Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation

Quentin Ariès

Et de cinq ! Depuis 2008, les Instituts d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg et Toulouse organisent un concours commun. Avec environ 10 000 candidats, il compte parmi les plus attractifs de France.

En 2012 le nombre d’inscrits au concours était, d’après nos informations, proche de 11 000 (90% des candidats ont participé à l’ensemble des trois épreuves) pour 1000 places offertes, soit 30 de moins que l’an passé.

Plus de 4000 candidats ont obtenu une note supérieure à 10 au concours, d’après les organisateurs. La répartition des places était la suivante :

Etablissement 2011 (1030) 2012 (1000)
Aix-en-Provence 170 130 (-40)
Lille 140 145 (+5)
Lyon 200 190 (-10)
Rennes 160 165 (+5)
Strasbourg 160 165 (+5)
Toulouse 200 205 (+5)


Interrogé par l’Observatoire Boivigny, via un questionnaire diffusé sur notre site et notre forum pendant l’été (1), les candidats expliquent leur motivation à se présenter aux concours des IEP par le « prestige » associé au label Sciences Po. Les candidats ne sont toutefois que faiblement renseignés sur les débouchés professionnels ou les taux d’insertion. Les mieux informés se disent intéressés par le journalisme et la communication, les relations internationales et la fonction publique.

D’autres mettent en avant le côté pluridisciplinaire et la formation généraliste de « haut niveau » que proposent ces établissements. La possibilité d’effectuer une année à l’étranger est aussi louée par les candidats.

Enfin, les IEP sont parfois perçus par certains candidats comme des tremplins pour les écoles de commerce. Nombreux sont ceux qui prévoient d’effectuer un double diplôme, quitte à ne pas étudier pendant cinq dans leur IEP.

La hiérarchie et la répartition des candidats dans les six établissements
Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation
Cette année, les derniers admis au concours avaient environ 11,75 de moyenne, tandis que les écarts de places entre admis et non-admis sont infimes. Un dixième de point à la moyenne globale peut séparer un admis d’un refusé. Autant dire que, malgré une péréquation des notes entre les correcteurs des différents centres d’examens, le facteur « chance » joue un rôle non négligeable. C’est le cas dans tous les concours.

En 2012, le dernier admis se situe au rang 1412 soit 10 places de moins environ qu’en 2011. Ce, alors que le concours comptait 30 places en moins. Il n’y a donc pas eu de variation significative du niveau.

Dans l’échantillon interrogé par nos soins, la moitié des admis avait obtenu la mention Très Bien au baccalauréat. Et 85% des admis avait obtenu la mention Bien ou Très Bien.

Les paramètres pris en compte par les candidats pour établir leur classement des IEP
Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation
D’après notre questionnaire il semblerait que, pour la grande majorité des candidats, la préférence géographique prime sur les autres considérations.

Pour les candidats franciliens, les IEP de Lille, Lyon, Strasbourg et Rennes, tous à moins de 2h30 de Paris, sont favoris. Ce critère géographique et la surreprésentation des candidats du Nord de la France (au nord de l’axe La Rochelle / Lyon) explique en grande partie que Toulouse ou Aix soient moins choisis. Quant aux 2100 candidats qui ont passé le concours à Rennes, ils mettent l’IEP de Strasbourg, en bas de leur liste de préférence.

Mais d’autres critères entrent aussi en jeu dans le choix des candidats. Ainsi, les masters proposés par les établissements, la qualité de leur communication (site internet, brochure, accueil téléphonique, présence sur les salons, publicité, portes ouvertes...) ont un impact sur les préférences des bacheliers ou néo-bacheliers. Ainsi, nombreux sont les candidats à préférer Sciences Po Lille en raison de son partenariat privilégié avec l’ESJ de Lille, une école de journalisme réputée.

