| Dix id�es re�ues sur les �coles de commerce Les 220 �tablissements regroup�s sous l�appellation �coles de commerce renvoient souvent � la m�me image : celle d��coles priv�es, on�reuses, qui forment de bons vendeurs amen�s � occuper des postes � responsabilit� en entreprise. Une image caricaturale qui ne traduit pas l��volution qu�ont connue ces �coles et la place qu�elles occupent aujourd�hui dans l�enseignement sup�rieur fran�ais. Peu de ces �tablissements cherchent � communiquer sur la r�alit� de l�enseignement qu�ils prodiguent. Les plus r�put�s pr�f�rent se concentrer sur leur vivier naturel que sont les classes pr�paratoires aux grandes �coles. Ils ne prennent pas la peine d�expliquer, pour commencer, que les �coles de commerce ne forment pas des � commerciaux � comme les �coles d�ing�nieurs forment des ing�nieurs. |
Elles forment des commerciaux Cette image a la vie dure et c�est probablement l�une des plus fausses. De fait, si les dipl�m�s d��coles de commerce sont appel�s les � commerciaux �, c�est souvent � tort car � l�exception de quelques �coles sp�cialis�es, type N�gosup � Paris (niveau Bac+5), l�art de la vente n�est que tr�s rarement enseign� dans les grandes �coles de commerce. Les dipl�m�s ne savent donc pas mieux vendre ou se vendre que les dipl�m�s d�autres formations. |
Ce sont des �coles priv�es C�est l�une des id�es re�ues les plus r�pandues. La confusion vient de ce qu�il existe dans le primaire et le secondaire (coll�ges, lyc�es) deux syst�mes parall�les, priv� et public, qui proposent le m�me enseignement et m�nent � un m�me dipl�me, le baccalaur�at. Le � commerce � dans l�imaginaire collectif ne peut donc relever que du priv�, tandis que l�universit� rel�ve du public. La structure de l�enseignement sup�rieur est cependant autrement plus compliqu�e que celle des primaire et secondaire, et les statuts mixtes plus r�pandus. Ainsi, parmi les quarante premi�res �coles de commerce, on trouve plus de 60% d��tablissements consulaires. C�est-�-dire qu�ils rel�vent d�une Chambre de Commerce et d�Industrie (CCI), lesquelles sont des �tablissements publics, soumis � la tutelle de l�Etat. On trouve �galement des structures associatives (comme l�Essec), des �coles int�gr�es � l�universit� (tel l�IECS), et seulement 20% des �coles de commerce sont priv�es. |
Elles ne m�nent qu�au priv� Les �coles de commerce visent essentiellement � former des jeunes qui vont s�ins�rer dans le secteur priv�, ce n�est pas une surprise. Mais c�est �galement le cas de l��crasante majorit� des formations sup�rieures propos�es en France. Pour la simple et bonne raison que 82% des actifs en France rel�vent du priv�, qui propose l�essentiel des emplois. Ainsi, 80% des dipl�m�s d�Institut d�Etudes Politiques se dirigent vers le priv�, tout comme les dipl�m�s de l�universit�, y compris ceux qui sortent de facult�s dites � litt�raires �. A l�inverse, on peut dire que les �coles de commerce ne forment pas exclusivement des �tudiants amen�s � oeuvrer dans des firmes multinationales. Nombre de leurs dipl�m�s s�ins�rent dans le secteur non-marchand ou assimil�. On trouve dans les �coles de commerce des formations � l�univers de la culture (c�est d�ailleurs une majeure de sp�cialisation propos�e � HEC et � Audencia Nantes notamment), � l�univers associatif et aux ONG (il existe d�ailleurs nombre d�associations caritatives dans ces �coles), on peut �galement y suivre des cours li�s � l��dition ou � la psychologie. Il existe m�me des cours de pr�paration aux concours de la fonction publique (� l�ESCP et � l�Essec par exemple). |
On fait une �cole de commerce pour le salaire � la sortie La presse classe plus souvent les �coles de commerce par niveau de salaire des jeunes dipl�m�s que les �coles d�ing�nieurs, les masters universitaires, ou les IEP. Pourquoi ? Parce qu�en se limitant aux 30 premi�res, comme c�est souvent le cas, le recueil des donn�es est nettement plus ais� que pour d�autres types de formations. Ces �coles sont habitu�es � communiquer (et � s�arranger avec la r�alit�) sur le sujet, le milieu professionnel �galement. Pour autant, le salaire n�est pas la motivation premi�re des candidats � ces formations, qui n�en savent gu�re plus que les �tudiants d�autres �tablissements sur la r�alit� des d�bouch�s au sortir des �tudes. D�ailleurs, si tel �tait le cas, ils auraient tout int�r�t � se diriger vers les �coles d�ing�nieurs, car les dipl�m�s des meilleures d�entre elles per�oivent des salaires sup�rieurs � ceux des �coles de commerce les plus r�put�es. |
