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Docteurs: 11% de chômage trois ans après la thèse


Le gouvernement a annoncé cet été une revalorisation substantielle du salaire minimum des doctorants travaillant avec une entreprise (CIFRE), ceux dont l'insertion sur le marché du travail a fait ses preuves. Car pour le reste, les chiffres de l'emploi des docteurs trois ans après l'obtention de leur thèse sont plutôt inquiétants: 11% sont au chômage, soit davantage que le taux de chômage moyen des diplômés de l’enseignement supérieur (7,6% en 2005).



"Les docteurs qui ont soutenu en 2003 sont entrés sur le marché du travail dans un contexte de croissance faible", souligne l'Iredu (1) dans son enquête sur l’insertion professionnelle des docteurs trois ans après leur thèse, publiée récemment (2). Comme pour la majorité des jeunes diplômés aujourd'hui, leur insertion "ne relève pas d’un simple passage des études à l’emploi, mais plutôt d’une phase de transition au cours de laquelle le jeune docteur va réussir à se stabiliser professionnellement", entre périodes de chômage (6 mois en moyenne sur trois ans), CDD, stages postdoctoraux et contrats d’attachés temporaires d’enseignement et de recherche (ATER). Mais trois ans après la thèse, près d'un quart (24%) des docteurs sont toujours en contrat à durée limitée, une proportion observée depuis une dizaine d'années. Le taux de chômage a lui évolué défavorablement: de 7% en 1999 et 2001 pour les docteurs diplômés trois ans auparavant, il est passé à 11% en 2004 et 2006. L'Iredu observe cependant que le salaire net mensuel médian des docteurs ayant un emploi augmente légèrement, de 1960 euros en 2001 à 2000 euros en 2006. Parmi ces docteurs, 37% sont fonctionnaires, 36% sont en CDI en entreprise et 24% en CDD.

Succès des CIFRE

Les docteurs qui ont bénéficié pendant leurs études d'une bourse CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche, pour 5% des doctorants), les associant à un laboratoire et à une entreprise, s'en sortent mieux que la moyenne. Leur taux de chômage était de 7% en 2006, et leur salaire net médian s'élevait à 2300 euros. En outre, 81% de ceux qui avaient un emploi l'exerçaient dans le secteur privé. Par contre, les docteurs ayant reçu une allocation de recherche (contrat passé avec l'Etat pour se consacrer uniquement à leurs travaux de recherche) (3) connaissaient le même taux de chômage au bout de trois ans que l'ensemble des docteurs (11%). Mais le salaire de ceux qui avaient un emploi (les trois quarts dans le secteur public) était inférieur, à 1960 euros net. A noter aussi, la proportion d'allocataires en contrat à durée limitée a progressé de quatre points entre 2004 et 2006, pour s'établir à 27%.

Devant le succès du dispositif CIFRE, le gouvernement a décidé de revaloriser de 16% le salaire minimum de ces doctorants financés par les entreprises. Ce salaire va passer de 1684 euros brut mensuels à 1957 euros pour les nouveaux contrats à partir du 1er septembre 2007. L'aide de l’Etat aux entreprises va augmenter parallèlement, de 14 635 euros annuels par doctorant à 17 000 euros. L'objectif est aussi d'accroître le nombre de conventions CIFRE de 10% dès 2007.

L'Iredu note que "le mode de financement de la thèse n’est pas le seul à jouer un rôle dans le processus d’insertion du jeune docteur": "le post-doctorat occupe une place significative" puisque 30% des diplômés de 2003, pour l'essentiel dans les sciences exactes, ont effectué un stage postdoctoral. Permettant aux jeunes docteurs de travailler dans un laboratoire de recherche tout en conservant un lien avec le secteur académique, ces stages les orientent naturellement vers le secteur public (pour 77% des docteurs en postdoctorat) et la recherche (pour 80%). Toutefois, les postdoctorats peuvent avoir la fâcheuse tendance de "faire perdurer les contrats à durée limitée".

Chimie et SVT à la traîne

Dernière variable influant sur l'insertion professionnelle: la discipline étudiée. Seuls les docteurs en lettres et sciences humaines ont vu leur situation s'améliorer, leur taux de chômage reculant de sept points entre 2004 et 2006, pour s'établir à 10%. Les disciplines les plus touchées par le chômage (à hauteur de 13% en 2006) et les contrats à durée limitée (pour respectivement 34 et 38% des docteurs) sont la chimie et les sciences de la vie et de la terre. Les sciences de l’ingénieur d'une part, les mathématiques et la physique d'autre part bénéficient de conditions d’insertion relativement bonnes, avec des taux de chômage de 9 et 6% respectivement.

Les doctorants ont également tendance à choisir de s’orienter vers le public ou le privé en fonction de la discipline dans laquelle ils font leur thèse. Ainsi, plus de 80% des docteurs en lettres ou sciences humaines travaillent dans le public, mais ils sont de plus en plus nombreux à exercer une profession hors recherche (40%), s’orientant notamment vers l’enseignement secondaire ou primaire. Les docteurs en droit, économie, gestion se retrouvent à hauteur de 47% dans le privé hors de la recherche et seulement 31% travaillent dans la recherche publique. Pour toutes les autres disciplines néanmoins, la recherche publique rassemble la majorité des docteurs.

L'Iredu constate que "sur la part de diplômés qui souhaitaient faire carrière dans la recherche publique (70% de l’ensemble des docteurs), 54% ont réussi au bout de trois ans à concrétiser leur souhait". Quelque 36% de l'ensemble des docteurs se disent mécontents de leur situation au bout de trois ans.

NB :

(1) Institut de recherche en éducation, sociologie et économie de l’éducation, rattaché à l'université de Bourgogne.
(2) Enquête sur l’insertion professionnelle des jeunes docteurs
L'Irédu a repris pour la première fois, à la demande du ministère de l'Education nationale, le travail effectué jusqu'alors par le Cereq (Centre d’étude et de recherche sur les qualifications) sur l'insertion des titulaires d'un doctorat au bout de trois ans. Les docteurs dans le domaine de la santé, ceux de plus de 35 ans ainsi que les docteurs de nationalité étrangère sont exclus de l'enquête. Sur environ 9300 thèses soutenues en 2003, l'échantillon d'étude est constitué de 1833 docteurs.
(3) Le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé fin août une augmentation de 8% de l'allocation de recherche pour les doctorants. A compter du 1er octobre 2007, les 12 000 doctorants allocataires de recherche seront rémunérés 1 650 € brut par mois contre 1 530 € brut par mois jusqu'alors. En parallèle, précise le ministère, "le dispositif d'accompagnement du doctorant et de contrôle de la qualité de ses travaux sera renforcé ; le caractère quasi-automatique du renouvellement du contrat d'allocation de recherche sera chaque année remplacé par une décision formelle de renouvellement du contrat". Ces décisions s'inscrivent dans le cadre du chantier sur le statut des jeunes chercheurs et des enseignants-chercheurs.

24/08/2007
Alison Cartier
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Voir aussi : cifre, doctorat
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