Pour notre échantillon de 270 candidats interrogés en-ligne, le classement des établissements était le suivant :

Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation
- L’établissement le plus plébiscité semble être Lille qui représente 38% des choix 1 et 20% des choix 2.
- Toulouse, est le moins choisi par les candidats puisque sa proportion entre les choix 1 et les choix 6 augmente de 8 à 41%.
- Les établissements d’Aix-en-Provence, Lyon, Rennes et Strasbourg ont des recrutements assez similaires entre 10 et 20% en moyenne entre les choix 1 et 6. L’écart en moyenne entre ces établissements dans les moyennes des derniers admis est d’ailleurs négligeable.

Des candidats bien préparés
Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation
Une majorité des candidats a suivi une préparation spécifique au concours (plus de 80% de notre sondage). La préparation Tremplin IEP remporte un franc succès. Cette préparation à distance compterait près de 1000 inscrits. Beaucoup de candidats font aussi appel aux formations du CNED (Centre National de l’Enseignement à Distance) ou encore de la Documentation Française.

20% des répondants à notre questionnaire avaient suivi une formations privée, annuelle ou intensive, pour des coûts qui vont de 800 euros pour un stage d’une semaine à 8000 euros pour une préparation annuelle.

15% des répondants avaient suivi une préparation publique annuelle ou intensive dans des lycées ou en parallèle d’un cursus universitaire en sciences sociales et juridiques comme il en existe à Montpellier ou Lille 3.

Les bac+1 plus facilement admis
Les bac+1, qui pèsent seulement un tiers des candidats, représentent d’après les réponses que nous avons recueillies en ligne, un peu moins de la moitié des admis. Près de la moitié d’entre eux avaient déjà tenté le concours en 2011.

D’après les résultats de notre enquête, les bacheliers 2011 qui ont présenté la session de 2012 étaient principalement des étudiants qui avaient effectué une année de CPGE.

Préparation Pourcentage
CPGE - Hypokhâgne AL 23%
CPGE - Hypokhâgne BL 13%
CPGE – Ecoles de Commerce 14%
CPGE – ENS Cachan D1 et D2 9 %
Préparation publique annuelle 11%
Préparation privée annuelle 11%
Cursus universitaire 17 %
Autres cursus ou année de césure 2%


Une grande partie d’entre eux ont, plus précisément, effectué une année en Hypokhâgne AL (Lettres Supérieures) et Hypokhâgne BL (Lettres et Sciences Sociales). Ces deux formations semblent donc être une option pertinente pour préparer les concours (méthodologie, conventions avec certains IEP pour être admis sur dossier en 2ème ou 3ème après la Khâgne, la Banque d’Epreuve Littéraires, formation poussée en Philosophie, Histoire, Géographie ou langues). Mais d’autres classes préparatoires peuvent aussi accueillir des postulants à Sciences Po. Les prépas ENS Cachan D1 (Economie-Droit) ou D2 (Economie-Gestion) sont aussi de bonnes formations pour tenter Sciences Po.

Certains candidats viennent aussi des classes préparatoires pour les écoles de commerce (ECE ou ECS) ou de cursus universitaires. En effet, près d’un cinquième des candidats bac+1 sont issus de l’université (cursus de Droit, Histoire, Langues Etrangères Appliquées).

Le plan B des candidats au concours
Chaque année, environ 40% des candidats au concours commun des IEP tentent au moins un autre concours (et notamment celui des IEP de Paris, IEP de Bordeaux, IEP de Grenoble principalement, ainsi que les voies d’accès spécifiques des autres IEP). Mais que font ceux qui échouent partout ? D’après les réponses que nous ont apporté les répondants à notre questionnaire, leur intention était, en cas d’échec aux concours, de s’inscrire dans l’une des filières suivantes :

Préparation Pourcentage
CPGE - Hypokhâgne AL 19%
CPGE - Hypokhâgne BL 14%
CPGE – Ecoles de Commerce 18%
CPGE – ENS Cachan D1 et D2 10%
Préparation publique annuelle 6%
Préparation privée annuelle 2%
Cursus universitaire 28 %
Autres cursus ou année de césure 3%

Les IEP les plus demandés : du changement dans la hiérarchie.
IEP d'Aix
IEP d'Aix
D’après ce que nous pouvons interpréter des réponses données à notre questionnaire, l’IEP de Lille a continué en 2012 de figurer dans les premiers choix émis par les candidats, l’IEP de Strasbourg a reculé. Passage en revue des évolutions, IEP par IEP.

