Le modèle français de financement des écoles de commerce a-t-il vécu?
David Allais
Les Chambres de commerce et d’industrie (CCI), partenaires historiques des écoles de management en France, subissent actuellement des baisses dans leur budget alors que les écoles, pour se développer, ont un besoin croissant de moyens. Le modèle de financement des écoles de management est en danger.
BEM Management School (Bordeaux)
Si le président de l’ESCEM trouve ce choix pertinent, Philip McLaughlin, directeur de Bordeaux école de management (BEM) et Xavier Cornu, directeur général délégué à l'enseignement, la recherche et la formation de la CCI de Paris, sont plus réservés. Le premier exprime sa frustration de n’avoir pu accéder aux fonds de l’Opération Campus et se plaint d’être un partenaire marginal de l’Université ; le second souhaite qu’une partie des fonds récoltés via le grand emprunt irrigue les budgets des écoles de management.
Pas inquiets
Campus allemand de l'ESCP
Pas étonnant, donc, que Xavier Cornu affiche une politique de développement dynamique avec, par exemple, un investissement de 140 millions d’euros pour la rénovation du campus de HEC. « Nous avons également mis de l’argent dans les campus allemand et espagnol de l’ESCP », précise Xavier Cornu. « Nous ne comptons pas réduire la voilure de nos écoles : nous avons bien compris que la compétition se jouait au niveau mondial et nous ne baisserons pas la garde. Il y a effectivement des restrictions budgétaires, mais il y a des solutions, notamment en améliorant notre gestion interne pour mieux redéployer les moyens ».
Rayonnement régional
Audencia (Nantes)
Des évolutions progressives
Etudiants à l'ESCEM (Tours)
A l’ESCEM, François Duvergé prévient cependant qu’une partie de ces solutions pourrait se révéler peu rentables : les nouveaux cours exigent de nouveaux professeurs, donc des coûts supplémentaires et l’ouverture de campus à travers le monde ne sera, selon lui, bénéfique que sur un temps court. « Les Chinois n’auront pas besoin éternellement de nos écoles pour former leurs cadres », souligne-t-il, « le problème, c’est que les écoles ont un côté mimétique : dès que l’une d’entre elles s’engage dans une voie, les autres suivent sans avoir réellement pesé le pour et le contre. » Et puisqu’une augmentation des droits d’inscription semble inenvisageable dans un marché déjà très tendu, le président du conseil d’administration de l’ESCEM préconise un recours aux opérateurs privés pour financer les écoles. « J’observe que les écoles à capitaux privés sont aujourd’hui en croissance plus forte que les écoles consulaires ».
Préparer l’avenir
Philip McLaughlin, souhaite, lui, au contraire, s’éloigner de cette solution : « Je revendique le fait que BEM est un établissement semi public, dont la stratégie n’est pas motivée par la recherche de bénéfices pour les actionnaires et cette identité nous donne une crédibilité forte ». Si les stratégies divergent, la préoccupation des dirigeants des écoles de management est la même : adapter leurs établissements aux évolutions actuelles pour préparer l’avenir. Un souci d’autant plus important en temps de crise, comme le fait remarquer Xavier Cornu : « Tout le monde est touché par les restrictions budgétaires. Il faut donc juguler les pertes et investir. Ce sont ces investissements qui permettront aux établissements de rebondir quand la conjoncture sera meilleure ».
NB :
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