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Forum : Universit�s et Grandes Ecoles
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Les classes pr�pas � un tournant de leur histoire

Uniques en leur genre, les classes pr�paratoires sont un mod�le de r�ussite de l'enseignement fran�ais. Elles sont aujourd'hui appel�es � �voluer. Le contexte s'y pr�te, l'impose m�me. Trois d�fis se pr�sentent : l'int�gration au sch�ma LMD, le rapprochement avec l'universit� et l'ouverture sociale.



Lycée du Parc, Lyon
Lyc�e du Parc, Lyon
La mise en place du LMD à partir de 2001 a fonctionné comme un accélérateur de changements pour les universités et a renforcé la visibilité des grandes écoles. Il devrait en être de même pour les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Pour autant, l'intégration au schéma d'études européen n'est pas encore totalement achevée. Ainsi, la question de la validation des crédits ECTS reste en suspens. En effet, c'est désormais l'accumulation de ces crédits, qui fonctionnent comme des unités de valeurs à l'échelle de l'Europe, qui permet aux étudiants d'obtenir les différents grades : Licence, Master et Doctorat. Leur création remonte à 1988, leur généralisation à 1999, mais les classes préparatoires s'interrogent toujours sur la valorisation de leur enseignement en ECTS.

Comme les classes prépas ne sont pas des formations diplômantes, elles n'ont pas de valeur académique bien définie, mais seulement une valeur marchande liée aux taux de réussite des élèves aux différents concours des grandes écoles. Cette valeur marchande diffère d'une prépa à une autre. Certaines classes souhaiteraient donc voir leurs élèves valider plus de 60 crédits ECTS par année (équivalent d'une année universitaire). D'une façon plus générale, les CPGE militent en faveur de l'autogestion, et souhaiteraient se voir autorisées à valider elles-mêmes les acquis de leurs élèves. Ce qui leur permettrait de continuer à pratiquer un système de notation sévère, selon des critères maison, davantage adapté au système des concours. Dans ce cadre, et afin d'harmoniser la validation des crédits dans les différentes CPGE, un «conseil national des classes préparatoires» pourrait être institué, comme le proposent les représentants des enseignants.

Les universit�s aimeraient absorber les classes pr�pas

Pour le moment, conformément à l'arrêté du 23 avril 2002 relatif aux études universitaires conduisant au grade de licence, ce sont les universités qui peuvent valider le parcours des étudiants issus des CPGE. Et ce, dans le cadre de conventions conclues dans chaque académie entre les lycées à prépas et les universités, sans standard imposé. Les élèves qui n'ont pas intégré de grande école - et ils sont nombreux à l'issue des prépas littéraires - doivent donc solliciter une équivalence de diplôme (c'est-à-dire un certain nombre d'ECTS) auprès du conseil de classe de la prépa. Celui-ci transmet un avis à l'UFR et propose une équivalence pour l'obtention de la 1ère ou de la 2ème année de Licence.

L'UFR entérine ensuite cette proposition en commission de validation des acquis, en tenant compte notamment des résultats aux concours (1). Chaque cas est particulier, mais ce système présente le mérite d'inciter CPGE et universités à se rapprocher. Il crée toutefois un rapport de soumission des premières aux secondes. Ce qui n'est pas pour déplaire aux universités, qui souhaiteraient même aller plus loin et intégrer les CPGE en leur sein, si l'on en croit les propositions que la CPU (2) a formulées en mars 2005. Les universités récupèreraient alors les moyens budgétaires bien supérieurs alloués aux prépas :13 200 euros par préparationnaire, contre 6800 euros par étudiant en fac.

Se tourner vers l'international

Un rapprochement plus marqué entre CPGE, grandes écoles et universités semble souhaitable alors que la concurrence internationale s'accentue en matière d'offre de formation. En effet, la dispersion des moyens et des talents entre les universités d'une part et les grandes écoles d'autre part dessert l'enseignement supérieur français.