Sciences Po Aix, une baisse sensible des places

Avec 130 places cette année contre 170 en 2011, Sciences Po Aix a décidé de diminuer sensiblement son nombre de places offertes au concours. En parallèle, l’institut a ouvert une admission sur dossier pour les bacheliers ayant reçu la mention Très Bien. Ce faisant, l’IEP pouvait espérer recruter plus haut dans la liste principale.

Peu de candidats semblent l’avoir positionné en choix 1 ou 2 comparé à d’autres IEP comme Lille mais aussi Lyon, Strasbourg ou Rennes. Sciences Po Aix a bouclé son recrutement à la 232ème place sur liste complémentaire selon nos sources.

Sciences Po Lille, toujours favorite des candidats

145 places étaient disponibles cette année, soit cinq de plus qu’en 2011. Encore une fois l’institut nordiste a été le plus choisi parmi les candidats au concours commun des IEP. D’après les résultats de notre questionnaire, 45% des candidats choisissent Lille comme premier vœux et 25% comme second choix. C’est ce plébiscite dans les premiers rangs qui explique que le dernier admis dans l’établissement nordiste était 652ème cette année.

On note d’ailleurs que c’est l’IEP qui a l’ancrage local le moins prononcé avec 20% d’admis seulement provenant de la région Nord-Pas-de-Calais (un tiers des admis sont franciliens).

Pourquoi une telle cote de l’IEP de Lille ? Bien que ses statistiques d’insertion professionnelle soient semblables aux autres Instituts, l’IEP nordiste demeure le plus choisi dans les choix 1 ou 2 (plus de 70% des répondants à notre questionnaire). Il est plus souvent choisi par les franciliens pour sa proximité avec Paris, mais il faut noter que le directeur de l’établissement est également très doué pour mettre en place des partenariats et le faire savoir (double-diplôme en journalisme avec l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, filières internationales). Y étudier revient à 1300 euros l’année en premier cycle en comptant la sécurité sociale étudiante obligatoire.

Sciences Po Lyon, une grosse promotion et un recrutement constant
IEP de Rennes
IEP de Rennes
Tout comme son homologue provençal, l’Institut lyonnais a ouvert moins de places en 2012 (10 places en moins par rapport à 2011). Mais comme l’année dernière, les derniers admis dans cet IEP se trouvaient dans les rangs 190-200 sur liste complémentaire.

Sciences Po Rennes, le deuxième établissement « plein »
Surprise de l’année dernière, l’IEP de Rennes avait réussi à renforcer sa sélectivité avec un recrutement autour des rangs 1080-1100. Avec 165 places cette année, l’IEP breton a recruté plus bas dans la liste complémentaire avec les rangs jusqu’au rang 1124-1130. Néanmoins il reste second dans la rapidité de son bouclage quelques jours avant les établissements d’Aix, Lyon, Strasbourg et Toulouse.

Selon l’administration de l'établissement rennais 85% des admis avaient placé Rennes en choix 1 ce qui traduirait un fort ancrage territorial de l’IEP breton. Le fait que les Pays de Loire et la Bretagne soient des régions où le niveau des lycéens est supérieur à la moyenne nationale (résultats du baccalauréat mais aussi sur le point d’une classe d’âge arrivant au baccalauréat) pourrait en partie expliquer ce résultat.

Sciences Po Rennes ouvre son campus à Caen.
Tout comme Paris, Grenoble ou Lyon, Sciences Po Rennes a décidé d’ouvrir une antenne hors de ses locaux d’origine. Caen a été choisi pour les politiques publiques liées au développement durable. Ce sont une vingtaine d’étudiants en 2ème année qui ont choisi la nouvelle section « développement durable » pour cette année 2012-2013 pour être diplômée en 2016. Pour l’instant seul le fonctionnement de la seconde année est connu.

