| Les insuffisances de la politique de numerus clausus en m�decine Lorsque l�on dit � numerus clausus � dans l�enseignement sup�rieur, certains entendent � malthusianisme �, d�autres � politique de responsabilit� �. Dans le cas des m�decins, dont la profession est r�glement�e, force est de constater que cette forme de s�lection ne permet plus de satisfaire aux besoins en mati�re de sant�, tant quantitatifs que qualitatifs. |
Les �tudiants en m�decine sont toujours plus nombreux. Ils �taient au total 122.125 en 2003-2004 (internat compris), soit une augmentation de 8,2% par rapport � l�ann�e pr�c�dente, selon le minist�re de l�Education nationale. 34.228 �taient inscrits (1) en premi�re ann�e, dite PCEM1 (Premier cycle d��tudes m�dicales, ann�e 1, sur 2 ans dans ce cycle). Cette ann�e d��tudes est ouverte � tous les bacheliers, et commune aux �tudes m�dicales, odontologiques (dentaire) et de sage-femme, ainsi que parfois � certaines formations param�dicales. La Conf�rence des pr�sidents d�universit� a estim� � 20% le bond des inscriptions dans les fili�res de sant� pour 2004-2005. En fin d�ann�e, seuls quelque 6.100* des �tudiants de 1�re ann�e de m�decine devraient passer en 2e ann�e (PCEM 2) au terme d�un concours drastique, auquel il est possible de se pr�senter deux fois. Ce couperet est le numerus clausus, d�termin� par arr�t� minist�riel. 6.100 places pour 2005, c�est le chiffre qu�a avanc� le ministre de la Sant� Philippe Douste-Blazy fin juillet, en pr�cisant son calendrier du rel�vement du numerus clausus, jusqu�� 7.000 � pour 2006-2007 �, a-t-il d�clar� dans un entretien au quotidien La Provence. Le ministre avait fait cette annonce importante de 7.000 places en avril dernier. � Nous avons aujourd�hui 206.000 m�decins en activit�. Il n�y en aura dans dix ans que, au maximum, 175.000 �, avait-il argument�. Dans la quasi-totalit� des pays, un numerus clausus est appliqu� pour les �tudes de m�decine, mais il n�y a en r�gle g�n�rale pas d�ann�e pr�paratoire comme en France, les �tudiants �tant s�lectionn�s d�s la fin des �tudes secondaires. Des numerus clausus sont m�me pratiqu�s dans d�autres fili�res comme l�architecture ou le sport. En Finlande par exemple, il en existe dans presque toutes les disciplines acad�miques. Et d�autres pratiques de s�lection sont d�velopp�es � travers le monde : les concours d�entr�e ou les quotas de dipl�m�s, notamment. |
Evolution dans le temps En France, le numerus clausus en m�decine, qui est fix� par facult�s, a �t� institu� en 1971. Son but est de limiter la place de l�enseignement � l�h�pital et surtout de contr�ler la d�mographie m�dicale. Ainsi, de 1982 � 1993, il n�a cess� d��tre abaiss�, atteignant alors son plus bas niveau, � 3.500 places. La question de la ma�trise des d�penses de sant� �tait d�j� pr�gnante � l��poque : selon la Caisse nationale d�assurance maladie (Cnam), l�augmentation de ces d�penses est li�e au nombre de m�decins en activit�, et donc de consultations et prescriptions. Mais compte tenu du vieillissement du corps m�dical et de sa f�minisation, qui entra�ne une modification des pratiques professionnelles (mi-temps, m�decine de ville�), il devenait urgent d��lever le numerus clausus. C�est chose faite pour l�ann�e 1994. Au gr� des augmentations, faibles jusqu�en 1998, puis plus franches, le numerus clausus atteint 4.100 places en 2001, 4.700 en 2002, 5.100 en 2003 et 5.600 en 2004. Devant des projections � 10 ans (dur�e moyenne des �tudes), le Conseil de l�Ordre ainsi que les syndicats de m�decins tiraient depuis longtemps la sonnette d�alarme. Le ministre de la Sant� a r�pondu � cette menace de p�nurie de praticiens en communiquant ce chiffre fort, 7.000. Ce qui va n�cessiter des moyens humains et mat�riels suppl�mentaires. |