Les grandes écoles souffrent d'ailleurs d'un manque de visibilité, ne serait-ce que par leur petite taille. Elles essayent donc de s'internationaliser en recrutant davantage d'étudiants étrangers. Or, en l'état actuel des choses, il apparaît difficile que les CPGE puissent répondre à cette nouvelle dimension. Le mode de recrutement des élèves en prépa, puis le mode d'enseignement pratiqué, n'est pas de nature à attirer les étudiants étrangers en nombre. Globalement, les classes prépas risquent fort de rester, pour la plupart d'entre elles, des filières de recrutement en candidats français pour les grandes écoles. A moins qu'elles ne deviennent des composantes à part entière de l'université et en adoptent l'identité ?

Force est de constater que le fonctionnement des universités souffre, pour le moment, de lenteurs bureaucratiques trop prononcées pour accueillir des structures compétitives en leur sein. En outre, les lycées ont jusque-là fait la preuve de leur efficacité dans la gestion des CPGE.

Un parcours qui intimide

Élitisme, stress, compétition : l'image des classes prépas est à la fois celle du prestige et de la discrimination. Discrimination pour ceux qui manquent d'ambition pourrait-on dire. Sauf que le goût de l'ambition est plus facile à acquérir dans certains milieux que dans d'autres. En ce sens, un rapport en date de novembre 2005, rédigé par le député Manuel Valls (PS), proposait que 6% des meilleurs bacheliers de chaque lycée soient automatiquement admis à l'entrée des CPGE et de certaines filières sélectives. Cette disposition, qui ne s'est pas transformée en proposition de loi et n'a pas été examinée par l'Assemblée nationale, aurait pu lever un frein psychologique, faciliter la diversification des profils d'élèves en prépas et aurait au moins eu le mérite de clarifier les règles d'admission aux yeux de tous. Elle présentait cependant l'inconvénient de détourner davantage les bons bacheliers de l'université.

Des initiatives, moins radicales, seront mises en place dès la rentrée prochaine. Ainsi trois classes préparatoires expérimentales ouvriront leurs portes en 2006. Les deux premières, à dominante scientifique, sont situées dans l'académie de Créteil, au sein des lycées Feyder (en partenariat avec l'Institut supérieur de mécanique de Paris) et Jean Moulin (en partenariat avec l'université de Marne-la-Vallée et les écoles du Polytechnicum). Enfin, de son coté, le Lycée Henri IV de Paris va lancer sa classe préparatoire aux études supérieures. Ce dernier dispositif, qui fonctionne comme un sas de mise à niveau pour les élèves qui veulent ensuite intégrer les CPGE classiques de ce lycée, concernera 30 élèves boursiers. Ils seront logés sur place et bénéficieront d'un encadrement spécifique.

NB :

(1) Par exemple, l'université de la Sorbonne propose aux élèves qui effectuent une troisième année de prépa et qui sont admissibles ou admis aux ENS d'obtenir l'équivalence de la licence complète.
(2) Conférence des Présidents d'Université (CPU)

Sur le site internet : Ecouter le témoignage d'Alice, 20 ans, élève en deuxième année de prépa aux grandes écoles de commerce à Paris

La cote de popularité des prépas est repartie à la hausse, si l'on s'en réfère aux vœux exprimés par les élèves de terminale cette année. Les souhaits d'entrée en prépa seraient ainsi en augmentation de 2,7% pour les classes scientifiques, de 5,5% pour les classes littéraires et de 11,6% pour les classes économiques, selon les chiffres de la procédure informatisée d'admission en CPGE, repris par l'Agence Education Formation (AEF). Le blocage des universités, prises dans le tourment des manifestations anti-CPE depuis la fin du mois de février, a peut-être involontairement contribué à ce regain d'intérêt pour les filières sélectives (les inscriptions en prépa se déroulaient cette année du 20 janvier au 20 mars).

17/04/2006
P-A. Pillet

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