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Loi LRU : tant de questions autour de la notion d’autonomie


Personne ne semble avoir la même interprétation du texte de la loi sur les libertés et responsabilités des universités. La notion même d’autonomie – ou de liberté – est sujette à controverse. A l’occasion du salon de l’Education, qui s’est tenu du 22 au 25 novembre à Paris, des représentants du monde politique, syndical et universitaire ont débattu de l’intérêt de la nouvelle loi.



Peu de gens ont lu le texte, mais tous le commentent. Un sondage Ifop réalisé début novembre pour Le Monde et Acteurs publics (1) révèle ainsi qu’un Français sur trois estime que la loi sur l’autonomie n’aura aucun impact sur le fonctionnement des universités françaises. 35% estiment qu’il aura un effet favorable et 25% un impact négatif. Et seuls 7% des Français avouent, d’après ce sondage, ne pas connaître suffisamment la loi pour se prononcer !

Il n’est pas certain pourtant que tous les acteurs parlent de la même chose. Qu’on y songe seulement : rien que pour nommer le texte législatif du 11 août 2007, certains empruntent son titre original, « loi relative aux libertés et responsabilités des universités » ou loi LRU, mais d’autres l’appellent loi Pécresse ou loi sur l’autonomie des universités. Car la notion même d’autonomie n’est pas claire. Et pour cause : il existe différentes conceptions de l’autonomie selon les pays, les cultures et les affinités politiques, comme l’a rappelé Georges Haddad, directeur de la division de l’enseignement supérieur à l’Unesco, lors du Salon de l’Education. Selon lui, « l’autonomie est un investissement sur l’intelligence et la qualité ». Il s’agit de donner les moyens aux institutions d’investir sur la recherche, l’enseignement et l’innovation. Pas sûr que le Snesup, le syndicat des enseignants du supérieur, pour qui la loi va entraîner « les universités vers un chaos de concurrence », partage cet avis.

Qu’entend-on réellement par autonomie ?

Quand ils entendent « libertés et responsabilités des universités », certains pensent libéralisme économique, dangers et inégalités. D’autres traduisent ces termes par initiatives et chance pour les établissements. Il est pourtant difficile d’anticiper les effets que peut avoir l’application de cette loi. Des acteurs s’interrogent : « Est-ce que l’autonomie est la condition pour que les universités puissent participer à la compétition mondiale ? Est-ce que cela permettra aux universités d’être plus réactives ? Est-ce que l’autonomie peut garantir la démocratisation des universités ? », comme l’analyse Michel Feutrie, le président de l’European University Continuing Education Network (EUCEN).

Pour Olivier Audéoud, le président de Paris-X Nanterre, le modèle français de l’université, censée élaborer et transmettre les savoirs dans toutes les disciplines, est l’un des rares à se distinguer du modèle anglo-saxon. « En France, l’Etat doit être garant de la réforme et doit fixer un cadre », estime-t-il. Il ne pourrait y avoir en France de privatisation de l’Université. Il n’en est d’ailleurs pas question dans la loi (2). Et Olivier Audéoud de rappeler que la part du financement privé dans les universités françaises est ridiculement bas, par rapport à ce qui existe à l’international. Pour lui, la création de fondations universitaires - ces structures juridiques capables de recevoir des dons de la part des anciens élèves et des entreprises - n’influera pas sur l’orientation des universités. Car « le texte de loi est très clair : l’université fera l’utilisation qu’elle veut de ces fonds ».

Occasion manquée

«Je suis d’accord, il n’y a pas assez de financement privé dans les universités aujourd’hui», lui a répondu Bruno Julliard, le président du syndicat étudiant Unef. « Mais la Fac de sciences humaines de Perpignan aura moins de financements privés que la Sorbonne », a-t-il observé avant d’ajouter : « je sais qu’il y a déjà des inégalités entre universités, mais le rôle de l’Etat ne doit pas être de les accentuer, plutôt de les réduire ».

« Aujourd’hui on est dans une situation d’occasion manquée », a par ailleurs estimé le président du premier syndicat étudiant, « même s’il y a encore des issues (positives) possibles » au conflit en cours, avec blocages d'établissements et manifestations. D’après lui, les étudiants reprochent avant tout une chose au gouvernement : « on ne sait pas où on va, il n’y a pas d’unanimité sur les buts de l’université ». Et d’appeler à l’organisation d’un grand débat, comme celui de 2003 sur l'avenir de l’école. Pourtant, loin d’avoir « été votée en catimini », comme accuse l’Unef, la loi était déjà esquissée dans ses grandes lignes lors de la campagne présidentielle. Et ce, même si le grand public n’en a vraiment pris connaissance que début novembre...

« La loi LRU n’est que la première étape d’une réforme globale », a rappelé Benoist Apparu, député UMP et rapporteur de la loi controversée. Parmi les chantiers auxquels le gouvernement a indiqué vouloir s’attaquer prochainement, figurent les questions liées à l'orientation et l’échec en premier cycle universitaire.

NB :



Pierre-Alban Pillet
25 Novembre 2007





Voir aussi : autonomie, nanterre, unef


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