| Le Carré Colbert : naissance d'un pôle d'enseignement de prestige En janvier prochain sera inauguré un vaste centre consacré à l’histoire de l’art au 2 rue Vivienne à Paris, articulé autour d’un institut consacré à cette discipline, l’INHA. L’établissement a une triple mission d’enseignement, de recherche et de documentation. Un millier d’étudiants et 300 enseignants-chercheurs, conservateurs et personnels scientifiques fréquentent depuis la rentrée ce site libéré par la BNF, appelé Carré Colbert, auquel sera adjoint après sa rénovation le quadrilatère Richelieu voisin. Les promoteurs de l’INHA entendent faire de cet ensemble un « pôle d'activités internationales comparable aux centres d'histoire de l'art de Munich, de Rome et de Florence, de La Haye, de Londres ou du Getty à Los Angeles, voire du Center for advanced study in the visual arts à Washington ». |
![]() Les étudiants sont encore peu nombreux. Ils scrutent leur nouvel environnement, qui mêle l’ancien et le moderne, et prennent peu à peu possession des lieux, à deux pas du Louvre. Ces privilégiés sont pour la plupart des 3e cycles en histoire de l’art et d’archéologie des universités parisiennes. Leurs cours ont lieu depuis la rentrée dans des salles de la galerie Colbert, un passage couvert dans le IIe arrondissement de la capitale. Tout est en transparence, de ces salles au rez-de-chaussée sur le passage, aux étages du bâtiment qui entoure la galerie, où se situent les bureaux des professeurs, des centres de recherche, des lieux de réunion et l’administration. En sous-sol se trouve l’auditorium, auquel on peut accéder par la rotonde, qui fait l’angle de cette galerie du début XIXe. Les murs ne sont pas encore garnis, mais ce vaste espace Colbert est aussi appelé à servir de lieu d’exposition et de réception. Une librairie, un restaurant des personnels et une cafétéria doivent également l’animer. A l’université Paris IV, qui a installé ici en partie son UFR d’histoire de l’art et d’archéologie, on met en avant le fait qu’ « on n’avait plus assez de place ». « Il y a aussi des cours à la Bibliothèque nationale de France (BNF) et au Louvre », précise-t-on. Geneviève Luciani, responsable administrative du même UFR mais à Paris I, qui a aussi pris ses quartiers au carré Colbert (pour des cours à partir de la maîtrise), souligne « les enjeux pour la recherche » : « tous les enseignants en histoire de l’art disposent maintenant d’un bureau. Ils constituent une grosse équipe, avec les chercheurs de l’INHA ». |
Une vingtaine de partenaires L’Institut national d’histoire de l’art (prononcer I-N-H-A pour le distinguer de l’INA, Institut national de l’audiovisuel) est la structure qui gère ces locaux appartenant à l’Etat. Les universités - Paris I et IV, mais aussi Paris III et son UFR cinéma et audiovisuel, Paris VII et ses recherches sur l’image, Paris VIII et son école doctorale « esthétique, science et technologie des arts » notamment, ainsi que Paris X – lui versent des charges, au prorata de la surface qu’elles occupent. L’Ecole pratique des hautes études (EPHE, avec une salle de cours et des bureaux pour les enseignants), l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, avec plusieurs centres de recherche, des salles de cours et des bureaux) et diverses institutions rattachées au CNRS, pour leurs activités dans le domaine de l’histoire de l’art, ont également pris place au Carré Colbert. Une vingtaine de partenaires sont rassemblés, dont des écoles spécialisées, des bibliothèques, des revues et sociétés savantes. L’objectif est de constituer une communauté qui s’insère dans un réseau national et international, ainsi que de créer des synergies. Par exemple entre universitaires et conservateurs : l’Institut national du patrimoine (INP), lieu de formation de ces derniers, a établi le département qui lui est consacré sur le site Colbert. L’Ecole nationale des Chartes, qui prépare aux divers métiers de la conservation, quittera totalement la rue de la Sorbonne pour le site Richelieu rénové, de l’autre côté de la rue Vivienne, à l’horizon 2008-2009. |
Un siècle de gestation L’idée d’un institut national d’histoire de l’art, lieu fédératif pour la discipline, remonte au début du XXe siècle, lorsque Jacques Doucet, couturier et collectionneur, fonda la bibliothèque d’art et d’archéologie, avec l’ambition de « bâtir un lieu de documentation et de recherche adapté à toutes les facettes d’une discipline alors naissante », selon Jacques Sallois, président du conseil d’administration de l’INHA. A la fin des années 70, l’historien et critique d’art André Chastel relança plus précisément le projet. C’est seulement en juillet 2001, après un avis favorable du Conseil d’Etat, qu’est paru le décret créant l’Institut, sous la forme d’un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, placé sous la tutelle des ministères chargés de la Culture, de l’Education nationale et de la Recherche. Le transfert des ouvrages de la BNF du quadrilatère Richelieu et du Carré Colbert à Tolbiac (XIIIe), opéré en 1998, laissait la place à ce projet, après une nécessaire rénovation des locaux. L’INHA a ainsi pris avec ses partenaires possession du Carré Colbert début 2004. Le chantier du site Richelieu, abritant les départements spécialisés de la BNF et à terme la bibliothèque de l’Institut (1), ainsi que l’Ecole des Chartes, ne sera pas terminé avant 2008. Alors qu’il est sur le point d’écrire une nouvelle page de l’INHA, Alain Schnapp, archéologue, directeur général de l’établissement, récapitule les missions qui lui sont assignées : dispenser une « formation théorique et pratique, classique à l’étranger mais peu habituelle en France », être « une structure de dialogue qui doit favoriser la rencontre des étudiants, des conservateurs et des chercheurs », « mieux faire connaître la discipline » et « participer à une meilleure diffusion des résultats de la recherche ». Bref, un pôle d’excellence comme ceux dont le gouvernement entend soutenir le développement. |
L’INHA en chiffres Galerie Colbert : 16.000 m2, 6 niveaux principaux La bibliothèque : jusqu’en 2008 dans la salle Ovale du quadrilatère Richelieu. A partir de 2008, dans la salle Labrouste (9.600 m2, 440 places). A terme, quelque 1.340.000 documents dont 275.000 en libre accès. Budget : 14 millions d’euros (subventions et emplois) Personnels : 185 personnes (44 pour la direction et les services communs, 62 pour le département des études et de la recherche, 79 pour le département de la bibliothèque et de la documentation) Plusieurs dizaines de jeunes chercheurs et boursiers bénéficient d’une formation (8 pensionnaires, 80 chargés d’études, 41 moniteurs et 8 boursiers) Activités en 2004 : Une trentaine de colloques, séminaires et conférences ont été organisés ou soutenus par l’INHA Plusieurs ouvrages ont été édités, dont « Doucet de fonds en combles, trésors d’une bibliothèque d’art », de Bernard Comment et François Chapon (éditions INHA/Herscher, 2004) et « La vie des formes. Henri Focillon et les arts » sous la direction de Christian Briend et Alice Thomine (coédition INHA/ Snoeck-Ducaju & Zonn, 2004) |
NB : (1) Elle résultera de la fusion des trois plus grandes bibliothèques d’art françaises : la Bibliothèque d’art et d’archéologie Jacques Doucet, la Bibliothèque centrale des musées nationaux et les collections imprimées de la Bibliothèque de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts. Soit à l’ouverture un total d’environ 1.200.000 documents. Photo : La Tribune de l'Art (www.latribunedelart.com) |
Alison Cartier 2004-11-01 |