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Devenir enseignant-chercheur : une affaire de patience et de persévérance (2/2)

De la thèse au poste de maître de conférence (2/2)


Parvenir à être enseignant-chercheur n’est pas une mince affaire. C’est un parcours qui prend souvent entre cinq et dix ans, parfois plus. Et ces années sont des années pleines : recherche, enseignement, montage de dossiers. Sans oublier, bien sûr, de trouver des financements. Seconde partie : de la thèse au poste de maître de conférence.



Un aboutissement. Un soulagement. Champagne, petits fours et félicitations viennent récompenser un travail de longue haleine. Mais à peine avez-vous eu le temps de savourer l’achèvement de votre thèse qu’il vous faut vous attaquer à un nouveau chantier : décrocher un poste de maître de conférence (1).

Première étape : vous devez obtenir la qualification pour participer aux campagnes de recrutement. C’est le Conseil national des universités (CNU) qui gère ce processus en l’état actuel du système. Il vous faut constituer un dossier comprenant deux exemplaires de votre thèse, un CV scientifique qui détaille travaux et publications, votre diplôme, et les articles que vous avez publiés.

Vous devez vous inscrire par le portail Galaxie, qui sert également pour les campagnes de recrutement des enseignants-chercheurs. Votre dossier est destiné à deux rapporteurs qui, sur la foi de la thèse et des travaux, décident de vous accorder ou non la qualification. « On postule par section, par exemple en section 4 (science politique). Mais mieux vaut postuler d’emblée à plusieurs sections pour améliorer ses chances », préconise Arnaud Libel (2), docteur en sciences sociales. À condition, bien sûr, que la section soit en cohérence avec le travail de thèse : un docteur en sciences sociales ne va pas candidater en informatique.

« J’ai obtenu en 2007 la qualification en science politique et en russe grâce à ma thèse sur Saint-Pétersbourg », raconte Anaïs Marin, docteur en science politique, formée à l’IEP de Paris. N’oubliez pas que postuler à cette qualification implique des frais. Ne serait-ce que pour imprimer une thèse de 800 pages et pour l’envoyer.

Une dizaine d’entretiens à travers la France

Si tout se passe bien, les deux rapporteurs vous accordent la qualification, au moins dans la section la plus pertinente au regard de votre sujet de thèse. « Si vous n’êtes pas qualifié la première année, vous devez réessayer », conseille Arnaud Libel, « mais si vous ne l’avez toujours pas au bout de 2 ou 3 fois, il vous faudra sérieusement envisager une reconversion ! ». Et ce n’est pas tout : si vous décrochez la qualification, sachez que celle-ci n’est valable que quatre ans (renouvelable). Autant dire que là aussi le temps vous est compté pour participer aux campagnes de recrutement des enseignants-chercheurs.

Pour trouver un poste, les docteurs qualifiés se renseignent sur le portail Galaxie et postulent par l’intermédiaire de ce site. Vous envoyez un dossier avec votre CV scientifique, des articles et, sur cette base, les universités décident ou non de vous auditionner. Pour l’audition, « on passe devant une commission composée de professeurs et de maîtres de conférence, on a une vingtaine de minutes pour se présenter et exposer son projet de cours », détaille Arnaud Libel. Ces campagnes de recrutement sont souvent éprouvantes et coûteuses. « L’année où j’ai obtenu mon poste, j’ai passé une dizaine d’entretiens à travers la France », se souvient Odile Henry, aujourd’hui maître de conférence en sociologie à Paris-Dauphine, « c’était la course, j’avais une audition par jour. J’étais au chômage et je n’avais pas d’argent pour les frais : avions, taxis, hôtels, vêtements… J’ai dû emprunter 1500 euros à ma banque pour couvrir mes dépenses ! ». Heureusement, ses efforts ont été récompensés puisqu’elle a été classée première à l’université de Nantes et à Paris-Dauphine.