L�augmentation suffira-t-elle � satisfaire les besoins ? Sera-t-il suffisant ? Une mesure quantitative est-elle � m�me de r�pondre aux probl�mes de la d�mographie m�dicale ? Le numerus clausus engendre en effet une s�rie de difficult�s. Pour les �tudiants eux-m�mes : cette pratique part d�une bonne intention, ne pas s�engager dans une fili�re longue si on n�a pas la capacit� de la suivre et s�il n�y a pas de perspective d�emploi. Mais les recal�s, en nombre, m�me apr�s deux tentatives au concours (2), ont le sentiment d�avoir g�ch� deux ann�es. Le PCEM1, tendu vers cet examen, est relativement peu formateur et se r�sume souvent � du bachotage dans des � bo�tes � colles �. Parmi les recal�s figurent les � re�us-coll�s �, ayant obtenu la moyenne au concours, mais n��tant pas class�s en rang utile pour l�entr�e en PCEM 2 ou 2e ann�e d�odontologie (le concours est commun) : leur situation n�est gu�re plus favorable, car les �quivalences ou passerelles ne sont pas �videntes. Le syst�me LMD (licence-master-doctorat), qui devrait les faciliter, n�a pas encore �t� mis en �uvre en m�decine, mais devrait l��tre dans un avenir proche, selon l�intention du ministre de l�Education nationale Fran�ois Fillon. Du point de vue du service m�dical, l�augmentation du numerus clausus ne r�pond qu�en partie aux difficult�s du secteur : plus de carabins, c�est bien, mais mieux r�partis par sp�cialit�s et sur le territoire, ce serait encore mieux ! En effet, il manque des chirurgiens, anesth�sistes et obst�triciens notamment. Et les praticiens sont en nombre insuffisant dans les campagnes et les banlieues, en d�pit de la multiplication des aides financi�res, au point que le principe de la libre installation en lib�ral pourrait �tre remis en cause. C�est sans doute au niveau de l�internat (concours en fin de 2e cycle (3), dit DCEM, d�une dur�e de 4 ans) qu�il conviendrait d�agir, en orientant les choix vers les disciplines d�ficitaires et les r�gions qui en auraient le besoin. Enfin, on peut se demander si la r�gle du numerus clausus n�est pas caduque. Elle correspond � un �quilibre au niveau national, entre les besoins de telle ou telle profession et le nombre de places n�cessaires par fili�res de formation. Or le march� unique de l�emploi, et les flux de praticiens venant de pays hors Union europ�enne remettent en cause depuis plusieurs ann�es sa pertinence. Paradoxalement, les m�decins �trangers sont toujours plus nombreux � �tre appel�s � la rescousse pour combler des trous, � l�h�pital en particulier� |
NB : (1) D�apr�s les chiffres de l�AUFEMO (Administration universitaire francophone et europ�enne en m�decine et odontologie), qui font autorit�. (2) Les chances de r�ussite en PCEM 1 (en regroupant les r�ussites en m�decine et odontologie) pour un primo-inscrit �taient en 2001-2002 de 8,6% mais s��levaient � 35,9% et 69,9% respectivement pour les redoublants et les triplants (cas exceptionnel) inscrits, selon des chiffres cit�s dans le rapport de la commission p�dagogique nationale pour la r�forme de la 1�re ann�e des �tudes de sant�, remis en septembre 2003. (3) Jusqu�� pr�sent, pour devenir sp�cialiste, il fallait passer le concours de l�internat, en zone nord et/ou sud. Un arr�t� des ministres de l�Education et de la Sant� d�finissait le nombre de postes ouverts pour chaque discipline d�internat et pour chaque territoire. Pour la m�decine g�n�rale, qui ne n�cessitait pas de passer le concours, la s�lection s�y faisait, pour une bonne part des �tudiants, par l��chec. Afin de revaloriser cette discipline, pivot voulu du syst�me de soins, elle devient en cette rentr�e une sp�cialit�, et requiert aussi de passer ce qui s�appelle d�sormais l�examen national classant, selon les m�mes principes que pr�c�demment. * Le minist�re de l'�ducation nationale a finalement annonc� le 19 novembre un numerus clausus pour 2005 fix� � 6.300 places en m�decine. |
Alison Cartier 2004-11-01 |