| Unef : � L�enseignement sup�rieur est un droit � Rapha�l Chambon, responsable de la commission universitaire au bureau national de l�Unef (Union nationale des �tudiants de France, syndicat �tudiant majoritaire dans les conseils, gauche), �lu au Cneser (1), en ma�trise de droit � Paris II |
-L�Unef, pour ou contre la s�lection � l�entr�e dans l�enseignement sup�rieur ? -Contre la s�lection. Nous pensons fondamentalement que l�enseignement sup�rieur est un droit, tout comme l��ducation en g�n�ral. Tout le monde doit pouvoir tenter sa chance. De plus, la s�lection est absurde de notre point de vue, et inadapt�e. Certaines s�lections sur dossier n�ont aucun sens pour des candidats de 17 ans. A cet �ge-l�, on ne sait pas exactement ce que l�on veut faire, et les dossiers ne rendent pas compte des capacit�s des jeunes. En outre, une s�lection qui se veut p�dagogique devient une s�lection sociale : par exemple le concours de Sciences Po, qui �value plus un stock de connaissances que la r�alit� d�un individu. Ce stock de connaissances est li� au capital culturel de chacun. A tout cela s�ajoute souvent une s�lection financi�re� La s�lection est un argument malthusien selon nous. Elever le niveau de qualification est un mouvement naturel, cela va dans le sens de l�histoire. On peut m�me dire qu�il est � rentable � d�avoir beaucoup d��tudiants ! Toutes les �tudes l�indiquent d�ailleurs : plus on est dipl�m�, plus on trouve facilement un emploi, et plus cet emploi est de qualit� et mieux r�mun�r�. Et seuls 10% des emplois ne n�cessiteront plus de qualification en 2010. M�me les m�tiers consid�r�s dans l�imaginaire collectif comme des m�tiers manuels vont n�cessiter de plus en plus de comp�tences. Dans ces conditions, la s�lection est suicidaire ! Il faut plut�t faire le pari de l�avenir et de la jeunesse. |
-Est-ce que la s�lection ne se fait pas alors par l��chec, � l�universit� ? -Il est vrai qu�il y a un fort taux d��chec en 1er cycle, un �cr�mage. Mais cela n�est pas un argument. Pourquoi cet �chec ? Pour des raisons sociales : les �tudiants issus des couches populaires doivent souvent payer leurs �tudes. Ils travaillent au Mc Do ou ailleurs et n�ont pas toujours assez le temps d��tudier. Autre raison : l�environnement p�dagogique de la fac, avec les cours magistraux. L�enseignement est �litiste, et celui qui r�ussit est celui qui a la m�thode. Il faudrait donc lutter contre ces causes de l��chec, plut�t que d�instaurer une s�lection. Il y a aussi un vrai probl�me d�orientation, mais la s�lection serait une fausse r�ponse. Les fili�res universitaires sont mal connues. On demande assez t�t aux �l�ves de terminale de choisir une voie, voie qui ne leur plaira pas forc�ment. Les vraies r�ponses au probl�me de l�orientation sont d�une part d�am�liorer la pluridisciplinarit� des cursus, avec une sp�cialisation plus progressive, d�autre part d�am�liorer l�orientation elle-m�me, en informant les lyc�ens et aussi les �tudiants. Ce sont en g�n�ral ceux qui en ont le moins besoin qui profitent le plus des services d�orientation disponibles. Ces services doivent aller vers l��tudiant, et non l�inverse. Il faut aussi qu�il y ait des possibilit�s de r�orientation. |
-Est-ce que l�absence de s�lection ne d�favorise pas l�universit� face aux grandes �coles ? -Oui c�est exact, mais il faut retenir une chose : la valeur d�un dipl�me ne se mesure pas � l�entr�e d�un cursus mais � la qualit� de l�enseignement, de l�encadrement p�dagogique fourni. C�est cela qui fait la qualit� des grandes �coles, et non leur s�lectivit�. Nous voulons g�n�raliser ce mod�le, et non le r�server � une �lite ! Mais l�universit� doit g�rer 1,5 million d��tudiants avec peu de moyens�D�une fa�on g�n�rale, nous sommes contre la s�paration de l�enseignement sup�rieur en deux cat�gories, universit� et grandes �coles. Pour ce qui est des fili�res courtes de l�universit�, ce n�est pas parce qu�elles sont s�lectives que cela marche mais parce qu�elles s�appuient sur une p�dagogie de qualit� et qu�elles sont professionnalis�es. Nous militons pour que toutes les fili�res soient professionnalis�es, et non pour que d�un c�t� il y ait des fili�res poubelles, et de l�autre des fili�res s�lectives. |
NB : (1) Conseil national de l�enseignement sup�rieur et de la recherche, qui donne son avis sur toute r�forme de l�enseignement sup�rieur |
Propos recueillis par Alison Cartier 2004-09-27 |