à un diplômé de maîtrise, celle qui permet de se rapprocher le plus des niveaux de salaire obtenus par les diplômés de grandes écoles, dont l’entrée sur le marché du travail est cependant plus précoce. Mais les docteurs sont ceux qui, trois ans après la fin des études, connaissent le plus fort taux de chômage, supérieur respectivement à celui des diplômés de DEA, DESS (aujourd’hui masters recherche et professionnel), école de commerce et école d’ingénieurs. La part des CDD parmi les docteurs est nettement plus élevée que parmi les diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, mais elle reste inférieure à celle des diplômés de DEA. Les docteurs sont aussi ceux qui sont le plus employés à temps partiel.

L’emploi satisfait

Aurélien Perruchet a ensuite estimé la variation de salaire que peut anticiper un étudiant en sortant au niveau thèse plutôt qu’au niveau DEA : il est de +2%, taux qui n’est pas de nature à influencer la décision de poursuite d’études à ce niveau. En définitive, la rentabilité de la thèse est extrêmement faible voire négative. D’autres facteurs sont à l’œuvre dans les choix d’orientation en 3e cycle : l’obtention de bourses et d’aides financières diverses a sans doute un rôle incitatif important, l’aide des parents peut jouer également, ainsi que bien sûr le goût pour les études ou les métiers de la recherche.
Le chercheur poursuit son étude en s’intéressant à d’autres éléments que la rentabilité monétaire. Les docteurs sont-ils satisfaits de l’emploi qu’ils obtiennent, en majorité dans l’enseignement supérieur et la recherche publique ? 80% des docteurs interrogés estiment être employés à leur niveau de compétence, mais c’est de loin dans la recherche publique que ce taux est le plus élevé (93%). C’est dans ce même secteur que les docteurs se « réalisent professionnellement » le mieux, selon leur propre appréciation (78%). Enfin, au niveau du salaire, près de la moitié des docteurs employés dans l’enseignement supérieur et la recherche publique s’estiment plutôt mal ou très mal payés. La satisfaction vis-à-vis du salaire est moins élevée dans le privé que dans le public.
Globalement, les docteurs sont satisfaits de leur situation (de 73% dans le privé hors recherche, à 83% dans la recherche publique). La rémunération supplémentaire qu’ils perçoivent ne peut cependant motiver le commencement d’une thèse. Ces études apparaissent « avant tout comme destinées à une insertion dans les métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche publique », indique l’étude.

NB :

(1) « La rentabilité de la thèse. Résultats tirés de l’enquête Génération 98 » http://www.u-bourgogne.fr/upload/site_120/publications/2005/05093.pdf
NB: Aurélien Perruchet était parvenu sensiblement aux mêmes résultats en 2003 en exploitant une étude du Céreq réalisée en 1999.


01/01/2006
A.C
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