Elles co�tent cher, ce sont des bo�tes � fric La plupart des �coles de commerce facturent, pour leur programme � grande �cole �, des frais de scolarit� nettement sup�rieurs aux droits universitaires. Il faut compter environ 20.000 euros pour trois ans d��tudes dans l�une des grandes �coles recrutant apr�s les classes pr�paratoires (14.000 euros pour les �tudiants recrut�s apr�s une licence ou une ma�trise universitaire, puisqu�ils n�effectuent que deux ans au sein de l��tablissement). Ces frais servent avant tout � couvrir les prestations offertes dans ces �coles : ainsi la qualit� des �quipements, la disponibilit� des professeurs et de l�administration sont sans commune mesure avec ce que l�on trouve dans les universit�s. Par ailleurs, ils ne couvrent qu�une partie du co�t r�el d�un �tudiant (la moiti� environ pour les programmes � grande �cole �). L��tablissement ne fait donc pas � en principe - de marge b�n�ficiaire sur le dos des �tudiants. On constate cependant que nombre d��l�ves sont oblig�s d�emprunter aupr�s d�une banque pour financer leurs �tudes. Il existe bien des syst�mes de bourses, mais � peine 10% des �tudiants en profitent. |
Elles sont vendues � l�entreprise Il est vrai que les entreprises occupent une place significative au sein des �coles de commerce, c�est d�ailleurs cette proximit� avec le monde professionnel qui fait leur force. Les �coles de commerce essayent d�adapter le contenu p�dagogique de leurs formations aux r�alit�s du monde professionnel et notamment aux besoins des entreprises. Mais non d�une entreprise. C�est d�ailleurs toute la difficult� de l�exercice auquel se pr�tent ces �coles : s�appuyer sur les ressources des entreprises pour enrichir leurs formations, sans d�dier celles-ci aux besoins d�une seule. |
Elles ne recrutent que les fils et filles de bonne famille Les �l�ves originaires des milieux les plus ais�s sont majoritaires dans les �coles de commerce. Plus de la moiti� des �l�ves dans les �coles du groupe I (les plus r�put�es) ont des parents CSP+ et un �tudiant sur quatre a un parent artisan, commer�ant, chef d�entreprise ou exer�ant une profession interm�diaire (1). Mais il ne faut pas perdre de vue que ces proportions sont similaires � celles que l�on retrouve au sein des autres fili�res s�lectives de l�enseignement sup�rieur (�coles d�ing�nieurs, IEP, masters universitaires�). |
Elles s�lectionnent par les math�matiques C�est une tendance bien fran�aise que de s�lectionner par les math�matiques, m�me si la formation qui suit ne justifie en rien la ma�trise de cette mati�re. Ainsi les �coles de commerce affectent de forts coefficients aux math�matiques dans le cadre du concours propos� � l�issue des classes pr�paratoires. Pourtant les seules op�rations math�matiques qu�il convient de ma�triser pour suivre un enseignement en gestion sont l�addition, la soustraction, la multiplication et la division. Par contre, la pr�sence des math�matiques se fait beaucoup plus discr�te dans le cas des admissions parall�les. Certaines �coles en incluent naturellement dans le cadre de leurs tests psychotechniques, d�autres s�en passent totalement. |
Une fois admis on n'y fait rien ou presque Les �l�ves issus des classes pr�paratoires (qui ne repr�sentent pas plus d'un tiers des �l�ves entrant dans les grandes �coles de commerce) ont, � raison, l'impression que leur rythme de travail d�cro�t consid�rablement une fois qu'ils ont franchi la porte de l'�cole de leur choix. Et ce, en grande partie parce que l'enjeu du concours �tant derri�re eux, ils rel�chent leurs efforts. Pour autant, si le mod�le p�dagogique propos� au sein des �coles de commerce est diff�rent - libert� dans le choix des cours, pr�dominance des exp�riences professionnelles, projets collectifs - il n'est pas moins formateur que le bachotage pratiqu� en pr�pa. |
Elles ont toutes des sigles abscons et incompr�hensibles S'il est vrai que les sigles toujours compos�s des six ou sept m�mes lettres (E pour �cole, S pour sup�rieure ou School, C pour commerce, G pour gestion, M pour management, H pour haute, B pour business) foisonnent dans le milieu de ces �coles, celles-ci sont loin d'avoir l'apanage des appellations difficiles � m�moriser. Au contraire, les �coles d'ing�nieurs leur tiennent souvent la drag�e haute en la mati�re (ENSSPICAM, IFICF, ENSEIRB, ENSHMG, ENSTIMD, CNEARC-EITARC, ENSPMR...). Et que dire des universit�s qui se d�signent par un num�ro : P12, Strasbourg II, Aix-Marseille III, Bordeaux IV, Montpellier III...? |
NB : (1) Selon les donn�es de la Direction de la Programmation et du D�veloppement du minist�re de l�Education nationale. Photo : Grenoble Ecole de Management |
P-A.Pillet 2005-04-24 |