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Enseignement supérieur : comment doser formation académique et professionnalisation?




UNI : menace de recours en justice si les universités ne publient pas les taux d’insertion de leurs diplômés

Olivier Vial, délégué général, thésard en sciences de l’information à Paris II


-La priorité du supérieur, selon l’UNI (droite universitaire), c’est acquérir un bagage académique ou permettre d’accéder un emploi ?

-L’enseignement supérieur doit aussi bien former que préparer à un emploi, c’est complémentaire. Nous avons d’ailleurs été les premiers à porter cette problématique de la formation professionnelle, lors des auditions de la commission Hetzel (2) et même en amont. Aujourd’hui il y a un quasi-consensus sur la nécessité de la professionnalisation, au moins sur le papier. La question est maintenant : comment les universités vont-elles mettre en œuvre cette mission ? Chacune suit son rythme. Est-ce que le volontarisme affiché va suffire ?

- Avez-vous des craintes que cette professionnalisation n’advienne pas ?

-Dans le dernier budget de l’Education nationale, des moyens humains ont été accordés pour la création de postes sur les plateformes université-emploi. Or cette opportunité n’est pas saisie, il y a peu d’engouement pour monter de tels projets et bénéficier de ces crédits… La balle est donc dans le camp des présidents d’université. Il est vrai que tout projet doit passer par les conseils d’administration, c’est long et laborieux. Nous réclamons donc également davantage d’autonomie, plus de souplesse pour les universités !
Le débat autour de l’élection présidentielle est une opportunité formidable. Nous accordons aux universités un délai courant jusqu’à la fin des opérations électorales. Ensuite, nous attaquerons les établissements un par un devant les tribunaux administratifs s’ils ne respectent pas un décret remontant à 1986 et remis sur le devant la scène, qui impose la publication de statistiques d’insertion des étudiants ayant suivi les grandes filières universitaires. Quelques universités ont commencé à fournir des outils statistiques, mais c’est moins dans un souci de transparence que dans une optique marketing, sur les meilleurs taux d’insertion.

-Comment avez-vous vu évoluer cette question de la professionnalisation ?

-La professionnalisation est un sujet moins tabou depuis trois ans, les étudiants sont mûrs. Les plus longs à convaincre ont été les présidents d’université et les autres syndicats d’étudiants. C’est l’une des seules conséquences positives de la crise autour du CPE : tout le monde, y compris les chefs d’entreprise, a pris conscience que les jeunes sont inquiets pour leur avenir professionnel. C’est leur première préoccupation, loin devant la question des aides sociales par exemple. Les étudiants à l’université s’interrogent dès le premier cycle, étant donné le taux d’échec à ce niveau, proche de 45%.
Mais ce qui se fait actuellement nous paraît bâclé. Par exemple, tous les masters professionnels qui ont été mis en place dans le cadre de la réforme LMD n’ont pas la même qualité que les anciens DESS. De nombreuses licences dites professionnelles ont aussi été créées de façon isolée du monde professionnel. Par exemple, dans la foulée du film Les Choristes, pas moins de trois licences de directeur de chorale ont vu le jour alors que le besoin était loin d’être certain !

-Quelles sont les pistes de l’UNI pour une meilleure professionnalisation, dans ces conditions?

-Nous sommes revenus de la grande révolution copernicienne. Ce que nous voyons de plus immédiat et de plus praticable, c’est d’associer mieux les professionnels à la construction des programmes. Les universitaires sont d’ailleurs prêts à se mettre avec eux autour de la table. Il faut aussi donner aux étudiants un accès au monde professionnel. Pour cela, actuellement, il n’y a quasiment que les stages, et ils deviennent difficiles à trouver. Nous demandons d’ailleurs qu’il soit possible de valider comme expérience professionnelle les emplois étudiants. Les directions des ressources humaines des entreprises le reconnaissent elles-mêmes : à cursus égal, avoir été étudiant salarié peut faire la différence entre deux candidats.
En outre, nous appelons de nos vœux la mise en place de grandes plateformes université-emploi, afin que les établissements communiquent sur leurs diplômes et leurs thèmes de recherche, qu’ils développent aussi des réseaux d’anciens, comme les universités anglo-saxonnes. La création de tels réseaux serait un trait d’union avec les entreprises, et pourrait avoir un effet en deux temps : d’abord l’apport de financements, ensuite l’apport d’un public pour développer la formation continue à l’université.


13 Mars 2007



Tags : unef, uni


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