Frank Bournois (CEFDG) : "une logique de progrès et non de sanction"

Propos recueillis par David Allais

La Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) est chargée de définir les normes de qualité des enseignements en gestion. Elle évalue les formations et tranche sur l’attribution ou non du grade de master. Franck Bournois la préside depuis mars 2010.

Quelles sont les principales missions de la commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) que vous présidez ?
Notre rôle est d’abord l’observation des formations et la définition des normes de qualité. Le décret n°2001-295 du 4 avril 2001 portant création de la commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion précise qu’elle « organise les modalités de contrôle de la qualité des formations supérieures de commerce et de gestion dans la perspective de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur ». Elle examine leur évolution, prend en compte le potentiel de recrutement des établissement et les évolutions du marché de l’emploi. L’attribution des grades est une continuation de la mission principale. Nous ne sommes pas une simple instance technique de contrôle ; nous avons un rôle sur le long terme.

Comment coopérez-vous avec l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) qui travaille en partie sur les mêmes domaines ?

J’ai rencontré Didier Houssin, le président de l’AERES,pour aborder en parfaite coordination les dossiers communs. Nos domaines ne se recoupent pas complètement, car il y a des écoles qui, de par leur statut, ne sont pas concernées par les évaluations de l’AERES. Nous avons décidé de répartir nos évaluations dans le temps. Nous intervenons en premier et nous fournissons nos conclusions à l’AERES qui peut s’appuyer dessus pour son travail. Nous partageons le souci de transparence pour toutes les parties impliquées et la volonté de nous inscrire dans une démarche de progrès et non dans une logique de sanction. Nous avons également des similitudes de méthode : notre travail est fondé sur l’écoute des acteurs concernés, il ne s’agit pas d’une simple étude de dossier.

Quels sont les principaux critères examinés ?
Pour les formations bac+3, il faut que le corps professoral permanent assure au moins un tiers des heures de cours de la formation. Nous faisons très attention à la réalité de l’intégration des étudiants sur le marché du travail immédiatement après l’obtention du diplôme pour juger du caractère réellement professionnalisant de la formation. Nous sommes également sensibles à la recherche, mais moins que pour les bac+5. Les formations Bac+5 doivent, elles, produire une recherche ouverte mêlant exigences internationales et spécificités françaises, notamment au niveau de la production d’articles en français. Les professeurs permanents doivent dispenser au moins 50% des cours. Pour l’attribution du grade de master, nous regardons avec attention l’insertion professionnelle, les spécificités et innovations pédagogiques, les chaires, les partenariats avec les entreprises, la variété du recrutement - notamment le nombre de boursiers - ou encore le bon fonctionnement des formations en alternance.

Quels différents types d’avis peut rendre la commission ?
Nous décidons de l’attribution ou non du grade ou de la reconnaissance de la formation. Nos avis peuvent couvrir une période allant de 2 ans à 6 ans en fonction de la qualité de la formation. Les demandes de renouvellement se font sur dossier et auditions, les premières demandes sont examinées par des experts mandatés pour cela. Un nouveau postulant ne peut pas obtenir de reconnaissance de 6 ans. Une formation ayant, par exemple, une reconnaissance de 4 ans, ne peut pas, sauf catastrophe, se voir retirer son grade. Dans ce rare cas-là, nous leur donnons une période de deux ans pour évoluer. Nous savons que les changements prennent du temps, qu’il n’est pas possible de recruter un corps professoral en six mois et qu’une passage à vide ne préjuge pas forcément de l’évolution globale sur le long terme. Par contre, une formation à qui nous avons donné une reconnaissance pour une période de deux ans peut parfaitement la perdre si elle a régressé fortement sur la période.

Avez-vous les moyens de vérifier les données transmises par les écoles, notamment en matière d’insertion professionnelle ?
La commission est composée de 16 membres bénévoles tous très occupés par ailleurs et ne dispose pas de moyens financiers spécifiques. Il n’est donc pas possible de tout vérifier : nous faisons confiance aux écoles et aux chiffres de la Conférence des grandes écoles (CGE). Mais attention, un établissement qui tricherait sur ses résultats s’expose à un sérieux retour de bâton. Le monde des formations en gestion est un petit monde. Dans un contexte d’hyper compétition, il y a toujours quelqu’un pour vous parler des défauts des autres : je ne compte plus le nombre d’e-mails et d’appels que je reçois pour m’informer sur les pratiques de telle ou telle formation. Bien évidemment, je prends ces informations avec la distance nécessaire pour les utiliser avec discernement.

Le budget est-il un critère que vous prenez en compte ?

Il n’y a pas de critère lié directement au budget, mais le budget entre en ligne de compte de manière mécanique : même une petite école va devoir dépenser environ 75.000 euros par an pour un professeur. Avec une quinzaine de professeurs, on dépasse déjà le million et ça ne prend pas en compte tous les autres coûts. Il y a donc un seuil critique, c’est pour cela que nous sommes dans une phase de regroupement. Nous le suggérons parfois aux établissements, ça permet de les mettre dans une dynamique quand ils hésitent à franchir le pas. Nous prenons néanmoins en compte la réalité territoriale : il faut des écoles dans les régions pour former les cadres locaux.

Les intégrations dans les PRES ou les campus à l’étranger sont-ils des points que vous prenez en compte ?
Nous ne les prenons pas en compte spécifiquement : ce qui nous intéresse, c’est la manière dont les écoles se projettent en termes de développement de site, d’emplois. Nous les interrogeons beaucoup sur le futur. L’intégration à un PRES est intéressante dans la mesure où elle est cohérente avec la stratégie globale de l’établissement. En ce qui concerne les campus à l’étranger, nous sommes extrêmement attentifs à ce que les écoles nous informent, y compris une fois qu’elles ont obtenu le grade de master : cela change les perspectives, en termes d’emploi notamment.

Comment jugez vous l’insertion professionnelle globalement ?
Je souhaite que nous puissions jouer un rôle sur la comptabilisation du nombre total d’étudiants des formations en commerce et gestion qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Nous demanderons aux écoles de nous fournir une projection sur trois ans : il est important que le nombre de personnes formées corresponde à la capacité d’absorption du marché de l’emploi.

Une augmentation significative du nombre de formations visées est-elle envisageable ?
Je trouve que nos écoles de gestion progressent : toutes les écoles qui ont le grade de master sont des écoles de qualité. Dans ce contexte, et si le marché de l’emploi suit, une augmentation progressive pourrait avoir lieu. Mais il n’y aura de toute façon pas d’explosion. Je suis favorable à ce que les établissements puissent obtenir un 2ème grade de master dans le cas ou elles mettraient en place un master anglophone destiné à promouvoir les formations françaises auprès des étrangers.

Où est-il possible de trouver des informations précises sur les formations que vous avez visées ?
D’ici la fin de l’année, une synthèse de toutes les formations passées en commission depuis septembre 2010 sera mise en ligne sur notre site www.cefdg.fr En juin 2012, nous publierons l’ensemble des indicateurs précis et les caractéristiques d’ensemble des formations visées.