Mais l’aventure ne se finit pas toujours par un happy end. « Il faut se méfier du localisme des universitaires, c’est-à-dire de la forte préférence des universités pour les candidats locaux », selon Anaïs Marin qui, lorsqu’elle a été auditionnée à l’université de Lille, a bien senti un net a priori positif du président de l’université pour l’ATER local. C’est finalement ce dernier qui a obtenu le poste. « On postule à la fois pour des postes d’enseignants-chercheurs et de chargés de recherche au CNRS, on n’a pas le choix vu la rareté des postes », précise Nicolas Hubé, maître de conférences au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (Paris 1).

La solution du post-doc

Les campagnes de recrutement ont lieu une fois par an. Il vous faudra donc trouver un financement si jamais vous n’étiez pas recruté du premier coup. Si vous n’avez pas encore été Attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) (3), vous pouvez encore postuler et obtenir pendant un ou deux ans un poste qui vous permettra de rester au sein de l’université. Vous pouvez également effectuer des vacations, c'est-à-dire des remplacements, mais il faut pour cela être âgé de moins de 28 ans. Or on finit rarement sa thèse avant 26 ou 27 ans. Autre solution, effectuer un post-doctorat en France ou à l’étranger. Le post-doctorat est un contrat à durée déterminée qui peut durer de quelques mois à plusieurs années et que vous pouvez aussi bien effectuer en France qu'à l’étranger. Ces contrats sont parfois mieux rémunérés que le salaire de départ d’un maître de conférence. Cela peut donc valoir le coup, à condition de ne pas perdre le contact avec votre réseau de connaissances dans le monde universitaire français. Il est également possible d’obtenir des contrats pour une recherche collective, auprès de l’Agence nationale de la recherche (ANR), mais « les dossiers sont lourds à monter », précise Arnaud Libel.

Autre solution : trouver un poste de chargé d’étude dans le parapublic ou donner des cours dans le privé. Arnaud Libel, qui a tenté sa chance dans de petites écoles de commerce, était payé « entre 30 et 40 euros brut de l’heure, sachant qu’une heure de cours représente en moyenne 5 ou 6 heures de travail ». Or, il vous faut vous ménager du temps car un docteur sans poste doit continuer à publier pour espérer un jour se caser dans une université. Cela veut également dire qu’il vous faudra vous rendre à des colloques, à vos frais.

En dernier recours, si vous avez occupé un poste d’ATER au préalable, il vous restera les allocations chômage. « On est en plein dans l’hypocrisie du système », peste Anaïs Marin, « l’allocation de retour à l’emploi est un financement détourné par les jeunes chercheurs avec l’accord tacite des institutions ! » Bref, le jeune docteur en attente de poste se retrouve souvent dans des équilibres précaires et doit tenir en attendant de trouver un poste. Si pour Odile Henry et Nicolas Hubé, l’histoire s’est bien terminée, Arnaud Libel, lui, espère obtenir un poste prochainement pour ne pas avoir à se poser la question d’une reconversion. Quant à Anaïs Marin, elle a fait une croix sur la France et exerce désormais ses talents de chercheur et d’enseignante à Helsinki.

NB :

(1) Maître de conférence est la dénomination sous laquelle on commence une carrière d’enseignant-chercheur.
(2) Le nom a été changé
(3) Un ATER est un enseignant-chercheur non titulaire, recruté pour une durée déterminée, qui exerce le même type de fonction qu’un maître de conférence.

Lire la première partie de l'article : Du master à la thèse (1/2)


David Allais
15 Mars 2009






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Commentaires des lecteurs

1. Posté par GOWEDU le 16/03/2009 10:37
Je souscris à ces éléments ... Entrer dans l'enseignement-supérieur est un parcours du combattant. Et malheureusement, certains ont plus d'obstacles que d'autres : les candidats locaux privilégiés, les frais engendrés par les candidatures (frais de déplacement, frais liés à l'établissement d'un dossier : à quand la dématérialisation des dossiers, c'est-à-dire la possibilité d'envoyer le dossier et les travaux sous forme d'un CD-ROM par exemple ? Sachant qu'il n'est pas sûr que les jurys lisent les thèses in extenso, certains se contentant de lire le rapport de jury !).
OgO

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