Sciences Po Strasbourg, une mauvaise surprise
IEP de Strasbourg
IEP de Strasbourg
Sciences Po Strasbourg offrait cette année cinq places supplémentaires pour atteindre 165, comme l’Institut rennais. Mais alors que cet IEP connaissait initialement un recrutement principalement concentré sur la liste principale, ce n’est plus le cas depuis deux ans. L’établissement alsacien recrute de plus en plus loin sur la liste complémentaire. Le dernier admis était dans les rangs 1250 soit une baisse de 150 places par rapport à 2011. Cela peut s’expliquer par le faible nombre de candidats alsaciens par rapport aux candidats des régions Bretagne ou Rhône-Alpes, mais aussi par une communication peu offensive et des partenariats moins séduisants que dans d'autres IEP.

L'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg, une exception institutionnelle.
Tous les Sciences Po hormis Paris sont rattachés à une université (généralement la faculté de Droit et de Sciences Sociales). L’IEP de Strasbourg est, quant à lui, devenu une composante de « l’Université de Strasbourg » issue de la fusion des trois facultés présentes auparavant. Cet établissement a donc choisi la stratégie inverse des autres IEP qui eux, s’émancipent et gagnent en autonomie par rapport à leur faculté d’origine. En choisissant cette voie, l’IEP s’évite les relations conflictuelles que connaissent certains IEP par rapport à l’université et peut proposer près de cinquante parcours en sciences humaines, économie et sciences sociales contre une quinzaine dans les autres IEP. Il a, en contrepartie, fait le choix d’intégrer un grand ensemble, ce qui le met peu en valeur. Par ailleurs, il s’est pour le moment contenté de signer des partenariats en interne (avec l’école de commerce de l’université en question et l’école de journalisme locale).

Sciences Po Toulouse à la fin de la liste complémentaire en raison de la taille des promotions
IEP de Toulouse
IEP de Toulouse
C’est l’établissement le plus au sud, le plus loin de Paris et généralement moins choisi par les candidats du fait de son éloignement géographique par rapport aux principales réserves de candidats. L’IEP de Toulouse offrait 205 places cette année. En raison du facteur géographique et d’une taille de promotion importante, c’est l’établissement qui recrute le plus bas dans la liste. Le dernier admis toulousain était ainsi cette année au rang 410 sur liste complémentaire. D'après nos observations, la cote de cet établissement tend toutefois à s’améliorer rapidement auprès des candidats sur les forums internet.

Pour la première fois en 2013 : un concours avant le BAC
Concours commun des IEP : hiérarchie, motivation et préparation
En 2013, les épreuves du concours commun des IEP aura normalement lieu fin mai, soit pour la première fois avant les épreuves du baccalauréat. Ce décalage s’explique par une volonté du ministère mais aussi des IEP de se rapprocher du calendrier Admission Post-Bac.

Le concours ne devrait donc plus prendre en compte la note obtenue au baccalauréat par les candidats (coefficient 1 jusqu’alors). Les épreuves d’histoire, de langues et de « Questions Contemporaines » resteront inchangées.

Les Instituts d’Etudes Politiques du concours commun maintiennent toutefois l’ouverture du concours en première année aux bacheliers de l’année précédente. Ce, contrairement à ce que pratique Sciences Po Paris.

NB :
(1) Un total de 270 réponses a été collecté (pour 10 000 candidats). Dans les répondants au questionnaire, 71% avaient un rang compris entre 1 et 1400 ce qui représente de 15% des admis.

Remerciements :

L’équipe de l’Observatoire Boivigny souhaite remercier les membres du forum, des actifs aux invités, pour leur présence encore plus importante cette année qu’en 2011. Nous souhaitons aussi remercier les différents responsables administratifs des établissements pour la confiance qu’ils font à notre association depuis plusieurs années.