| Le regard d'un universitaire qu�b�cois Pierre Desrochers est professeur adjoint au d�partement de g�ographie de l'Universit� de Toronto et chercheur associ� � l'Institut �conomique de Montr�al. Titulaire d'un Ph.D. en g�ographie de l'Universit� de Montr�al, il a enseign� dans plusieurs universit�s canadiennes et am�ricaines. Il a �galement �t� assistant de recherche � l'Universit� de Toulouse-Le Mirail en 1996. |
- On parle en France d'une hausse des droits d'inscription dans les universit�s, pour leur donner davantage de moyens. Serait-ce une mesure positive, d'apr�s votre exp�rience en France et dans divers pays �trangers ? - Le pi�tre �tat des universit�s fran�aises, du moins lorsqu'on les compare aux universit�s publiques nord-am�ricaines (am�ricaines et canadiennes) est vraiment ind�niable. La hausse des frais de scolarit�, qui repr�sentent une portion du financement universitaire nettement moins �lev�e en France qu'en Am�rique du Nord, peut donc sembler, dans ce contexte, une solution souhaitable. Je crois que cette mesure est particuli�rement justifi�e dans la mesure o�: [l]la majorit� des �tudiants universitaires sont encore issus, dans l'ensemble, des couches plus privil�gi�es de la population (c'est du moins le cas au Qu�bec). Dans ce contexte, des frais de scolarit� plus bas se traduisent dans les faits, ou du moins partiellement, par un financement des �tudes d'individus privil�gi�s par les imp�ts d'individus moins privil�gi�s [l] la quasi-gratuit� des �tudes n'incite pas les �tudiants � exiger d'en avoir pour leur argent. Des frais plus �lev�s les am�neraient par contre � s'interroger davantage sur la r�partition des fonds dans le syst�me universitaire (par exemple, le poids respectif de la bureaucratie par rapport � l'accessibilit� aux outils informatiques, aux livres, � la qualit� des locaux, etc.) et � la qualit� (ou au caract�re pratique) de leur formation [l]une hausse des frais de scolarit� corrigerait partiellement le sous-financement du r�seau universitaire. Reste � voir �videmment o� aboutirait l'argent des �tudiants. |
- Comment les �tudiants pourraient-ils alors financer leurs �tudes? Quelles voies seraient � explorer? - Dans plusieurs pays, notamment en Australie et au Japon, de g�n�reux programmes de pr�ts sont disponibles pour les �tudiants moins fortun�s. Ces pr�ts doivent �tre rembours�s une fois les �tudes termin�es, selon un �ch�ancier variable. Dans la mesure o� chaque �tudiant b�n�ficie directement de cet investissement, je crois qu'il n'est que raisonnable de leur demander d'en assumer le co�t. � mon avis, cette formule inciterait les �tudiants � terminer leurs �tudes plus rapidement et � choisir une formation qui les pr�parerait mieux � affronter le march� du travail. Je crois �galement que cette formule est celle qui r�concilie le mieux les b�n�fices sociaux et individuels qui r�sultent d'un investissement accru dans une formation pertinente et de qualit�. |
- Quels sont les enjeux pour la France d'une telle r�forme? Est-ce qu'un d�bat similaire a lieu au Qu�bec? - La question des frais de scolarit� est toujours au c�ur des revendications �tudiantes. La plupart des activistes se contentent cependant le plus souvent d'exiger la gratuit�, au Qu�bec comme ailleurs. Les leaders �tudiants auraient cependant int�r�t � se demander si, � force d'exiger la gratuit�, ils ne finiront pas par en avoir pour leur argent. Une formation gratuite qui ne vaut pas grand-chose est selon moi nettement moins d�sirable qu'une formation plus co�teuse, mais qui pr�parera mieux les �tudiants � affronter le monde hors des enceintes universitaires. Je crois �galement que le r�seau universitaire fran�ais a plusieurs probl�mes et que les frais de scolarit� n'en sont qu'une facette. Il faudrait �galement, selon moi, aborder son caract�re hyper-centralis�, l'uniformit� relative de salaires qui ne sont pas li�s � la productivit�, et le poids consid�rable de la bureaucratie. |
Propos recueillis par Alison Cartier 2003-10-31 |